La semaine dernière, la Réserve fédérale américaine (Fed) a en effet perdu pendant un jour le contrôle de son principal taux directeur, le taux des " fed funds " qui sert de référence aux banques pour emprunter des dollars au jour le jour. Un dérapage qui n'est pas rien car ce taux pilote l'économie américaine : il détermine le tarif des prêts automobiles, des prêts hypothécaires à taux variable, des prêts à la consommation, etc.
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La semaine dernière, la Réserve fédérale américaine (Fed) a en effet perdu pendant un jour le contrôle de son principal taux directeur, le taux des " fed funds " qui sert de référence aux banques pour emprunter des dollars au jour le jour. Un dérapage qui n'est pas rien car ce taux pilote l'économie américaine : il détermine le tarif des prêts automobiles, des prêts hypothécaires à taux variable, des prêts à la consommation, etc. Une petite remarque tout d'abord : aux Etats-Unis, les banques qui ont trop de liquidités déposent ces fonds excédentaires à la banque centrale qui organise un marché où celles qui n'ont pas assez de liquidités viennent s'abreuver. Le taux de ces prêts au jour le jour est fixé par le marché mais il est piloté par la Fed qui détermine au préalable un objectif de taux. La Fed agit sur le marché en injectant ou en retirant des liquidités pour que cet objectif soit rempli. Or, en début de semaine dernière, pour la première fois depuis 10 ans, la Fed n'a pas réussi à tenir cette feuille de route. Elle a perdu le contrôle des " fed funds " dont le taux s'est envolé à un moment à 10% alors que l'objectif de la banque centrale américaine était alors de 2 à 2,25% environ. Tout est rentré dans l'ordre un jour et demi plus tard, mais pour stabiliser le marché, elle a dû injecter en une semaine environ 350 milliards de dollars et s'apprête à poursuivre ses interventions jusqu'au 10 octobre... Que s'est-il passé ? Pourquoi les banques ont arrêté de se prêter ? On l'ignore encore. Plusieurs scénarios circulent, qui ne s'excluent d'ailleurs pas mutuellement. La fin du trimestre est toujours une période plus sensible car divers contrats arrivent à échéance, mais la brusque remontée des prix pétroliers suite aux attaques contre l'Arabie saoudite aurait-elle pris à contrepied ceux qui spéculaient sur une baisse du baril, les obligeant à aller chercher des sommes importantes en urgence ? Les entreprises (qui doivent payer leurs impôts ces jours-ci) auraient-elles retiré massivement du cash de leurs comptes ? Le rush, en ces temps troublés, sur les actifs sûrs que sont les obligations d'Etat, pourrait-il être aussi une cause de cet assèchement ? Ou alors aurait-il été causé par la réglementation bancaire plus sévère qui réduit le montant des réserves excédentaires que les banques peuvent se prêter ? Une chose est sûre : cet assèchement soudain des tuyauteries financières n'est pas un bon signe, d'autant que l'on ignore encore s'il s'agit seulement d'un problème technique temporaire. Et cet accident intervient à un moment délicat pour l'économie mondiale, alors que les banques centrales remettent en place, de manière préventive, les outils exceptionnels qui avaient été mobilisés au plus fort de la crise. La BCE a récemment abaissé son taux et se prépare à reprendre ses opérations d'achats d'obligations pour injecter des liquidités dans le système. Idem pour la Fed qui vient d'abaisser son taux directeur et balise également le terrain pour reprendre peut-être, dès le mois de novembre, elle aussi, des opérations de quantitative easing. On ne voudrait pas jouer les Cassandre mais cette histoire fait diablement penser à celle - qui date de l'été 2007 - au cours de laquelle la Fed et la BCE avaient dû abreuver d'urgence les banques rendues soudain très méfiantes par la déconfiture des crédits immobiliers américains et des titres qui y étaient liés. On connaît la suite. Aujourd'hui, alors que les signes de tensions géopolitiques se multiplient, le risque d'une crise de confiance revient à l'avant-plan. Dix ans après la crise de 2008, la fragilité du système financier continue de faire peur.