La taxe sur les plus-values a été finalisée ce lundi en kern. Elle arrive à grands pas. Pour Corentin Scavée et Grégory Guilmin, elle doit être l’occasion pour les investisseurs de se lancer dans une chasse aux frais dans son portefeuille. Car après, il pourrait être trop tard.
En marge de l’accord sur le budget trouvé cette nuit par le gouvernement fédéral, l’Arizona a aussi finalisé la taxe sur les plus-values. C’est une taxe de 10% qui s’applique sur la plus-value réalisée sur les actifs financiers, comme les actions, obligations, cryptomonnaies, l’or… Mais il y a une exemption : les premiers 10.000 euros (par an) ne sont pas taxés. La plus-value est à compter à partir du premier janvier 2026 (et les plus-values historiques sont ainsi exclues du calcul).
La loi doit encore passer au Parlement, de petites modifications sont donc encore possibles. Dont notamment la date. À partir de quand la loi et la taxe s’appliqueront-elles ? Cela peut bien être le premier janvier, rétroactivement, même si la loi n’est entérinée que plus tard en 2026, par exemple.
Mais voici, en l’état, ce qui attend les investisseurs. Et dans le monde de l’investissement, des voix s’élèvent pour que l’arrivée prochaine de cette taxe soit un déclic. Que les investisseurs profitent de l’occasion et analysent leur portefeuille de fond en comble. Pour faire une chasse aux frais et éventuellement changer de stratégie.
Inertie
Ce que craint le plus Corentin Scavée, cofondateur et Head of Wealth Management d’Easyvest, c’est qu’après l’entrée en vigueur, ce soit trop tard. À cause de l’inertie, que viendrait renforcer cette taxe. “Nous craignons que les gens vont rester captifs dans les institutions auprès desquelles ils sont investis, quand la taxe va rentrer en vigueur”, note-t-il. “Cette taxe va être un changement de paradigme, surtout psychologique. Il y a déjà beaucoup d’inertie dans le système bancaire actuel. Les gens prennent beaucoup de temps à remettre en question leurs investissements et à changer d’institution. Et notre sentiment, c’est qu’avec l’arrivée de cette taxe, l’inertie ne va faire que grandir. Parce qu’il y aura une barrière psychologique, qui est le paiement de cette taxe, et une barrière financière. Ils vont encore plus réfléchir à deux fois avant de faire des arbitrages.”
L’arrivée de la taxe devrait ainsi pousser à cette réflexion. “Nous essayons sensibiliser les investisseurs belges sur le fait que s’ils doivent se poser des questions. C’est maintenant qu’il est peut-être judicieux de se les poser et pas plus tard. Parce qu’il y aura des conséquences financières et une barrière psychologique qui seront beaucoup plus importantes. Si on n’est pas satisfait de certains investissements, si les frais sont trop importants par exemple, c’est le moment de se poser des questions et de faire des arbitrages pour ne pas les faire après l’arrivée de la taxe… et de devoir payer cette taxe.”
Frais élevés
Le souci, c’est que de nombreux Belges investissent dans des fonds bancaires, qui ont des frais élevés. Mais à côté, il y a de nombreux jeunes acteurs qui proposent des solutions d’investissement avec des frais beaucoup moins importants. C’est le cas d’Easyvest, société de gestion de patrimoine qui mise sur le digital, l’innovation technologique et les ETF indiciels pour casser les frais dans les portefeuilles des investisseurs (pour un ticket d’entrée à 5.000 euros). Corentin Scavée prêche donc un peu pour sa paroisse. Mais ce qu’il avance n’en est pas moins vrai pour les investisseurs qui se posent des questions sur leurs placements à l’approche de la taxe sur les plus-values. Et cela compte aussi pour d’autres plateformes qui proposent des solutions d’investissement.
Ce que propose aussi Easyvest, c’est un audit des portefeuilles. Les personnes peuvent envoyer leur rapport de gestion (rapport que leur envoie tous les ans leur institution bancaire via laquelle elles investissent) et l’entreprise fait une analyse. C’est une comparaison des frais et de la performance du portefeuille avec les frais et la performance d’un portefeuille en ETF chez Easyvest, sur une période donnée. “On va voir si le gestionnaire a été onéreux ou pas par rapport à une solution de gestion indicielle. Et on va voir aussi s’il a été plus ou moins performant que le marché, donc une allocation équivalente qui aurait simplement suivi des indices mondiaux”, détaille Corentin Scavée. “Et en général, on réalise quand même une centaine d’audits par an et les frais sont systématiquement plus élevés.”
Frais : le plus grand handicap
Pour Grégory Guilmin aussi, coach boursier et éducateur financier, l’arrivée de cette taxe doit être un déclencheur pour se pencher sur son rapport de gestion et les frais qu’on paie dans ses investissements. Car sur le long terme, ce sont eux le plus gros handicap d’un placement. Bien plus que la taxe sur la plus-value.
Il liste ainsi deux types de frais, qui peuvent exister dans les fonds d’investissement. D’abord les frais directs, comme les frais d’entrée et de sortie, frais de garde, commission de courtage, de surperformance… Ils sont directement prélevés du compte de l’investisseur. Puis les frais indirects, qui sont moins visibles car ils sont appliqués à l’intérieur du fonds, mais ont donc un impact sur le rendement même. Ces frais, ensemble, sont ainsi en moyenne d’environ 1,5% et peuvent vite grimper à plus de 2%.
Mais alors que faire, une fois qu’on a fait ce check-up de son portefeuille ? Pour Grégory Guilmin, il y a deux pistes. La première est la négociation avec la banque. “Si l’on passe par une banque classique, on peut essayer de diminuer les frais. Tout, je dis bien tout, est négociable. Mais il est à voir si la personne en face de nous a envie de négocier avec nous.”
Investir soi-même ?
La seconde, c’est d’investir par soi-même. “Si la négociation ne fonctionne pas, il faut investir via une plateforme en ligne qui coûte beaucoup moins cher. Il faut un petit peu se former. Mais le jeu en vaut la chandelle puisqu’on devient 100% autonome et on ne dépend pas d’une institution financière. Je pense que pour diminuer les frais, notamment indirects, un autre point est alors d’investir dans des ETF passifs. Un ETF passif coûte en moyenne cinq fois moins cher qu’un fonds actif traditionnel”, explique Grégory Guilmin. Là, des frais directs, comme une commission de courtage, peuvent aussi s’appliquer. Ils dépendent du courtier ou de la plateforme de trading.
“Et le dernier conseil que j’ai envie de partager, c’est d’investir tous les mois et de ne pas faire trop de transactions d’achat et de vente. Parce que cela va coûter cher en frais de courtage. Mais également en taxes, comme la taxe sur les opérations boursières (TOB) ou encore une éventuelle taxe sur la plus-value”, conclut Grégory Guilmin. Comme notre premier interlocuteur, il espère un sursaut de la part des investisseurs. Mais il craint en même temps que cette taxe sur les plus-values soit aussi un frein qui empêche les gens de changer les choses.