Avec le retour de Trump, que faire des actions du secteur de l’énergie durable ?

panneaux solaires
© Getty Images
Danny Reweghs
Danny Reweghs Journaliste

La transition énergétique est prometteuse depuis des années et nombre d’investisseurs ont beaucoup parié dessus à l’époque. L’arrivée de Donald Trump n’a pas embelli les perspectives. Que faire des actions du secteur de l’énergie durable ? La transition énergétique est-elle encore prometteuse ?

D’un avenir radieux à nuageux

L’avenir de l’énergie durable était radieux lors de la conclusion des conventions, en 2015, dans le cadre de l’Accord de Paris, qui visaient à ramener les émissions nettes de CO2 à zéro par étapes. Il fallait alors investir à coups de milliards dans les énergies propres, l’électrification des transports et de la mobilité, et le verdissement du chauffage et de la climatisation des bâtiments.

Si cette transition offre des opportunités aux investisseurs, elle comporte aussi des risques. Les changements créeront de nouveaux gagnants susceptibles de générer beaucoup de valeur pour les actionnaires. Il existe toutefois un risque de surévaluation des actions, qui entraînerait une hausse de la valorisation, après quoi le moindre revers pourrait générer de lourdes pertes pour le cours. Nombre d’investisseurs veulent profiter des opportunités et choisissent des actions à forte valorisation et risquées qui ne répondent presque jamais aux attentes ambitieuses.

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Atterrissage brutal pour Tesla

C’est ce à quoi nous avons assisté sur le marché des voitures électriques (VE). Le grand gagnant reste Tesla Motors. Le constructeur américain a rendu la VE sexy tout en investissant dans l’extension de son réseau de recharge. Tesla a fait décoller la conduite électrique, en partie grâce à une utilisation astucieuse des subventions. Depuis son introduction en Bourse, le cours de l’action a même dépassé les 400 euros lors du pic de décembre 2024, faisant de l’actionnaire principal, Elon Musk, l’homme le plus riche du monde. Dans le sillage de Tesla, plusieurs fabricants de VE ont vu le jour et sont entrés en Bourse. Les investisseurs ont également acheté leurs actions, espérant avoir trouvé la nouvelle Tesla. Malheureusement, les cours de la plupart de ces actions ont été décimés. Il est difficile de prédire qui seront les gagnants avec l’émergence des nouvelles technologies. Le cours de Tesla connaît également un assez net recul depuis le début de 2025.

Hype cycle

Lorsque l’on investit, il est bon de tenir compte du hype cycle, ce concept de Gartner qui décrit le cycle de vie des technologies et des tendances émergentes et les étapes qu’elles impliquent. Idem pour l’énergie durable. Les différentes phases sont décrites dans l’encadré. Durant la phase Sommet des attentes surdimensionnées, les investisseurs identifient des gains importants à court terme mais cela s’accompagne de risques considérables. Les investisseurs doivent éviter d’entrer sur le marché lorsque les attentes sont les plus élevées. Cette phase est en effet suivie du Creux des désillusions, qui se traduit souvent par des pertes importantes. Ceux qui peuvent attendre la Pente de consolidation et le Plateau de productivité profitent souvent d’une croissance et d’un rendement durables.

Des attentes exagérées

Durant les première et deuxième phases du hype cycle, la valeur d’une action est surtout basée sur les attentes. Pour réussir, il faut pouvoir estimer quelle technologie l’emportera. Il convient aussi de sortir avant que la deuxième phase ne passe à la troisième, et son inévitable déception.

Les investisseurs ne sont généralement pas doués pour cela, mieux vaut donc se tourner vers les entreprises qui ont atteint le Plateau de productivité. Elles occupent une position stable sur le marché et ont montré qu’elles pouvaient créer de la valeur pour les actionnaires. L’avantage concurrentiel tient les nouveaux entrants à distance et garantit des marges saines et rentables. Je pense qu’un titre comme Enphase est peut-être en train de passer de la phase 3 à la phase 4.

Prudence accrue à l’égard de l’énergie durable

Le monde politique est de plus en plus réticent envers la transition vers l’énergie durable et semble même parfois s’y opposer. Or, le temps presse. Les effets du réchauffement climatique sont de plus en plus visibles et posent de gros problèmes. Mais c’est un autre débat. Vu le retrait du monde politique, la transition devrait se faire à plus petits pas.

Cela signifie que le solaire et l’éolien continueront à se développer puisqu’ils disposent déjà d’un modèle économique positif. Parallèlement, le développement de l’hydrogène pourrait être plus difficile à mettre en place. Pour rendre cette forme d’énergie intéressante, l’hydrogène doit être utilisé à grande échelle. Il faudra des années et des milliards d’investissements avant qu’il ne le soit. Durant cette phase de démarrage, les gouvernements doivent proposer subsides et soutien. Or, ils seront sans doute moins enthousiastes à l’avenir.

Les Big Tech prennent le relais

Ces derniers mois, les Big Tech ont semblé prendre le relais du gouvernement dans le développement de petits réacteurs nucléaires pour produire de l’énergie nucléaire. Le développement de l’intelligence artificielle (IA) nécessite beaucoup d’énergie et les Big Tech voient les petits réacteurs comme une source d’énergie propre et stable, ce dont ont besoin les centres de données.

Plusieurs groupes des Big Tech s’associent à une société d’énergie nucléaire. Cette dernière construit et exploite le réacteur, tandis que la Big Tech promet d’acheter l’énergie sur une longue période, réduisant ainsi le risque de l’investissement.

Les investisseurs étant devenus moins enthousiastes à l’égard de l’IA, reste à savoir si les investissements dans le nucléaire se poursuivront. Les investissements dans l’énergie nucléaire en sont encore à la phase 2.

Soleil et vent

La transition énergétique finira bien par suivre son cours. Il n’y a pas de véritable alternative. En fait, l’énergie solaire et l’énergie éolienne ont atteint une échelle telle qu’il est économiquement rationnel d’y investir. Selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), le coût du solaire et de l’éolien est inférieur de plus de 50% à celui de l’énergie fossile. Il y a fort à parier que les énergies solaire et éolienne deviendront encore moins chères avec les améliorations technologiques.

L’avantage économique entraînera une hausse des investissements dans le solaire et l’éolien. Cela signifie qu’il faut aussi trouver une solution à la congestion du réseau. La solution réside dans le renforcement du réseau électrique et dans la capacité de stockage pour soulager le réseau lors des pics de production d’énergie durable.

Le renforcement du réseau électrique générera des commandes pour les entreprises en phase 4. En ce qui concerne le stockage de l’énergie, le paysage devrait encore être bouleversé par le développement de nouvelles technologies. Le fabricant chinois de voitures électriques BYD a par exemple présenté récemment une batterie aux performances supérieures.

Conclusion

Lorsque l’on investit dans la transition vers l’énergie durable, il convient de tenir compte du stade auquel se trouve le marché en termes d’opportunités de rendement et de risque. La prudence s’impose à l’égard des nouvelles technologies, qui nécessitent encore des investissements majeurs et pour lesquelles les gouvernements seront moins enclins à jouer le rôle de moteur. Mieux vaut opter pour des segments répartis entre plusieurs fournisseurs stables disposant d’un avantage concurrentiel. La transition énergétique suivra son cours, malgré le soutien politique amoindri. Le monde en a besoin et il s’agit en fin de compte d’un modèle rentable.

Le hype cycle de Gartner
1. Lancement de l’innovation : c’est le début du hype. Une nouvelle technologie ou tendance voit le jour. Les gens sont enthousiastes et parient sur des changements révolutionnaires.
2. Sommet des attentes surdimensionnées : le hype atteint son paroxysme. Les investisseurs se lancent en masse, poussés par la FOMO (Fear of Missing Out). Les prix grimpent et tout le monde semble vite s’enrichir.
3. Creux des désillusions : l’inévitable déclin commence. La réalité rattrape les attentes ambitieuses. Les investisseurs sont déçus et les prix chutent.
4. Pente de consolidation : le krach est suivi d’une période de stabilisation et de croissance progressive. L’investisseur patient voit la valeur de la tendance et investit à long terme.
5. Plateau de productivité : au final, la technologie est intégrée dans la société et l’économie. L’investisseur persévérant voit son investissement rentabilisé.

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