Le Bitcoin traverse une phase de fortes turbulences. En l’espace de 24 heures, la première cryptomonnaie mondiale a perdu 6,5 % de sa valeur. Sur une semaine, le recul dépasse désormais 7 %. Une “simple correction” du marché ou un chamboulement plus profond est-il à l’oeuvre ?
Jeudi après-midi, le Bitcoin a brutalement décroché. En moins de deux heures, la reine des cryptomonnaies est passée de 88.000 dollars à 84.500 dollars, soit une chute de plus de 4,5 %. Une dégringolade soudaine qui a provoqué une vague de liquidations massives de positions spéculatives : plus de 300 millions de dollars se sont évaporés du marché, selon les données de Coinglass.
Vendredi matin, la pression s’est encore accentuée. Le Bitcoin a touche les 82.000 dollars, portant la baisse à 6,5 % sur 24 heures. Ce qui le porte, en euros, à seulement 69.000 euros.
Un seuil technique clé enfoncé
Le Bitcoin évolue désormais sous le seuil technique des 84.000 dollars, un niveau scruté de près par les investisseurs pour évaluer la solidité de la tendance haussière. Sa rupture est interprétée comme un signal de fragilité du marché, renforçant la nervosité ambiante.
Il s’agit du premier « mini-krach » depuis le mois d’octobre, marquant une rupture après plusieurs mois de hausse quasi ininterrompue. Et comme toujours, le Bitcoin n’est pas seul à plonger. L’ensemble du marché des cryptomonnaies est affecté, souvent de manière encore plus brutale.
L’ether, deuxième capitalisation du marché, recule de 8 % en une journée, tandis que le XRP cède environ 7 %.
Au total, la capitalisation globale du marché crypto a fondu de 94 milliards de dollars en 24 heures, selon les données de CoinMarketCap compilées par BFM, passant d’environ 3.020 milliards de dollars jeudi à 2.081 milliards de dollars vendredi.
Une simple correction ?
De fait, « les ETF Bitcoin spot cotés aux États-Unis connaissent actuellement des sorties nettes, signal clair d’un recul de la demande institutionnelle à court terme. Parallèlement, l’activité d’achat des entreprises accumulant du Bitcoin reste limitée, ce qui prive le marché d’un soutien structurel important », souligne la société de trading XTB. Mais comment expliquer ce mouvement ?
D’une part, le Bitcoin semble entrer dans une phase de correction après avoir atteint ses sommets d’octobre, lorsque sa valeur culminait à 126.000 dollars. Un phénomène classique après un cycle haussier exceptionnel. Le risque, toutefois, est que cette phase s’inscrive dans la durée.
Certains analystes estiment qu’elle pourrait se prolonger jusqu’à la fin de l’année, avec un retour possible vers des niveaux nettement inférieurs.
« Dans le scénario le plus pessimiste, certains investisseurs évoquent un repli vers la zone des 50.000 dollars, ce qui correspondrait à une normalisation historique après un cycle haussier extrême », précise XTB.
Un contexte macroéconomique et géopolitique défavorable
Au-delà de cette correction, d’autres facteurs semblent à l’œuvre. Comme n’importe quel actif spéculatif, le Bitcoin reste sensible au contexte géopolitique et aux incertitudes économiques. Or, les marchés s’interrogent sur l’avenir de la politique monétaire américaine.
La rumeur évoque la possible nomination de Donald Trump de Kevin Warsh, ancien gouverneur de la Fed, à la tête de la Réserve fédérale américaine, en remplacement de Jerome Powell. Kevin Warsh plaide pour un resserrement de la liquidité et une réduction du bilan de la banque centrale.
Un changement de cap qui pourrait peser directement sur le cours du Bitcoin. La cryptomonnaie – comme l’ensemble des actifs spéculatifs – a historiquement bénéficié des périodes d’expansion monétaire, lorsque la Fed injectait massivement de la liquidité sur les marchés.
« Dès lors qu’on commence à évoquer le retrait de ce soutien, toutes les couvertures contre l’expansion du bilan – l’or, les cryptos, et même certaines obligations – commencent à être vendues », explique Damien Boey, stratège de portefeuille chez Wilson Asset Management à Sydney.
À cela s’ajoute un contexte géopolitique tendu qui, paradoxalement, ne profite pas au Bitcoin. Les investisseurs privilégient actuellement les valeurs refuges traditionnelles, comme l’or et l’argent, au détriment de la cryptomonnaie, jugée plus volatile et plus risquée dans l’environnement actuel.