Le Japon est, dans bien des domaines, en avance sur les économies européennes. C'est vrai technologiquement, mais ça l'est également sur le plan démographique (le Japon a une vingtaine d'années d'avance en matière de vieillissement de la population). Dès lors, il n'est pas étonnant que dans le domaine de la politique monétaire, les Japonais aient aussi un peu d'avance. En effet, devant se battre contre une croissance faiblarde et la déflation depuis près de 20 ans, la Banque centrale du Japon (BoJ) a tenté à peu près tout ce qui est possible et raisonnable de tenter sur le plan monétaire : taux zéro, achats massifs d'obligations et même d'actions via les ETF, etc. Depuis janvier, la BoJ s'est même risquée à la politique de taux négatifs.
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Le Japon est, dans bien des domaines, en avance sur les économies européennes. C'est vrai technologiquement, mais ça l'est également sur le plan démographique (le Japon a une vingtaine d'années d'avance en matière de vieillissement de la population). Dès lors, il n'est pas étonnant que dans le domaine de la politique monétaire, les Japonais aient aussi un peu d'avance. En effet, devant se battre contre une croissance faiblarde et la déflation depuis près de 20 ans, la Banque centrale du Japon (BoJ) a tenté à peu près tout ce qui est possible et raisonnable de tenter sur le plan monétaire : taux zéro, achats massifs d'obligations et même d'actions via les ETF, etc. Depuis janvier, la BoJ s'est même risquée à la politique de taux négatifs. Mais cette dernière mesure a eu un succès mitigé. La décision a en effet été très mal accueillie par les marchés, qui y voyaient un outil inutile voire même contre-productif, dans la mesure où il affecte directement la rentabilité des banques. De fait, la combinaison d'achats massifs d'actifs financiers sur les marchés par la banque centrale, créant un excès de liquidités, et de la perception d'une pénalité sur cet excès logé dans les banques, entame un peu plus la rentabilité de ce secteur déjà durement éprouvée par une courbe de taux ultra-plate. Face aux critiques grandissantes, aux effets contraires, mais aussi à la nécessité d'agir, la BoJ a dû se résoudre à innover une nouvelle fois. Elle a ainsi décidé récemment de " piloter " la courbe des taux. Concrètement, la mesure vise à étendre la palette d'actifs financiers achetés par la BoJ, qui était jusqu'à présent concentrée sur des obligations d'Etat ayant une échéance de 10 ans. A présent, la BoJ va étoffer les échéances des obligations qu'elle achète, de manière à fixer, sur les marchés, les rendements obligataires au niveau souhaité. Par exemple, comme le rendement à 10 ans est devenu négatif et moins élevé que le rendement à cinq ans, elle va vendre des obligations à 10 ans pour acheter des obligations à cinq ans, de manière à revenir à une courbe des taux plus normale où les taux longs sont plus élevés que les taux courts. Par ailleurs, elle vise un rendement de l'obligation à 10 ans de 0 %. On peut avoir deux lectures d'une telle mesure. De manière positive, c'est un nouveau cap franchi en matière de politique monétaire : la banque centrale détermine l'ensemble de la courbe des taux (alors que traditionnellement, elle n'influence que les taux courts et laisse les forces du marché faire le reste). Ce serait donc un pas en avant. De manière négative, c'est tout le contraire : en ayant la volonté de ramener le rendement à 10 ans en territoire positif (ou proche de 0%), la BoJ fait un pas en arrière, avouant qu'une courbe de taux ultra-plate voire inversée est trop dommageable pour le secteur financier et pour l'économie. De manière intéressante, le jour de l'annonce, l'indice boursier du secteur financier européen a rapidement progressé. C'est un peu comme si les analystes se disaient que la BoJ montre une nouvelle fois la voie à suivre à la BCE : orienter sa politique d'assouplissement quantitatif de manière à maintenir des taux faibles partout et pour toutes les échéances, mais tout en gardant une courbe de taux normale et qui étrangle un peu moins le secteur financier. Malheureusement, une telle politique n'est pas transposable à l'identique en zone euro. La BoJ peut viser un rendement de 0 % sur le taux à 10 ans japonais. Mais que devrait viser la BCE ? Un taux à 10 ans de x% sur l'emprunt allemand ? Ou sur l'ensemble des Etats de la zone euro ? Dans ce cas, elle devrait vendre des obligations allemandes et acheter massivement des obligations espagnoles, italiennes et autres, ce qui serait en contradiction avec sa volonté de garder une clé de répartition de ses achats identique au poids de chaque pays à l'échelle de la zone euro. Bref, le président de la BCE Mario Draghi n'a pas fini de s'arracher les cheveux : comment continuer à soutenir l'économie de la zone euro tout en limitant les dégâts causés dans le secteur financier par des taux négatifs et en ne donnant pas l'impression qu'il fait marche arrière, ce qui est mauvais pour sa crédibilité ?