CoinQuick : comment perdre son argent rapidement

Fin décembre, Alain Prévot commence à s'intéresser aux cryptomonnaies. Ce retraité, qui boursicote depuis 30 ans, flâne sur Internet à la recherche d'une bonne opportunité. Il tombe sur CoinQuick.net, un site en français au sujet duquel il trouve plusieurs références et témoignages enthousiastes. Sur sa page d'accueil, CoinQuick propose aux investisseurs de saisir " les opportunités les plus rentables de la décennie ". Une série de liens vers des articles du Figaro et des Echos viennent crédibiliser le discours de la société, qui se présente comme une " banque de cryptomonnaies ".

Alain Prévot envoie une demande de renseignements. " Quinze jours plus tard, un homme à l'accent parisien me téléphone pour me proposer des investissements dans les cryptomonnaies, témoigne l'investisseur amateur. Je reçois dans la foulée une brochure de présentation de la société, qui emploierait 300 personnes et ferait du conseil de placement en monnaies virtuelles depuis 2009. Tout cela me semble sérieux. " Le vendeur de CoinQuick presse Alain Prévot d'acheter entre un et trois bitcoins, dont le cours tourne à l'époque aux alentours de 12.500 euros. Ils se mettent finalement d'accord sur un montant de 5.000 euros, à verser sur un compte en Angleterre.

" J'hésite encore. Ils m'appellent trois fois par jour pour que je fasse le virement. Leur discours est bien rodé : ils me rappellent que le compte d'épargne ne rapporte plus rien, ils m'assurent que mes bitcoins seront protégés. " Le retraité cède à la tentation. Il reçoit rapidement un mail de confirmation, lui assurant que ses bitcoins sont bien arrivés. S'ensuivent des messages concernant l'évolution de son portefeuille. Dix jours plus tard, ses 5.000 euros se sont transformés en 9.000 euros ! " Ça me semble être une belle opération, poursuit Alain Prévot. Je veux en profiter pour tester le cycle de remboursement. Je demande donc à récupérer mon argent. " Pas trop déstabilisés, ses interlocuteurs lui proposent au contraire de réinvestir 25.000 euros. L'investisseur tient bon : il demande le remboursement deux jours avant Noël. Le dernier message qu'il reçoit de la part de CoinQuick est un laconique " Bonnes fêtes ".

" Début janvier, j'ai compris que je ne reverrais pas mes sous ", souffle Alain Prévot. Mais le retraité ne lâche pas l'affaire. Il contacte la banque de CoinQuick - la Loyd's - qui lui indique que la société existe bien en Grande-Bretagne... mais qu'elle vend des logiciels de trading et des imprimantes. Plainte est également déposée à la police belge ainsi qu'à la FSMA, le gendarme financier belge, et à la FCA, son équivalent britannique. Entretemps, CoinQuick est listé par la FSMA comme plateforme suspecte, parmi une vingtaine d'autres acteurs douteux.

200 bitcoins perdus : les confessions d'un trader endurci

Vincent* est entré dans le monde du bitcoin avant tout le monde. Il a connu pas mal de succès, mais aussi quelques revers. Malgré sa vigilance, ce trader endurci a perdu quelque 200 bitcoins en cours de route. Tout commence avec le scandale " mythique " de MtGox, une plateforme japonaise d'échange de cryptomonnaies dirigée par le Français Mark Karpelès, sur laquelle Vincent s'enregistre au début des années 2010 : " A cette époque, il y a très peu de plateformes. MtGox rassemble 80 à 90 % des échanges de monnaies virtuelles. Quand elle ferme du jour au lendemain en février 2014, l'impact est énorme ".

Au passage, des centaines de milliers de bitcoins s'évaporent, probablement suite à un piratage informatique. Vincent a retiré une bonne partie de ses billes avant la fermeture, mais il lui reste quand même 70 bitcoins coincés sur MtGox. Quelques mois plus tard, la plateforme fait aveu de faillite. Vincent se joint alors à la class action intentée par plusieurs milliers d'investisseurs. L'ancien patron français de MtGox est actuellement jugé au Japon, mais le verdict se fait attendre. Une chose est sûre : s'il obtient gain de cause, Vincent récupérera ses bitcoins... au cours de l'époque, bien plus faible qu'aujourd'hui. " C'est une grosse déception ", soupire le trader.

Quelque temps plus tard, il est victime d'une autre déconvenue, cette fois liée à un hacking plutôt perfectionné, alors qu'il utilisait la plateforme BTC-e - qui depuis lors a été fermée par le FBI. " Un jour, je reçois un e-mail venant de ce que je pensais être BTC-e. On me demande de réinitialiser mon double facteur d'authentification ( le 2FA est un système qui met une double couche de sécurité à un mot de passe, Ndlr). A l'instant où je le désactive, mon ordinateur s'éteint. Le temps que je parvienne à me reconnecter, tous mes bitcoins ont disparu. " Grâce au mail envoyé, les pirates ont en fait introduit un virus dans le PC de Vincent, qui leur a permis de surveiller son clavier et d'aspirer ses mots de passe, y compris celui de son adresse mail, indispensable pour valider les transactions en bitcoins.

La dernière mésaventure du trader était sans doute la plus évitable. De passage à Las Vegas, il a besoin de cash et souhaite rapidement échanger quelques fractions de bitcoins. Il s'inscrit sur Local Bitcoins, une plateforme d'échange de monnaies virtuelles de particulier à particulier. Il tombe sur un acheteur qui se montre intéressé par un tiers de bitcoin. " Je le contacte via WhatsApp : il propose de me transférer l'argent via Western Union, explique l'investisseur. Je lui envoie mes bitcoins... et je n'ai plus jamais de nouvelles. L'arnaque classique. J'ai baissé ma garde. "

Mark Karpelès. Ancien CEO de MtGox. © PG

Le faux profil LinkedIn d'un patron belge

Pierre-Olivier Beckers, ancien patron de Delhaize et président du Comité olympique belge (COIB), est victime des agissements d'un faux profil en ligne. " Depuis plus d'un an, un profil se fait passer pour moi sur LinkedIn : certaines infos mentionnées sont justes, d'autres pas, souligne Pierre-Olivier Beckers. Cette personne a essayé plusieurs fois d'entrer en contact avec d'autres comptes dans le but de leur proposer des affaires. " Le faux profil - plutôt bien fait - propose notamment à ses contacts de saisir des " opportunités dans la blockchain ", nous a confié Jean Wallemacq, co-directeur de la Belgian Bitcoin Association. Renseignements pris auprès du vrai Pierre-Olivier Beckers, Jean Wallemacq a reçu la confirmation qu'il s'agissait d'une arnaque. Le président du COIB a signalé l'usurpation d'identité à LinkedIn et demandé la suppression du faux compte. Mais il n'a reçu aucune réaction de la part du réseau social.

Confido : fausse ICO, vraie arnaque

Investisseur averti, Michaël* scrute les ICO (Initial Coin Offerings ou levées de fonds en monnaie virtuelle) à la recherche de la dernière pépite. Il tombe sur le projet Confido, qui compte " révolutionner " l'e-commerce. Confido veut imposer le paiement à la livraison (et non lors de l'achat), grâce à un système perfectionné de suivi des colis sur la blockchain et de paiement en monnaies virtuelles. " Ça se tient, ça me parle, se souvient Michaël. Je trouve que c'est une bonne idée. "

Après avoir vérifié l'activité de l'équipe de Confido sur les forums spécialisés et sur leurs comptes Twitter et Telegram, ce crypto-passionné place 500 euros dans leur ICO, via laquelle 375.000 dollars seront levés. " Je constate assez vite des mouvements bizarres. Il y a beaucoup de ventes sur le token ( le " token " est l'actif numérique vendu à l'occasion de l'ICO, Ndlr). Je sais que c'est risqué et que je ne me suis pas suffisamment renseigné. Je décide très rapidement de sortir. " Bonne décision, qui permet même à Michaël de faire (très cyniquement) une plus-value de 1.000 euros sur ce qui s'avérera très vite être une belle arnaque.

Deux semaines plus tard, le site ferme pour ce que Confido appelle " un problème légal " sur " un contrat ". Le site, ainsi que les comptes Twitter et Telegram, disparaissent du Net. Le token, qui a valu jusqu'à 1,20 dollar, plonge aux alentours de 0,02 dollar. Plus personne n'en veut. L'équipe de Confido, soi-disant dirigée par un certain Joost Van Doorn, a disparu avec la caisse. C'est ce qu'on appelle en langage crypto un exit scam, une arnaque à la sortie.

Trader Daddy, un robot pas très honnête

Théo* s'intéresse au trading de cryptomonnaies, une activité qui peut vite s'avérer chronophage. " Je cherchais un moyen de dormir la nuit. C'est comme ça que je me suis intéressé aux robots traders ", explique ce Bruxellois âgé d'une trentaine d'années. Comme dans la finance classique, des robots se sont développés dans le monde des cryptomonnaies, afin de procéder très rapidement à des achats et ventes de devises au moment opportun.

En août dernier, le choix de Théo se porte sur le robot de Trader Daddy : " Tu donnes tes clés d'accès et il trade pour toi ", détaille Théo. Pour accéder à ce service, l'investisseur débourse l'équivalent de 300 euros en rubycoins, la cryptomonnaie de Trader Daddy. " Je ne peux pas me plaindre du service. Le robot m'a rapporté du 1 % par mois environ. " Mais trois mois plus tard, Théo apprend que Trader Daddy n'est plus supporté par la plateforme Bittrex, où il avait placé ses monnaies virtuelles. Celles-ci ne sont pas perdues (Bittrex existe toujours). Par contre, les rubycoins ne valent plus rien, Trader Daddy n'étant plus utilisable.

Tout cela ne décourage pas Théo, qui se renseigne ensuite sur Chaingroup, un site promettant des rendements intéressants grâce à des robots traders ultra-performants. " Je m'informe sur les blogs spécialisés, sur YouTube, etc. Tout va bien. Je décide de mettre 2.000 dollars. Mauvaise décision : le lendemain, je vois des articles qui dénoncent un scam (une arnaque). J'essaye de retirer l'argent. Je tente de contacter Chaingroup sur Twitter, Telegram, etc. Pas de réponse. " Peu de temps après, le site ferme ses portes, et les investisseurs peuvent dire adieu à leurs placements.

L'arnaque ressemble à une pyramide de Ponzi, dans le pur style Madoff, le célèbre escroc de Wall Street. Dans ce schéma vieux comme le monde, les rendements " garantis " sont assurés par les nouveaux entrants, puis tout s'écroule lorsque les investisseurs veulent récupérer leurs billes.

Good Crypto, mauvais placement

Sophie* voit passer sur son fil Facebook une publication concernant les cryptomonnaies. Innocemment, elle like. " Tout de suite, je reçois un coup de fil sur mon portable. Un interlocuteur francophone me propose des investissements en cryptomonnaies ", explique Sophie. Elle reçoit un lien vers le site Good Crypto, qui se vante d'être " une plateforme unique d'échange de cryptomonnaies soutenue par une technologie de pointe ".

L'interlocuteur de Sophie lui explique que Good Crypto appartient au groupe britannique Arup et lui propose de vérifier ses dires auprès de l'Autorité des marchés financiers (AMF). Sophie s'exécute. Le gendarme financier français confirme l'existence d'Arup - qui est en réalité une société de consultance en génie civil. Une série de liens vers des articles et des vidéos YouTube faisant la promotion des cryptomonnaies (notamment un montage astucieux censé démontrer que Bill Gates est un défenseur du bitcoin) finissent de convaincre Sophie. L'apprentie investisseuse envoie 1.000 euros sur un compte aux Pays-Bas.

Encore un peu méfiante, elle demande rapidement le remboursement de 250 euros. Futés, les escrocs de Good Crypto s'exécutent. Sophie suit alors l'évolution de son portefeuille en ligne et voit la valeur de ses placements grimper jusqu'à 4.000 euros. " Comme les fêtes approchent, et que je veux faire plaisir à mes proches, je demande de récupérer mes sous ", poursuit Sophie.

Good Crypto sort alors l'artillerie lourde et propose à Sophie un contrat à plus long terme, avec des rendements mensuels " garantis " tout simplement affolants : 4,1 % pour un placement de 10.000 euros sur six mois... et même 8,25 % pour 25.000 euros placés sur 12 mois ! Pour appuyer ses dires, le faux site de placement prétend bénéficier d'une assurance auprès d'ABN Amro. Quant à ses conditions générales, elles sont carrément loufoques : " Les obligations Good Crypto qui versent un revenu fixe minimum au coefficient de 1,09 permettent aux investisseurs de se prémunir contre les risques de récession économique ou de déflation ". Entretemps, Sophie obtient la confirmation de la part de la société Arup que Good Crypto n'est absolument pas une de ses filiales.

L'investisseuse insiste pour récupérer son argent. En guise de réponse, Good Crypto lui coupe ses accès à sa pseudo plateforme en ligne. Ne voyant pas revenir l'argent, Sophie porte plainte auprès de l'AMF et de la FSMA.

Laurent Louis, revendeur de monnaies virtuelles

Laurent Louis. En Belgique, l'ancien député fait office de VRP pour OneCoin. © belga image

Quand Jean-Marc (nom d'emprunt) rencontre Laurent Louis, il est séduit par les promesses d'argent facile que celui-ci lui présente. L'éphémère député, élu sur les listes du Parti Populaire en 2010, adepte des théories du complot, devenu un temps compagnon de route du sulfureux humoriste Dieudonné, lui propose d'investir dans le OneCoin. Cette " monnaie ", présentée sur son site comme une " révolution financière " est censée devenir la devise d'échange préférée des commerçants dans le monde entier. Problème : le OneCoin n'est disponible sur aucune plateforme d'échange de cryptodevises. Une monnaie tellement virtuelle qu'elle n'existe pas.

Qualifié d'" arnaque du siècle " dans une enquête très fouillée du site Streetpress, OneCoin repose sur un principe simple. Pour rentabiliser son placement en attendant l'hypothétique adoption de cette " monnaie du futur ", chaque investisseur devient lui-même un rabatteur de nouveaux adeptes. A chaque " parrainage ", l'investisseur touche en effet une commission... et devient par la même occasion complice d'un système qui a fait rentrer, selon Streetpress, plusieurs centaines de millions d'euros dans les comptes en banque exotiques détenus par les insaisissables fondateurs de OneCoin.

En Belgique, Laurent Louis fait office de VRP pour l'organisation. Attiré par les gains faramineux promis par l'ex-député, Jean-Marc investit 40.000 euros dans l'affaire, sur ses propres deniers mais aussi ceux de sa famille. L'affaire tourne au vinaigre quand l'imprudent se rend compte qu'il n'a pas acheté grand-chose. Lors de ses différents paiements - toujours en cash et dans des lieux aussi incongrus que des aires d'autoroutes -, Laurent Louis a bien signé quelques vagues reçus. Mais Jean-Marc se sent floué et veut récupérer ses " placements ".

Ni Laurent Louis ni OneCoin ne sont prêts à obtempérer. Si bien que l'investisseur amateur prend un avocat et porte plainte auprès de la police. Visiblement inquiet du raffut occasionné par Jean-Marc sur Facebook et dans la presse (notamment un article de la DH), OneCoin décide de transiger avec lui. En échange de quelques posts Facebook plus conciliants et d'un retrait de sa plainte (ce qui est impossible en Belgique), l'étrange société propose de rembourser Jean-Marc rubis sur ongle.