Les bénéfices sont attendus en forte hausse pour l’année prochaine, notamment au niveau américain. Mais des risques planent sur la santé de la première économie mondiale.
Les stratégistes des gestionnaires d’actifs se sont livrés à leur ronde annuelle de prévisions pour la nouvelle année. Brian Levitt, chief global market strategist chez Invesco, estime que la résilience économique se maintiendra en 2026.
“Aux États-Unis, l’impact des mesures de soutien budgétaire vont épauler l’activité économique. Des plans de soutien ont également été annoncés en Europe, en Chine et au Japon, de sorte que nous attendons plutôt une reprise de l’activité au niveau global à l’approche de 2026.”
Pas de bulle de l’IA
Dans le domaine de l’intelligence artificielle, la plupart des stratégistes estiment qu’il est erroné de penser qu’il existe une bulle, avec, pour 2026, des bénéfices attendus en progression à deux chiffres sur ce segment. Siddharth Shahv, director global equities chez Invesco, constate “des similitudes avec la crise des années 2000, avec une véritable course aux armements sur la base d’un l’espoir de faire partie des futurs leaders. Certaines entreprises génèrent des flux de trésorerie disponibles considérables et ne recourent pas à l’emprunt”.
Les autres secteurs boursiers devraient également être soutenus par cette tendance, avec une croissance des résultats qui soutient le maintien d’une surpondération des actions. C’est toutefois le scénario optimiste qui est actuellement privilégié par les stratégistes, avec des attentes bénéficiaires pour 2026, avec des gains de productivité qui permettent de soutenir la dynamique des actions.
Pour autant, certains pointent des tendances moins favorables, qui pourraient augmenter la volatilité sur les marchés financiers. Chez Pictet AM, Christopher Dembik pointe par exemple les attentes irréalistes actuellement intégrées dans la valorisation d’un groupe comme Open AI, qui devrait être introduit en Bourse dans les prochains trimestres. “Je suis assez dubitatif sur le modèle d’OpenIA, dont la valorisation est basée sur des attentes inatteignables”, constate Christopher Dembik. Ce qui risque d’entraîner une correction sensible dès que le groupe aura été introduit en Bourse.
Crédit privé
“Les investissements actuels dans l’IA en sont encore à un stade précoce mais avec des signes d’excès de la part d’entreprises qui dépensent massivement dans l’espoir de gains futurs, affirme William Davies, CIO chez Columbia Threadneedle, avec des schémas d’investissement circulaires (entreprise finançant leurs fournisseurs) susceptibles d’accroître la nervosité des marchés si la dynamique s’essouffle.”
Un autre facteur de vulnérabilité provient du crédit privé, utilisé par plusieurs acteurs pour tenter de rattraper leur retard dans le développement de l’IA. Pour Thomas Stul (Belfius AM), “il y a clairement une inquiétude sur certains acteurs, avec des primes demandées par les investisseurs obligataires qui ont fortement augmenté ces derniers temps”.
Une économie essoufflée
Directeur des gestions chez Rothschild & Co Asset Management, Didier Bouvignies souligne que des signaux économiques moins favorables commencent à pointer le jour sur le marché du travail américain, “avec des destructions d’emplois qui pourraient refléter la trajectoire d’une économie en voie d’essoufflement. Les marchés sont pour le moment myopes et ne voient que les attentes bénéficiaires et les taux d’intérêts”.
Pour William Davies (Columbia Threadneedle), “l’économie mondiale avance sur une ligne de plus en plus étroite, avec des déséquilibres qui se sont renforcés en dépit de la résilience de la croissance économique. Dans le même temps, les banques centrales ont désormais des marges d’erreur réduites”.
“Les marchés sont pour le moment myopes et ne voient que les attentes bénéficiaires et les taux d’intérêts.”
De son côté, la CIO de Belfius AM Maud Reinalter souligne que “le pouvoir d’achat des ménages aux États-Unis est actuellement sous pression, notamment en raison de la forte hausse des prix de l’électricité. Ce problème va certainement peser sur les élections de mid-term (mi-mandat) prévues vers la fin 2026, avec un équilibre politique qui pourrait changer et ne plus être aussi favorable au développement de l’IA”.
Et à plus court terme, les interrogations sur l’indépendance de la Réserve Fédérale américaine (Fed) vont également être de nature à inquiéter. “La fin du mandat de Jerome Powell, en mai 2026, va exposer la Fed à une pression politique croissante, estime encore William Davies, et affaiblir son engagement à long terme envers la stabilité des prix.” Ce qui risque d’avoir un impact sur la dette américaine.
Conserver une bonne diversification des portefeuilles
Dans ce contexte incertain, les stratégistes estiment qu’il faut conserver une bonne diversification des portefeuilles, et ne pas mettre tous ses œufs dans le panier de l’IA américaine. Pour Paul Jackson, global market strategist chez Invesco, “il est naturel d’observer un rééquilibrage des portefeuilles vers d’autres régions du monde et d’autres segments du marché”.
“Il est naturel d’observer un rééquilibrage des portefeuilles vers d’autres régions du monde que les États-Unis et d’autres segments du marché que l’IA.”
Pour ce qui est de l’Europe, la valorisation du marché continue de présenter des opportunités intéressantes par rapport aux États-Unis, avec des flux financiers qui continuent de se diriger vers un Vieux Continent qui bénéficie d’une inflation sous contrôle et de divers programmes de relance budgétaire (notamment en Allemagne) qui devraient permettre de compenser l’impact des droits de douane. “En Europe, nous avons une préférence pour les petites et moyennes capitalisations”, juge Maud Reinalter (Belfius AM) qui cite notamment comme avantages de ces dernières une valorisation qui reste très attractive par rapport aux perspectives de croissance des résultats, une moindre exposition sur le problème des droits de douane, et des taux d’intérêt moins élevés.
Le segment qui présente aujourd’hui le plus d’intérêt est sans conteste celui des marchés émergents, qui ont l’avantage d’avoir une situation budgétaire nettement plus favorable, avec des niveaux d’inflation largement sous contrôle. “Notre préférence va aujourd’hui aux marchés asiatiques, souligne Thomas Stul, senior investment strategist chez Belfius AM. Leurs bénéfices sont également soutenus par les développements autour de l’IA, mais avec des niveaux de valorisation permettant un potentiel haussier”.
Baisse du dollar
Du côté des devises, le dollar devrait rester sous pression en raison d’un déficit budgétaire élevé et d’une Réserve fédérale qui devrait continuer à descendre son taux directeur, de l’ordre d’une à deux baisses en 2026 pour retomber vers 3%. La faiblesse du billet vert devrait constituer un terrain de jeu favorable pour la dette émergente en devise locale.
Toujours dans le domaine obligataire, la dette d’entreprise reste privilégiée par plusieurs stratégistes, plus particulièrement sur le papier de bonne qualité émis par des entreprises disposant souvent de taux moins élevés que la dette de certains gouvernements souverains. Pour Didier Bouvignies (Rothschild & Co AM), “c’est le reflet que les investisseurs estiment ces émetteurs comme plus sûrs que certains pays ayant des trajectoires budgétaires insoutenables”.
Enfin, plusieurs stratégistes pointent également les opportunités existant dans le domaine des matières premières, avec l’or notamment qui devrait continuer de bénéficier des achats organisés par les banques centrales émergentes combinés à une insuffisance de l’offre ; mais également sur les métaux fortement utilisés dans la transition énergétique, comme le cuivre ou l’argent.
Suivez Trends-Tendances sur Facebook, Instagram, LinkedIn et Bluesky pour rester informé(e) des dernières tendances économiques, financières et entrepreneuriales.