Le géant français du jeu vidéo Ubisoft signe un début d’année catastrophique sur les marchés financiers. À l’ouverture de la Bourse, le titre chute brutalement de 33 %, sanctionnant l’annonce d’une refonte majeure de son organisation, mais surtout une révision drastique de ses perspectives financières.
L’année démarre très mal pour Ubisoft. Son titre s’est littéralement écroulé en Bourse (-33 % vers 10h), en réaction à l’annonce d’une réorganisation interne d’ampleur, mais surtout à des prévisions financières fortement revues à la baisse. Une annonce qui vient balayer les lueurs d’espoir apparues en novembre dernier, lorsque le groupe avait officialisé la finalisation de l’investissement de 1,16 milliard d’euros du géant chinois Tencent.
Une réorganisation majeure
En difficulté depuis plusieurs années, Ubisoft tente le tout pour le tout afin de sortir la tête de l’eau à travers une transformation profonde reposant sur trois piliers :
- un nouveau modèle opérationnel, plus décentralisé et centré sur les joueurs
- un recentrage du portefeuille, avec une feuille de route revue sur trois ans
- un ajustement de la taille de l’organisation (arrêts de projets, reports, fermetures de studios et restructurations)
Ubisoft va ainsi se diviser en cinq « maisons de création », chacune concentrée sur des licences ou des types de jeux spécifiques. Un projet déjà amorcé l’an dernier avec la création de Vantage Studios, dédiée aux licences phares de l’éditeur (Assassin’s Creed, Far Cry, Rainbow Six). L’objectif affiché est de permettre « une prise de décision plus rapide et décentralisée, ainsi qu’une capacité accrue à s’adapter rapidement aux attentes des joueurs ».
Six projets sont par ailleurs annulés, dont le très attendu remake de Prince of Persia: The Sands of Time, car ils ne répondent « pas aux nouveaux critères renforcés de qualité et de priorisation du portefeuille au niveau du groupe ». Ubisoft promet toutefois « d’accorder un temps de développement supplémentaire à sept jeux afin de garantir l’atteinte de standards de qualité renforcés et de maximiser la création de valeur à long terme ».
Enfin, pour réduire les coûts, Ubisoft va revoir « la taille de l’organisation et le recentrage des ressources sur les activités créatrices de valeur, notamment via des restructurations supplémentaires », tout en adoptant « une discipline stricte en matière de recrutements sur l’ensemble des fonctions ». En clair, moins d’embauches et potentiellement des licenciements, ainsi que de possibles fermetures de studios, comme celles déjà engagées en 2025.
Le groupe justifie cette refonte majeure par « l’évolution d’un marché AAA durablement plus sélectif, un environnement de plus en plus concurrentiel sur les jeux de tir, ainsi que la difficulté croissante pour les éditeurs de créer de nouvelles marques dans un contexte de hausse des coûts ».
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Des prévisions en forte baisse
Ce qui a surtout fait plonger l’action ce matin reste la révision des prévisions pour l’exercice 2025-2026, qui s’achèvera en mars. Ubisoft table désormais sur des net bookings de 1,5 milliard d’euros, contre un objectif précédemment annoncé stable sur un an, autour de 1,846 milliard d’euros.
Plus inquiétant encore, le groupe anticipe une perte opérationnelle d’environ 1 milliard de dollars, alors qu’il visait jusque-là un résultat « proche de l’équilibre ».
Par ailleurs, Ubisoft s’attend à brûler entre 400 et 500 millions d’euros de trésorerie sur l’exercice, alors que la société évoquait auparavant une variation de trésorerie simplement « négative ».