A moins de 1,03 dollar pour un euro, la monnaie unique européenne évolue à un niveau plus vu depuis fin 2002, dans ses premiers jours, quand les inconnues étaient encore multiples pour la nouvelle devise. Désormais, ce sont les risques causés par l'invasion russe de l'Ukraine et l'envolée des prix du gaz qu'elle provoque, qui pèsent sur l'euro.

"Les craintes croissantes d'une récession font baisser l'euro, tandis que le dollar s'envole", a commenté Fiona Cincotta, analyste de City Index. Les cambistes font le pari que la banque centrale américaine (Fed) va continuer à relever ses taux d'intérêt de manière agressive pour maîtriser l'inflation, dit-elle. Et "les données PMI publiées (ce mardi) en Europe ont mis en évidence le risque de ralentissement de la croissance à la fin du deuxième trimestre", poursuit Mme Cincotta.

La croissance de l'activité économique en zone euro a fortement ralenti en juin dans le secteur privé, au plus bas depuis 16 mois, selon l'indice PMI composite de S&P Global. "C'est le signe que les économies commencent à vraiment sentir l'effet de l'inflation élevée", soulignent les analystes de OFX. Résultat, l'indicateur a fait plonger l'euro plus bas qu'en 2016, quand la crise de la dette européenne puis le vote du Brexit avaient fait craindre l'explosion de l'UE.

Et l'inflation ne devrait pas se calmer dans l'immédiat, puisque les prix de l'énergie grimpent en Europe, notamment en raison d'une grève en Norvège qui limite la production d'hydrocarbures.

- Hiver douloureux -

"Les fortes hausses des prix du gaz et de l'électricité font courir un risque important que l'économie de l'UE entre en récession plus tôt que prévu", affirme Trevor Sikorski, analyste chez Energy Aspects, dans un rapport. Depuis le début de l'année, le prix du TTF néerlandais, référence du gaz naturel en Europe, a grimpé de près de 140%, atteignant 176,01 euros le mégawattheure mardi. Avant l'invasion russe de l'Ukraine le 24 février, il évoluait bien en dessous des 100 euros le mégawattheure.

"Avec des températures plus basses que prévu, il est peu probable que l'Allemagne atteigne son objectif de 90% des réserves qui étaient visées pour assurer un approvisionnement normal cet hiver", note Derek Halpenny, analyste chez MUFG.

La Banque centrale européenne (BCE) a peu de marge de manoeuvre pour resserrer sa politique monétaire, puisqu'une hausse des taux risquerait de rendre la dette de certains pays trop lourde à supporter.

Dans ce contexte, toute reprise de l'euro doit être vue "comme un rebond de court terme", prévient Fawad Razaqzada, analyste chez StoneX, qui craint que sans changement majeur sur le front ukrainien ou de la BCE, l'euro ne poursuive sa baisse.

A 14H05 GMT (16H05 à Paris), l'euro se repliait de 1,60% à 1,0256 dollar, parti pour signer sa plus forte baisse quotidienne depuis début 2020 et le début de la pandémie de Covid-19.

Depuis le début de l'année, il a perdu 9,8% face au billet vert.

- 1999: lancement à 1,17 dollar -

Le 31 décembre 1998, à la veille du lancement de l'euro prévu par le traité de Maastricht, les taux de conversion définitifs sont dévoilés en grande pompe à Bruxelles: il faudra 1,95583 deutschemarks allemand, 6,55957 francs français ou encore 1.936,27 lires italiennes pour un euro.

Le taux indicatif face au billet vert est de 1,1668 dollar, mais après la première journée d'échanges le 4 janvier, il monte à 1,1837 dollar.

- 2000: recul sous 1 dollar face à la vigueur américaine -

La vigueur de la monnaie unique ne dure pas: alors que l'économie des États-Unis est en plein boom, l'euro glisse sous le seuil de 1 dollar en janvier 2000, et sombre à un plus bas historique à 0,8230 dollar fin octobre.

- 2002: entrée en circulation, parité -

L'euro commence enfin à être utilisé par les habitants de onze pays au 1er janvier. Les perspectives économiques de la zone euro et des États-Unis convergent, et l'euro évolue autour de la parité, avant de franchir le cap d'un dollar pour de bon à la fin de l'année.

- 2007-2008: crise financière, record à 1,6 dollar -

La crise des subprimes coupe l'appétit des investisseurs pour le billet vert, qui voit son prix dégringoler en 2007. Alors que la banque centrale américaine (Fed) inonde le marché de liquidités pour renflouer Wall Street, l'euro atteint un plus haut historique en juillet 2008, à 1,6038 dollar.

- 2010: crise de la dette, l'euro sous 1,2 dollar -

Dès novembre 2008, la zone euro rentre toutefois dans une période de récession et, en 2010, la crise de la dette européenne débute.

En mai, la zone euro et le FMI volent au secours de la Grèce avec 110 milliards d'euros d'aide. En juin, la monnaie unique flanche à 1,1877 dollar.

En juillet 2012, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi affirme que l'institution est "prête à faire tout ce qui sera nécessaire pour préserver l'euro", permettant à la devise de remonter.

- 2014-2015: rachat de dette par la BCE, l'euro sous 1,05 dollar -

Mais si le programme de Mario Draghi rassure les investisseurs sur l'avenir de la devise, la zone euro peine à renouer avec une croissance robuste et la BCE maintient une politique ultra-souple.

Alors que l'économie européenne peine à se relancer et que l'inflation reste basse, la BCE accueille sans broncher la chute de l'euro, qui favorise les entreprises exportatrices. En 2014, l'euro glisse sous 1,2 dollar.

En 2015, un nouveau cycle de mesures d'assouplissement monétaire fait flancher l'euro à 1,05 dollar en mars.

- 2016-2017: Brexit, Trump, Macron, valse de l'euro-dollar -

En 2016, plusieurs événements politiques inquiètent les marchés: le vote en juin du Brexit, signe de la montée d'un sentiment anti-UE en Europe, puis l'élection de Donald Trump à la Maison Blanche, qui pousse les cambistes vers le dollar, valeur refuge. L'euro est alors proche de la parité face au billet vert, à 1,0341 dollar en janvier 2017.

Cette année-là, l'élection d'Emmanuel Macron à la présidentielle française rassure dans une certaine mesure les marchés sur l'avenir de la zone euro. En février 2018, la devise unique remonte à 1,2555 dollar.

- 2021-2022: le Covid et l'Ukraine font plonger l'euro -

Dans un premier temps, la pandémie de Covid-19 pousse la Fed et le gouvernement américain à soutenir l'économie des États-Unis coûte que coûte, et fait baisser le dollar.

Mais la Fed commence en 2021 à signaler qu'elle compte resserrer sa politique monétaire. Elle débute la remontée de ses taux en 2022, alors qu'en Europe, la guerre qui fait rage en Ukraine empêche la BCE d'agir aussi vite pour contrer l'inflation.

Le couple euro-dollar flirte de nouveau avec la parité et mardi, l'euro passe sous la barre de 1,03 dollar, un retour de près de 20 ans en arrière, au temps où les Européens découvraient pour la première fois les pièces et les billets de leur monnaie commune.

A moins de 1,03 dollar pour un euro, la monnaie unique européenne évolue à un niveau plus vu depuis fin 2002, dans ses premiers jours, quand les inconnues étaient encore multiples pour la nouvelle devise. Désormais, ce sont les risques causés par l'invasion russe de l'Ukraine et l'envolée des prix du gaz qu'elle provoque, qui pèsent sur l'euro."Les craintes croissantes d'une récession font baisser l'euro, tandis que le dollar s'envole", a commenté Fiona Cincotta, analyste de City Index. Les cambistes font le pari que la banque centrale américaine (Fed) va continuer à relever ses taux d'intérêt de manière agressive pour maîtriser l'inflation, dit-elle. Et "les données PMI publiées (ce mardi) en Europe ont mis en évidence le risque de ralentissement de la croissance à la fin du deuxième trimestre", poursuit Mme Cincotta.La croissance de l'activité économique en zone euro a fortement ralenti en juin dans le secteur privé, au plus bas depuis 16 mois, selon l'indice PMI composite de S&P Global. "C'est le signe que les économies commencent à vraiment sentir l'effet de l'inflation élevée", soulignent les analystes de OFX. Résultat, l'indicateur a fait plonger l'euro plus bas qu'en 2016, quand la crise de la dette européenne puis le vote du Brexit avaient fait craindre l'explosion de l'UE.Et l'inflation ne devrait pas se calmer dans l'immédiat, puisque les prix de l'énergie grimpent en Europe, notamment en raison d'une grève en Norvège qui limite la production d'hydrocarbures.- Hiver douloureux -"Les fortes hausses des prix du gaz et de l'électricité font courir un risque important que l'économie de l'UE entre en récession plus tôt que prévu", affirme Trevor Sikorski, analyste chez Energy Aspects, dans un rapport. Depuis le début de l'année, le prix du TTF néerlandais, référence du gaz naturel en Europe, a grimpé de près de 140%, atteignant 176,01 euros le mégawattheure mardi. Avant l'invasion russe de l'Ukraine le 24 février, il évoluait bien en dessous des 100 euros le mégawattheure."Avec des températures plus basses que prévu, il est peu probable que l'Allemagne atteigne son objectif de 90% des réserves qui étaient visées pour assurer un approvisionnement normal cet hiver", note Derek Halpenny, analyste chez MUFG.La Banque centrale européenne (BCE) a peu de marge de manoeuvre pour resserrer sa politique monétaire, puisqu'une hausse des taux risquerait de rendre la dette de certains pays trop lourde à supporter.Dans ce contexte, toute reprise de l'euro doit être vue "comme un rebond de court terme", prévient Fawad Razaqzada, analyste chez StoneX, qui craint que sans changement majeur sur le front ukrainien ou de la BCE, l'euro ne poursuive sa baisse.A 14H05 GMT (16H05 à Paris), l'euro se repliait de 1,60% à 1,0256 dollar, parti pour signer sa plus forte baisse quotidienne depuis début 2020 et le début de la pandémie de Covid-19. Depuis le début de l'année, il a perdu 9,8% face au billet vert.