La Banque nationale a toujours constitué un enjeu de taille pour les hommes politiques. En raison d'abord du pouvoir que donne un mandat de gouverneur : il siège au conseil de la BCE à Francfort, prend part aux décisions monétaires de la zone euro mais fait partie aussi du prestigieux comité de Bâle qui chapeaute le système financier mondial. Le gouverneur de la BNB y tutoie Janet Yellen de la Réserve fédérale, les patrons des banques centrales des grands pays d'Europe, de Chine, du Japon, etc.
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La Banque nationale a toujours constitué un enjeu de taille pour les hommes politiques. En raison d'abord du pouvoir que donne un mandat de gouverneur : il siège au conseil de la BCE à Francfort, prend part aux décisions monétaires de la zone euro mais fait partie aussi du prestigieux comité de Bâle qui chapeaute le système financier mondial. Le gouverneur de la BNB y tutoie Janet Yellen de la Réserve fédérale, les patrons des banques centrales des grands pays d'Europe, de Chine, du Japon, etc. Mais à côté du prestige, il existe aussi une autre motivation : il faut bien l'avouer, la rémunération d'un directeur ou d'un gouverneur de la BNB est alléchante. Les salaires des membres du comité de direction de la BNB sont parmi les plus élevés du monde ! Dépassant ceux de la Fed ou de la Banque centrale européenne... En effet, avec 480.000 euros de rémunération par an, le gouverneur de la BNB est certes moins bien payé que le patron de la Banque nationale suisse (qui perçoit plus de 800.000 euros), mais il est mieux rétribué que le président de la BCE Mario Draghi (qui ne perçoit " que " 390.000 euros) ou Janet Yellen (dont le salaire à la Fed avoisine les 200.000 dollars). Les directeurs de la BNB, eux, perçoivent environ 330.000 euros. Un peu plus même pour celui nommé vice-gouverneur (Pierre Wunsch aujourd'hui) Et encore, nos barèmes belges ont-ils été écornés en 2014. C'était peu après la décision du gouvernement Di Rupo de plafonner à 290.000 euros les salaires des patrons des entreprises publiques. Certes, la BNB n'est pas une entreprise publique. Elle est cotée en Bourse et la moitié de son capital n'appartient pas à l'Etat. Mais la banque avait voulu faire un geste et avait donc décidé d'abaisser de plus de 10 % la rémunération des membres de son comité de direction. Le salaire du gouverneur est ainsi passé de 545.000 à 479.000 euros à partir de 2015. Si l'on reparle de la BNB aujourd'hui, c'est parce que de grandes manoeuvres commencent : sur les huit membres de son comité de direction (sept directeurs et le gouverneur), quatre voient leur mandat arriver à échéance cette année : Pierre Wunsch (étiqueté MR), Mathias Dewatripont (PS), Jean Hilgers (CdH) et Marcia De Wachter (CD&V). A l'heure actuelle, une chose est certaine : Mathias Dewatripont a demandé à ne pas renouveler son mandat. L'homme, économiste internationalement reconnu, cosignataire d'articles avec le prix Nobel d'économie Jean Tirole, avait certes été blessé par le tour peu élégant que lui avait joué le gouvernement Michel. Etiqueté PS, il avait été dépossédé en 2015 de son titre de vice-gouverneur au profit du libéral Pierre Wunsch. Mais sa décision de lever le pied aujourd'hui n'a rien à voir avec cet épisode politique. Elle est liée à des raisons privées. Les règles sont simples : le comité de direction peut avoir entre cinq et sept membres (des mandats de six ans), plus le gouverneur (un mandat de cinq ans). Il faut une parité linguistique (avec le gouverneur si le nombre de directeur est impair comme aujourd'hui, sans le gouverneur si le nombre de directeurs est pair). Actuellement, gouverneur compris, le comité de direction est composé de quatre francophones et quatre néerlandophones. Or les élections législatives approchent. Elles auront lieu en 2019. Et avant cette date, les partis de l'actuelle majorité désirent évidemment bétonner leur position et caser leur protégé. Le retrait de Mathias Dewatripont laisse une place pour un francophone. Un MR, puisque c'est le seul parti francophone du gouvernement. Jean Hilgers, malgré sa mauvaise couleur politique (cdH), devrait néanmoins être reconduit en raison de ses qualités professionnelles. Et Pierre Wunsch, MR, verrait évidemment son mandat renouvelé. Du côté néerlandophone, il y a aujourd'hui deux CD&V : le gouverneur Jan Smets et Marcia De Wachter. Cette dernière pourrait bien faire les frais d'un rééquilibrage politique. La N-VA pourrait l'éjecter et placer un de ses candidats, d'autant que dans le jeu politique, le CD&V a déjà été récompensé, avec la récente nomination de Sophie Dutordoir à la SNCB. Mais un autre scénario circule : ne pourrait-on pas profiter de ces renouvellements de mandats pour réduire le comité de direction de la Banque à six ou sept membres ? Après tout, avant 1998, le comité ne comptait que six membres, gouverneurs compris. Ce n'est que parce que le CD&V n'avait pu choisir entre Jan Smets et Marcia de Wachter que l'on avait élargi l'institution, ouvrant la place, parité oblige, à un francophone qui avait été le cdH Jean Hilgers. Revenir à un comité réduit est donc une option " tout à fait crédible ", disent plusieurs sources. Un comité réduit à sept membres serait composé du comité actuel moins Mathias Dewatripont, Jan Smets devenant alors neutre linguistiquement. Dans un comité réduit à six, on acterait vraisemblablement le départ de Marcia De Wachter, qui est le maillon néerlandophone le plus faible. Reste à trancher la dernière question : qui remplacera Jan Smets ? Le mandat de l'actuel gouverneur court jusqu'en 2020, mais Jan Smets atteindra dès l'an prochain l'âge de 67 ans, celui où normalement un gouverneur prend sa retraite. Certes, le gouvernement peut décider - comme il l'avait fait pour Luc Coene - de repousser de trois ans maximum l'âge de sa mise à la retraite. Une telle prolongation pourrait être justifiée car Jan Smets n'a rempli qu'un demi-mandat : il a dû attendre avant d'endosser le costume de gouverneur la fin du mandat de Luc Coene. Mais Jan Smets restera-t-il gouverneur jusqu'en 2020 ? C'est loin d'être acquis car on peut penser que les partis de la majorité voudront mettre un nouveau gouverneur en place avant les élections de 2019. La bataille devrait alors se jouer entre MR et N-VA. Côté francophone, on considère que le poste de futur gouverneur revient naturellement au vice-gouverneur actuel, le libéral Pierre Wunsch, ancien chef de cabinet de Didier Reynders. " Après deux néerlandophones, Luc Coene et Jan Smets, il serait normal qu'un francophone occupe le poste ", dit-on chez les libéraux. Mais pour certains autres, ce retour de balancier linguistique n'est pas acquis. Le dernier francophone, Guy Quaden, a rempli deux mandats et demi (de 1999 à 2011). Les Flamands estiment avoir droit à rester encore un peu. Et il se dit aussi que l'actuel ministre des Finances Johan Van Overtveldt se verrait bien occuper le fauteuil de Jan Smets. Sourire auprès du cabinet des Finances à cette évocation : " Ce n'est pas la première fois que l'on entend cela. " Par le passé, notre grand argentier a pu émettre des marques d'intérêt pour ce poste. Mais cette hypothèse est-elle crédible aujourd'hui ? " Il est déjà arrivé en Europe que des ministres des Finances occupent ensuite un poste de gouverneur, mais après une période de 'décontamination' de plusieurs mois, disent plusieurs sources. En effet, comme la décision de nommer le patron de la BNB revient au gouvernement, et surtout au ministre des Finances, il paraît impensable qu'un ministre des Finances se nomme lui-même gouverneur. " Cela minerait la crédibilité de la BNB aux yeux des autres banquiers centraux ", précise une source. S'il voulait être gouverneur, Johan Van Overtveldt devrait donc quitter le gouvernement très bientôt. Mais est-ce une option politique imaginable pour la N-VA de se défaire d'un de ses poids lourds peu avant une élection ? A la BNB, les grandes manoeuvres sont donc loin d'être terminées.