Acculé par les sanctions américaines, le deuxième producteur de brut russe a annoncé jeudi un accord sur la vente de la quasi-totalité de ses actifs hors de Russie au géant du capital-investissement Carlyle. Une opération estimée à 22 milliards de dollars qui marque la fin des ambitions mondiales du groupe fondé par Vagit Alekperov.
C’est la fin d’une époque pour le « plus occidental » des pétroliers russes ? Jeudi matin, Lukoil a confirmé la signature d’un accord historique avec l’américain Carlyle Group pour la cession de Lukoil International GmbH. Cette holding, basée à Vienne, pilote l’ensemble des opérations d’extraction et de raffinage du groupe hors des frontières de la Fédération de Russie.
Une vente « sous le fusil » du Trésor américain
Si Lukoil a longtemps tenté de maintenir son empreinte mondiale — de l’Irak au Mexique en passant par l’Europe de l’Est et même la Belgique — la pression est devenue insoutenable. Bien que l’entreprise soit privée, elle est visée par des sanctions directes de l’OFAC (le gendarme financier américain) qui restreignent son accès aux financements et aux technologies.
Washington avait fixé un ultimatum clair : Lukoil avait jusqu’au 28 février 2026 pour couper les ponts avec ses filiales étrangères sous peine de voir ces dernières totalement paralysées. En choisissant Carlyle, Lukoil s’offre une porte de sortie validée par la Maison-Blanche. Le fonds américain, fort de ses 470 milliards de dollars sous gestion, dispose de l’entregent politique nécessaire pour naviguer dans les méandres des licences réglementaires.
Un périmètre stratégique amputé du Kazakhstan
La transaction, dont le montant n’a pas été officiellement dévoilé mais que les analystes de la City estiment à environ 22 milliards de dollars concerne 0,5 % de la production mondiale de pétrole. Il comprend des joyaux industriels comme le champ géant de West Qurna 2 en Irak, la raffinerie de Burgas en Bulgarie, pivot énergétique des Balkans ou encore des actifs d’exploration offshore prometteurs au Mexique et au Nigéria.
Seul le Kazakhstan échappe à la corbeille. Les participations de Lukoil dans les champs de Tengiz et de Karachaganak restent dans le giron de Moscou, ces projets bénéficiant de dérogations spécifiques en raison de leur importance pour l’approvisionnement des marchés occidentaux via le consortium CPC.
Le repli vers le « bastion » russe
Pour Lukoil, ce désengagement forcé sonne comme un repli stratégique majeur. Privé de ses revenus en devises fortes et de ses accès aux marchés internationaux, le groupe va devoir se recentrer sur ses gisements sibériens.
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Mais le défi est immense : selon plusieurs sources de marché, Lukoil souffre d’une érosion de ses marges. Le brut russe s’échange toujours avec une décote importante face au Brent, et les coûts d’entretien des infrastructures, privés de pièces détachées occidentales, s’envolent. Ce « bailout » déguisé via la vente à Carlyle offre une bouffée d’oxygène financière, mais consacre l’isolement durable de l’industrie pétrolière russe.
Carlyle, le nouveau géant de l’ombre ?
Pour Carlyle, l’opération est audacieuse. En rachetant ces actifs à prix « cassés » par le contexte géopolitique, le fonds se dote d’une capacité de production équivalente à celle d’une major pétrolière de second rang. Reste à savoir comment le fonds gérera la transition opérationnelle et la sortie du personnel russe des instances de direction de ces filiales.