Lors de sa réunion de politique monétaire délocalisée à Vilnius, en Lituanie, l'institution devrait certes souligner que l'activité en zone euro a mieux démarré l'année en gagnant 0,4% au premier trimestre, malgré le ralentissement mondial.

Mais elle devrait aussi estimer que les risques pour la croissance ont augmenté, au vu des tensions commerciales entre les Etats-Unis et leurs principaux partenaires - Chine, Union européenne et désormais Mexique - qui continuent d'empoisonner le climat économique.

D'autres inquiétudes concernent l'Italie, prête à un nouveau bras de fer avec Bruxelles sur l'étendue de ses déficits publics, et la Grèce, où des élections anticipées se tiendront en juillet dans un climat tendu.

Et la perspective au Royaume-Uni d'un Premier ministre eurosceptique succédant à Theresa May renforce la crainte d'un Brexit sans accord, synonyme de pagaille économique et juridique.

L'inflation dans la zone euro a elle fortement reculé en mai, à 1,2% contre 1,7% en avril, sur fond de baisse sensible des prix du pétrole sur un mois.

Et à 0,8% hors prix volatils de l'énergie, l'inflation "sous-jacente" s'éloigne fortement de l'objectif de l'institution monétaire, pour qui une inflation légèrement sous les 2% "à moyen terme" est censée favoriser l'investissement et l'emploi.

- Prêts généreux -

Surtout, les attentes de hausse des prix "à cinq ans", baromètre surveillé de près à Francfort, sont retombées à près de 1,3%, au plus bas depuis que l'actuel patron de l'institution, Mario Draghi, a pris ses fonctions fin 2011.

"Le risque de désancrage des perspectives d'inflation a augmenté", s'inquiète Eric Dor, Directeur des études économiques à l'IESEG School of Management de Lille.

"Des mesures monétaires audacieuses" paraissent donc "nécessaires", estime Erik Nielsen, chef économiste chez UniCredit. Mais l'équation devient complexe tant la BCE a puisé dans son arsenal depuis 2014, descendant le coût du crédit tout en rachetant massivement de la dette privée et publique.

Dans l'immédiat, l'institution devrait maintenir ses taux au plus bas tout en détaillant les conditions financières de sa prochaine salve de prêts géants aux banques, baptisés "TLTRO".

"Pour éviter de donner l'impression d'un resserrement monétaire", il est assez plausible que la BCE octroie ces prêts "à des conditions au moins aussi généreuses" que lors des deux précédentes vagues en 2014 et 2016, note M. Dor.

Un équilibre devra être trouvé entre des prêts suffisamment avantageux pour stimuler la distribution de crédit, mais sans rendre les banques les plus fragiles - italiennes en particulier - dépendantes de ces liquidités bon marché.

- Nouveaux rachats de dette ? -

Certains observateurs voient par ailleurs la BCE repousser de nouveau l'heure de remonter ses taux, actuellement prévue "début 2020" au plus tôt, quand l'institution parlait de "l'été 2019" jusqu'à sa réunion de mars.

L'institution devrait en revanche repousser la perspective d'un système de paliers pour amoindrir l'impact du taux négatif sur les liquidités des banques, tant que la distribution de crédit continue à croître à bon rythme en zone euro.

Les milieux financiers attendront aussi de M. Draghi "de nouveaux indices sur la manière dont +tous les instruments de la BCE+ pourraient être mis en oeuvre, si nécessaire", selon Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

En théorie, elle pourrait encore abaisser ses taux, tant que leur niveau n'est pas jugé contre-productif pour l'économie. Ou bien relancer ses achats nets de dette avec au besoin des règles assouplies, ceux opérés entre 2015 et 2018 pour environ 2.600 milliards d'euros ayant asséché en partie le marché.

Pour se décider, l'institution disposera jeudi de nouvelles projections d'inflation et de croissance qui devraient rester prudentes, à l'instar de celles publiées mardi par la Banque mondiale. D'autant que le nouveau chef économiste depuis juin, l'Irlandais Philipp Lane, a la réputation d'être favorable à un soutien appuyé à l'économie.