En début d’année, la coutume est de prendre de bonnes résolutions. Certains décident alors d’investir en bourse. Mais plus de la moitié arrêtent en cours d’année. Grégory Guilmin nous explique comment tenir ses résolutions.
L’investissement, c’est un peu comme le sport. En début d’année, on prend de bonnes résolutions, on commence assidument, on s’y tient, mais au fil des semaines et des mois, notre engagement peut s’étioler. On regarde ses chaussures de course ou son maillot de bain d’un air coupable en se disant “allez, je m’y remets bientôt”, et on ne consulte plus que sporadiquement son plan et son compte d’investissement.
Abandon
C’était le cas de 53% des investisseurs belges en 2025, montre une étude d’iVox réalisée pour Grégory Guilmin, coach boursier, docteur en finances et auteur d’un livre sur la bourse et d’une newsletter sur l’investissement. Mais pourquoi sont-ils autant à abandonner en cours d’année ? L’expert y voit plusieurs raisons.
La première serait la volatilité. “Elle va parfois remettre en question leurs bonnes résolutions. Les débutants en bourse commencent souvent à investir en imaginant que les cours vont monter. Mais le marché peut chuter, comme c’était le cas l’année passée. Entre février et avril, le marché américain a perdu 20%. En 2020, il a perdu 34% en quatre semaines et demie. La volatilité va en fait venir les titiller. Ils voient leur portefeuille baisser de 5, 10 ou 15%. Il peut être dans le rouge pendant des semaines ou des mois. Pour beaucoup d’entre eux, cela devient alors insupportable, et cette volatilité va défier leur résolution”, explique-t-il.
Ensuite, c’est la volonté humaine qui joue. Malgré un plan discipliné, on peut tôt ou tard rater un mois puis un deuxième puis petit à petit lâcher l’affaire. “La volonté est une ressource limitée”, note Grégory Guilmin. “On peut se dire : ‘Ce mois-ci je n’ai pas le temps, je regarderai plus tard’… et on se retrouve six ou douze mois après et on n’a plus investi.”
Autre point encore noté par les investisseurs ayant répondu à l’enquête : ils avaient moins d’argent de disponible pour investir, à un moment donné.
Comment tenir ses résolutions ?
Comment faut-il alors s’y prendre pour ne pas lâcher ? “On peut toujours adapter le montant. On peut investir 100 euros par mois, comme 500 ou 10. Mais le plus important, c’est de garder son plan, puis de modifier le montant si nécessaire, en fonction de la situation financière. Si de mauvaises nouvelles tombent, ou si on doit faire des travaux, par exemple. Mais l’important est de continuer à investir, de garder ce fil conducteur”, explique Guilmin.
Investissement automatique
L’autre piste avancée par l’expert pour ne pas perdre la motivation, c’est d’avant tout investir de manière automatisée. C’est-à-dire de faire un investissement automatique tous les mois, un peu comme un ordre permanent. Certains courtiers belges ou étrangers le permettent. On choisit son actif et la somme qu’on veut placer et le reste se fait tout seul. “Un investisseur qui ne fait pas cela de manière automatique se pose la question d’investir tous les mois. Il doit se connecter à chaque fois, calculer combien de parts il va acheter, passer des ordres… Alors on peut être discipliné ; mais on en revient à ce qu’on disait, la discipline, comme la motivation, ce sont des ressources limitées.”
Avec l’investissement automatique, on évite aussi d’être trop exposé aux fluctuations du marché (et d’en être démotivé), suggère Guilmin. “L’investisseur qui doit se connecter tous les mois voit du vert mais peut-être aussi du rouge. Et quand il voit deux ou trois mois d’affilée de rouge, il se pose la question d’arrêter ou de diminuer ses investissements.”
En substance : “Au moins on met de friction entre son choix et l’investissement, c’est-à-dire au plus on automatise, au mieux c’est”, plaide l’expert.
Pour les investisseurs qui n’investissent pas de manière automatique, il suggère de marquer une plage horaire récurrente dans son agenda et de lancer des notifications de rappel. On peut aussi rédiger et signer une charte, avec ses raisons d’investir, l’encadrer et la placer sur son bureau.
Crash test
En prenant la résolution d’investir, il faut aussi se préparer psychologiquement à la bourse, prévient Guilmin. Pour ne pas avoir de mauvaises surprises et vouloir arrêter. “Il faut accepter le fait que nos émotions vont être mises à mal. On doit faire un véritable crash test de notre tolérance à la volatilité. Par exemple : on a 10.000 euros à investir. Est-ce qu’on est capable de vivre à moins avec moins 30% en quatre semaines, comme cela a été le cas en mars 2020 ? Supportera-t-on de voir son portefeuille passer de 10.000 à 7.000 euros ? Il faut se parler en montant et pas en pourcentage.”
La volatilité fait partie de l’équation, rappelle-t-il, il faut passer par des baisses pour voir des hausses. C’est le fonctionnement normal et sain des marchés : il ne faut juste pas se laisser décourager.
Formation
“Dernier conseil important : il faut prendre le temps de se former, de lire un chouette bouquin sur l’investissement. Pourquoi des livres ? Parce qu’aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, YouTube, Instagram et tout cela, on voit tout et n’importe quoi en termes de finance. Mais les gens qui font n’importe quoi écrivent rarement des livres. Donc on peut commencer par lire un livre, ou suivre une formation”, conclut Grégory Guilmin.