Le président de la Fed s'exprime vendredi à 14H00 GMT pour la première fois depuis la baisse des taux de fin juillet, devant le gotha des banquiers centraux et des économistes traditionnellement réunis chaque année dans la prestigieuse station de montagne du Wyoming.

Les marchés, qui attendent la confirmation de leurs anticipations sur des baisses de taux comme le président, vigoureux partisan d'une forte réduction du coût du crédit, vont en analyser le moindre mot.

Jeudi matin, après déjà une série de tweets la veille qui avaient comparé M. Powell à un joueur de golf incompétent "manquant de doigté", Donald Trump a récidivé.

"Notre Réserve fédérale nous empêche de faire ce qu'on doit faire", écrit-il s'indignant que l'Allemagne vende "des bons à 30 ans à rendements négatifs". Il accuse la Fed de "désavantager les Etats-Unis face aux concurrents".

Les taux d'intérêt américains que la Fed a modestement baissé fin juillet pour la première fois en plus de dix ans, se situent entre 2% et 2,25% alors que la croissance américaine est de 2,1% (en rythme annuel au 2ème trimestre) tandis que l'Allemagne frôle la récession.

Mais le président reproche à la Banque centrale d'avoir remonté fin 2018 les taux trop vite et provoqué un renforcement du dollar ce qui handicape les Etats-Unis en pleine guerre commerciale.

Pour sa part, Jerome Powell, qui a été nommé par Donald Trump début 2018 avant de rapidement tomber en défaveur, avance sur une voie étroite.

Il s'efforce d'accompagner la faible inflation et de prolonger la plus longue croissance américaine de l'histoire moderne en accordant ce qu'il a appelé un "ajustement de milieu de cycle" sans promettre "une série de baisses" des taux.

Il s'attache aussi à défendre l'indépendance de la Fed et à garder la cohésion de son Comité monétaire, divisé face aux remèdes à apporter devant les perspectives de ralentissement.

- Signes mitigés -

Car l'activité américaine montre des signes mitigés mêlant une solide consommation à un secteur manufacturier morose et des investissements d'entreprises décevants et frileux face aux tensions commerciales.

La prochaine réunion monétaire de la Banque centrale est prévue dans trois semaines, les 17 et 18 septembre, et les marchés s'attendent largement à une nouvelle baisse des taux d'intérêt. Mais de quelle ampleur ?

"Nous aurons, espérons-le, davantage de clarté sur les futures baisses de taux quand M. Powell va parler vendredi, mais il y a peu de signes que la Fed veuille résister aux marchés", explique Michael Pearce, économiste pour Capital Economics.

Esther George, la présidente de la Fed de Kansas City, hôte du forum de Jackson Hole qui a voté contre la décision de réduire les taux en juillet, a paru camper sur ses positions jeudi.

Interrogée sur CNBC depuis la station, elle a estimé que le niveau des taux paraissait "être bien placé" actuellement.

Elle a admis que les perspectives économiques américaines présentaient des risques à la baisse avec "l'affaiblissement de la croissance mondiale et le degré d'incertitude lié aux questions commerciales". Mais elle conserve une projection de croissance de 2%: "Je pense qu'une croissance de 2% est encore possible", a-t-elle assuré.

Le Comité monétaire quant à lui a montré vouloir garder ses "options ouvertes" sur l'évolution des taux, selon les minutes de sa dernière réunion publiées mercredi.

"Il est important de maintenir un éventail d'options dans l'établissement du niveau des taux sur les fonds fédéraux" et de "rester flexible", note ce compte-rendu.