Quand les marchés sont nerveux et qu’à l’inflation viennent se greffer des tensions géopolitiques, les investisseurs cherchent la sécurité, davantage que les gains rapides. Les fonds monétaires peuvent être très utiles sur ce plan.
Ils investissent dans des titres de créance, comme des obligations souveraines, des prêts aux entreprises ou des dépôts auprès de banques éminemment fiables, dont la durée généralement brève (de quelques jours à quelques mois) limite l’influence des fluctuations des taux et du marché. L’objectif est de préserver le capital, tout en veillant à ce qu’il soit rapidement disponible. Le profit passe ici au second plan.
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Protection
Il existe différents types de fonds monétaires au sein de l’Union européenne. Tous sont réglementés par la directive sur les OPCVM (organismes de placement collectif en valeurs mobilières), qui régit les fonds d’investissement dont la commercialisation au sein de la zone est autorisée. La directive vise à protéger les porteurs et à harmoniser la surveillance des placements collectifs.
L’investisseur prêtera en tout état de cause attention au profil de risque, à la liquidité et à la structure des coûts des fonds examinés. Certains d’entre eux cherchent à préserver la stabilité de leur valeur nette d’inventaire, que d’autres laissent évoluer au gré des taux du marché ; certains sont en quête des obligations souveraines les plus sûres, ou répartissent au contraire leurs investissements entre entreprises émettrices solvables, afin d’augmenter leurs rendements.
Les récentes baisses de taux ont fait perdre de leur attrait aux instruments de maturité courte. Parce qu’ils réinvestissent en permanence dans de nouveaux titres, assortis de coupons toujours plus élevés, les fonds monétaires profitent de l’orientation haussière des taux. Mais comme aujourd’hui les taux reculent, les rendements sont sur le fil, ce que montrent bien les cours de la plupart des fonds. Ainsi le BNP Paribas Euro Money Market Fund rapporte-t-il actuellement du 2,3% l’an environ, alors que les frais d’entrée sont fixés à 3% ; l’investisseur subit donc inévitablement une perte la première année.
Option intéressante
Les fonds monétaires n’en restent pas moins une option intéressante. Le règlement européen (règlement du 14 juin 2017 sur les fonds monétaires) soumet leur solvabilité, leur durée et leur liquidité à une stricte surveillance. Les investisseurs sont très attentifs à la facilité avec laquelle ils peuvent récupérer leur mise, à la solvabilité des émetteurs et au coût des fonds. Quand les marchés s’inquiètent, comme c’est le cas actuellement, ces fonds restent relativement sûrs, alors qu’actions et obligations jouent aux montagnes russes.
Les fonds monétaires sont désormais disponibles sous forme d’ETF cotés. Le principe est identique, mais ces trackers peuvent être négociés tout au long de la journée. Ils sont extrêmement prisés des institutionnels et des particuliers actifs, qui leur confient temporairement leurs liquidités en ayant la certitude que les rendements ne plongeront pas, comme le font si souvent ceux des produits d’épargne classiques.
Voici quelques ETF des marchés monétaires :
- iShares Government Money Market ETF : ETF américain qui investit dans des obligations souveraines de très courte durée. Rendement sur 1 an : 0,40%
- iShares Prime Money Market ETF : ETF américain assorti d’un portefeuille premium (titres souverains et titres d’entreprises de haute qualité). Rendement sur 1 an : 0,41%
- iShares € Cash UCITS ETF : OPCVM européen émis par BlackRock ; activement géré, il est axé sur les instruments du marché monétaire de la zone euro et affiche un rendement brut de 2,13% l’an
- Lyxor Smart Overnight Return UCITS ETF (via Amundi) : coté à la Bourse allemande, ce tracker cherche les durées les plus courtes possibles (“overnight“) sur le marché monétaire de la zone euro. Rendement sur 1 an : 2,83%
- Vanguard 0-3 Month Treasury Bill ETF : ETF américain exposé aux bons du Trésor américain dont la durée ne dépasse pas trois mois. Rendement sur 1 an : 0,69%
Populaires aux États-Unis
Des trackers comme l’iShares Prime Money Market ETF (PMMF) et l’iShares Government Money Market ETF (GMMF) sont très populaires aux États-Unis. Alors que le premier est composé de prêts aux entreprises, le second se limite aux obligations d’État américaines ; il est donc légèrement plus sûr, mais aussi un peu moins rentable. En Europe, où l’offre est plus restreinte, les règles OPCVM mettent davantage l’accent sur la stabilité et la limitation des risques.
Des gestionnaires d’actifs comme Amundi, BlackRock ou JPMorgan proposent en Europe des fonds monétaires conformes à la directive OPCVM, dont le rendement net avoisine 1 à 2,5%. L’investisseur belge a donc la possibilité de leur confier ses liquidités excédentaires, par exemple entre deux investissements ou en attendant de dénicher des opportunités sur le marché.
Les fonds monétaires n’étant en rien des comptes d’épargne, le système de garantie des dépôts ne leur est pas applicable. Ils ne sont pas totalement à l’abri des risques de crédit et de taux, et les frais et taxes peuvent obérer leurs rendements réels. Pour autant, ils sont sûrs, et généralement plus rentables que les produits d’épargne classiques.
Placer son argent pour un rendement limité n’est ni spectaculaire ni passionnant, mais dans un monde fait d’incertitudes, les fonds monétaires peuvent constituer un choix judicieux et fiable.
Les TIPS après le “shutdown”
Les Treasury Inflation-Protected Securities (TIPS) sont des obligations d’État américaines qui protègent leurs détenteurs contre l’inflation, puisque leur principal est ajusté en fonction des chiffres de l’inflation publiés par BLS, le Bureau des statistiques du travail. L’économiste Paul Krugman s’est demandé ce qu’il adviendrait si le BLS ne publiait pas de rapport sur l’inflation en raison du shutdown du 15 octobre.
À brève échéance, cela ne poserait pas de problème, puisque c’est l’inflation calculée trois mois plus tôt qui est utilisée le premier jour de chaque mois. Les TIPS du 1er octobre sont donc basés sur l’inflation de juillet. À mesure que l’on avance dans le mois, une partie des chiffres d’août commence à être prise en compte. La première série de TIPS a expiré le 15 octobre, date à laquelle les chiffres étaient disponibles.
L’échéance suivante, pour laquelle les résultats de novembre et de décembre seront requis, tombera le 15 janvier. Si la paralysie dure jusque-là, le département du Trésor pourrait accorder une compensation provisoire, qui serait corrigée dès que les chiffres seront connus.
Les swaps d’inflation, ces contrats qui protègent les investisseurs contre les risques d’inflation, pourraient, comme d’autres, pâtir de la situation. Un shutdown prolongé affecterait en effet non seulement l’administration, mais aussi le fonctionnement des marchés financiers. Il n’existe aucun précédent en la matière.