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La tech sous pression en bourse, simple pause ou vrai tournant ?

Vincent Juvyns, expert boursier chez ING, est l’invité du Trends des Marchés. Il analyse la chute de ces derniers jours des valeurs technologiques en bourse.

Coup de tonnerre ce mercredi en bourse : Anthropic a présenté un nouvel outil d’IA, Cowork. Les développeurs de logiciels ont lourdement chuté, 285 milliards de dollars de capitalisation sont partis en fumée. Une chute qui peut rappeler l’épisode DeepSeek. Mais au-delà, c’est tout le secteur de la tech qui est d’ailleurs actuellement sous pression. Comment mettre cette annonce et cette chute en perspective ?

“La tech, ces deux dernières années, c’était vraiment le moteur de performance des marchés boursiers. Mais en ce début d’année, elle subit une pression. Le secteur technologique mondial qui marque le pas : 1,2 % en retrait cette année, alors que le marché progresse de 2,4%. Cette annonce d’Anthropic a vraiment pesé sur les cours. Mais en fait elle a succédé à d’autres développements, en ce début d’année”, analyse Vincent Juvyns.

Ce n’est pas anodin. C’est un secteur qui pèse lourd au niveau mondial. 26% de l’indice MSCI Monde. Il est d’autant plus important aux États-Unis où il pèse jusqu’à 40% si on intègre les services de communication”, ajoute l’expert. “En Europe, le secteur ne pèse que 10 %. C’est la raison pour laquelle on a une Europe qui a été moins pénalisée, dans ce contexte de retrait. Le secteur technologique en Europe va même à contre-courant : il est en hausse. Depuis le début de l’année, il esten haussee de 8,3%, grâce notamment à ASML qui représente 42% de l’indice technologique européen.”

Chute de la tech

Ce coup de mou actuel est-il dû à une mauvaise santé du secteur ou à l’inverse à une survalorisation ? Pour Vincent Juvyns, c’est un peu ni l’un ni l’autre. “Ce qui se passe actuellement dans le secteur technologique et des logiciels n’est pas le canari dans la mine de charbon. Alors, on est évidemment confronté à une incertitude sur l’avenir et les gagnants de demain. Mais si on se base sur les résultats publiés par ces entreprises : ils ont été très bons pour le trimestre échu. On a eu beaucoup de résultats publiés ces derniers jours et ils confirment généralement les attentes, voire les dépassent.”

Mais pourquoi alors ce recul ? “Les investisseurs sont plutôt inquiets par rapport à l’avenir. Par ailleurs, on avait évidemment aussi des valorisations élevées dans le secteur. Ce qui peut expliquer quelques corrections. Mais compte tenu de ces récentes baisses, on a un secteur qui se traite aujourd’hui à 24 fois les bénéfices attendus au cours des douze prochains mois. C’est un peu plus que les moyennes historiques, mais pas beaucoup plus. Donc, on a un secteur qui est sanctionné aujourd’hui, alors qu’il continue à faire toujours mieux d’un point de vue croissance bénéficiaire et qu’il se négocie à des tarifs finalement relativement acceptables. Autre chiffre : cette année, les analystes s’attendent à une croissance bénéficiaire de 35% pour le secteur technologique. Il se porte toujours bien jusqu’à présent”, cacule l’expert.

Faut-il s’inquiéter ?

Mais n’y a-t-il pas un certain paradoxe alors, si on parle de croissance d’un côté, mais que de l’autre côté les cours chutent ? “Les investisseurs sanctionnent le secteur pour un point spécifique, qui est cette annonce d’Antrhopic. Il faut savoir que les logiciels pèsent 25% dans le secteur technologique mondial. C’est là que se concentrent les inquiétudes des investisseurs aujourd’hui. La crainte est qu’on ait demain des agents IA qui puissent remplacer des logiciels utilisés par le grand public. C’est ce qui pèse sur le secteur des softwares actuellement.”

Mais faut-il alors s’inquiéter ? Quelles sont les perspectives ? “Ces deux dernières années, on a eu différents événements de ce genre. Lors du lancement de ChatGPT, on s’était dit que Google allait disparaître, que nous n’allions plus utiliser de navigateur ou moteur de recherche. Or, on voit que ce n’est pas le cas aujourd’hui. Google s’est adapté et a lancé Gemini qu’on utilise au quotidien aujourd’hui, même parfois sans s’en rendre compte. Avec DeepSeek, on avait annoncé la fin de Nvidia. Mais Nvidia s’est adapté et survit toujours”, retrace l’expert.

“Aujourd’hui, c’est la même question qui est posée par rapport au secteur des softwares. Alors je ne pense pas qu’il va disparaître. Par contre, les acteurs vont devoir s’adapter. Les géants du secteur sont dans une course au leadership, à coup de centaines de milliards de dollars d’investissements. Une sélection darwinienne va inévitablement s’opérer dans ce secteur, comme dans d’autres”, conclut-il.

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