A l'heure où l'économie se numérise à toute allure, les grands cabinets d'audit et de conseil ne ménagent pas leurs efforts pour adopter la tech attitude et accompagner leurs clients dans cette évolution. BDO (75.000 personnes dans 160 pays) ne fait pas exception à la règle et multiplie les initiatives pour doper son expertise dans le domaine.
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A l'heure où l'économie se numérise à toute allure, les grands cabinets d'audit et de conseil ne ménagent pas leurs efforts pour adopter la tech attitude et accompagner leurs clients dans cette évolution. BDO (75.000 personnes dans 160 pays) ne fait pas exception à la règle et multiplie les initiatives pour doper son expertise dans le domaine. C'est ainsi que BDO Belgium a signé ces derniers mois l'acquisition de plusieurs petites sociétés belges spécialisées dans le numérique et les nouvelles technologies. Fin décembre 2017, le réseau belge a d'abord racheté Crossroad, du nom de cette PME malinoise lancée par Carmen Cordier - fille de feu John Cordier, fondateur de l'ex-Telindus - et spécialisée dans l'implémentation de nouvelles technologies en entreprise (blockchain, big data, etc.). Quelques semaines plus tard , au moment où le gouvernement fédéral approuvait le budget mobilité, il a investi dans la start-up louvaniste Eurides et sa plateforme visant à aider les entreprises et leur personnel à conjuguer de manière optimale toutes les formules de mobilité (indemnité kilométrique vélo, abonnement train, covoiturage, etc.). Enfin, plus récemment, il a mis la main sur la société de consultance basée à Bruxelles Ideas at Work, qui aide les entreprises dans leur transition numérique sur le plan des ressources humaines, qu'il s'agisse d'une réorganisation, d'un projet d'optimalisation de processus ou encore de l'introduction de nouvelles méthodes de travail.Bref, au total, cela fait trois acquisitions en trois mois pour BDO Belgique qui compte désormais près de 20 % de collaborateurs en plus par rapport à la fin de l'année dernière, soit environ 700 personnes. Si le bureau a décidé de mettre de cette manière la main au portefeuille et d'embrasser à bras-le-corps la révolution numérique, c'est d'abord parce que sa clientèle est de plus en plus à la recherche de conseils et de services en la matière (blockchain, Internet des objets, API ou application programming interface, data mining, etc.). La pression que subissent les entreprises pour participer à la révolution numérique augmente en effet sans cesse, elle touche toute la chaîne : RH, juridique, service clientèle, R&D, etc. Et aucun secteur n'y échappe. " Certes, nos clients ont besoin des services traditionnels que BDO leur fournit déjà depuis longtemps, mais ils sont également de plus en plus demandeurs de conseils dans le domaine des nouvelles technologies et du numérique, observe Hans Wilmots, CEO de BDO en Belgique. Suivi des personnes, suivi des objets, suivi administratif, etc. : demain, tout sera lié. Les trois acquisitions que nous venons de réaliser sont complémentaires. Elles vont nous permettre de répondre à ce besoin accru de la part de nos clients. " Comment, en effet, faire les bons choix quand on est une PME et que la technologie évolue à un rythme effréné ? Actuellement, 50 % des entreprises se transforment sous l'impulsion du numérique, mais 70 % d'entre elles échouent dans cette transformation, selon BDO. A cet égard, Hans Wilmots estime qu'il faut trouver le bon équilibre entre opportunités et risques tout en se focalisant surtout sur l'expérience client. " Il est possible de gagner en productivité et en efficacité avec le numérique. C'est un moyen d'augmenter les revenus, de diminuer les coûts et les risques, notamment au niveau informatique, mais il faut songer surtout à améliorer la satisfaction du client, son expérience. Beaucoup plus que par le passé, la relation de nos clients avec leurs propres clients est aujourd'hui essentielle ", indique-t-il. A l'heure de la transformation numérique, les récentes emplettes signées par BDO en Belgique sont également un moyen pour le bureau d'organiser sa propre mue. Hans Wilmots ne s'en cache pas. " Notre métier même est sous pression, avoue-t-il. La numérisation nous impacte aussi. J'ose le dire : le comptable d'aujourd'hui n'existera plus dans cinq ans. Il aura un profil tout à fait différent. Ce sera quelqu'un qui utilisera les données pour discuter avec les clients afin de trouver des solutions à leurs problèmes. Il n'enregistrera plus de documents, de factures, etc. Ce sera la machine qui le fera en partie à sa place. Le shift est énorme, tant en interne que pour les clients, et nous avons encore beaucoup d'efforts à réaliser sur ce terrain-là ", souligne Hans Wilmots. Question aussi de comprimer les coûts ? " La concurrence est aujourd'hui très forte dans le secteur. Les prix sont sous pression et les exigences au niveau de la qualité du service augmentent sans cesse, situe le CEO. Dans ce contexte, le numérique doit nous permettre d'être plus efficace en interne et donc d'abaisser les coûts. Mais prendre le train du numérique s'accompagne d'investissements conséquents. " Sans compter que s'ajoutent à cela de nouvelles exigences réglementaires qui, elles aussi, coûtent cher. Hans Wilmots signale à cet égard le contrôle des réviseurs désormais opéré par la FSMA, l'un des deux gendarmes du secteur financier en Belgique avec la Banque nationale (BNB). " Depuis l'an dernier, c'est la FSMA qui contrôle les réviseurs et non plus le secteur lui-même. Tout est passé en revue : structure du cabinet, procédures internes, etc. C'est très pointu et cela mobilise beaucoup de temps et d'énergie en interne. " Bien sûr, BDO n'est pas le seul cabinet d'audit et de conseils en Belgique à faire face au défi de la numérisation. Tous les acteurs du secteur y sont confrontés, y compris les big four (Deloitte, EY, PwC et KPMG). Les big four qui, pour certains d'entre eux, jouent d'ailleurs à fond la carte du numérique. Ainsi, Deloitte dope, depuis quelques années déjà, sa division technology qui ne compte pas moins de 600 consultants et enregistre une croissance de 15 %. Dans ce contexte, Deloitte Belgium a signé dernièrement l'acquisition de Brandfirst, une start-up belge d'une quinzaine de personnes issue de l'univers du gaming et active dans les écrans interactifs et la réalité virtuelle. Objectif : avoir en magasin de quoi séduire le plus de clients possible. " Il est clair qu'une des clés du succès dans l'audit, c'est quand même la taille, confie Hans Wilmots. Il faut répartir ses coûts sur une base de clientèle très large. Je pense que, dans les cinq années qui viennent, certains confrères vont se retrouver en difficulté et risquent de disparaître pour cette raison. Cela étant, nous ne voulons pas croître à tout prix. Nous voulons croître de manière durable, tout en ne se laissant pas distancer par les big four, derrière lesquels nous occupons aujourd'hui la cinquième place sur le marché belge. C'est un des facteurs qui explique notre succès ces 20 dernières années : malgré une multiplication par 20 des effectifs, BDO a su rester une organisation à taille humaine où les collaborateurs et les clients ne sont pas des numéros ", conclut Hans Wilmots.