Se défaire des géants de la tech américaine est possible, mais encore faut-il connaître les alternatives : tour d’horizon

Illustration générée par ChatGPT.
Jennifer Mertens

Rarement les relations entre l’Union européenne et les États-Unis auront été mises à aussi rude épreuve. Entre pressions douanières et menaces expansionnistes – notamment vis-à-vis du Groenland – le climat géopolitique récent a ravivé, au sein de l’UE, une volonté affirmée d’indépendance et de souveraineté à tous les niveaux.

Les menaces du président américain d’envahir le Groenland et de nouveaux droits de douane sur les pays européens opposés à son projet ont créé de nouvelles fissures dans la relation transatlantique et elles ne sont pas refermées lorsque Donald Trump a fait marche arrière. Un retournement de veste de sa part n’est jamais à exclure. Un nouvel épisode de tensions entre les deux alliés qui n’ont fait que renforcer le souhait d’autonomie du Vieux Continent, en particulier dans le domaine du numérique.

De fait, la domination américaine sur les principaux acteurs du web et de la tech soulève de nombreuses inquiétudes. L’Union européenne pourrait-elle rester pleinement connectée en cas d’escalades dangereuses avec Washington ? Que se passerait-il si, dans un scénario extrême, les États-Unis décidaient de restreindre l’accès aux applications et services numériques gérés par leurs géants technologiques ?

Nous n’en sommes pas encore là. Mais il pourrait être judicieux de s’y préparer ou, à tout le moins, de prendre conscience que les États-Unis ne sont pas les seuls à proposer des solutions technologiques viables. Sur LinkedIn, une publication du média 100 % indépendant “Bonpote” à ce propos a rencontré un immense succès durant tout le weekend.

Comment vivre sans Google ? L’idée peut paraître inconcevable tant la firme de Mountain View est omniprésente dans nos usages quotidiens : navigation web, recherche, divertissement ou encore cartographie. Pourtant, lorsqu’il s’agit de naviguer sur Internet, les alternatives à Google Chrome sont nombreuses.

  • Ecosia : d’origine allemande, il finance la plantation d’arbres sur base de son utilisation.
  • Vivaldi : hautement personnalisable pour utilisateurs avancés, le navigateur est originaire de Norvège.
  • Opera : navigateur complet avec VPN, également norvégien, il propose de nombreux outils intégrés.
  • Firefox : certainement le plus connu. Bien qu’originellement américain, Firefox repose sur des valeurs souvent perçues comme proches de la vision européenne du web (RGPD, open source, protection des données).

Moteurs de recherche alternatifs

Se passer de Google Search est également possible.

  • Ecosia : à l’image du navigateur web, ce moteur de recherche écologique finance la reforestation.
  • Qwant : ce moteur de recherche français place le respect de la vie privée, sans traçage, au cœur de son offre.
  • Mojeek : ce moteur de recherche britannique gère son propre index de recherche.

Messagerie électronique

Gmail et Outlook ne sont pas les seules solutions pour consulter et gérer ses e-mails.

  • Proton Mail : venu de Suisse, ce service de messagerie est axé sur la sécurité, avec un chiffrement de bout en bout.
  • Infomaniak kMail : service e-mail respectueux des données, hébergé en Europe.
  • Mailo : ce service de messagerie français se veut à la fois familial et professionnel, sans exploitation des données.

Suites bureautiques et collaboratives

Le raisonnement est identique pour le travail collaboratif, la rédaction de documents ou la gestion de tableaux.

  • LibreOffice : suite bureautique open source complète, originaire d’Allemagne.
  • Proton Drive / Proton Docs : outils collaboratifs sécurisés et chiffrés, provenant de Suisse.
  • Nextcloud : plateforme collaborative auto-hébergée en Allemagne.
  • OnlyOffice : suite bureautique orientée collaboration en ligne, originaire de Lettonie.

Même chose pour les services de visioconférence. Exit Teams, Zoom et Slack et place à Wire, une plateforme de messagerie et visioconférences chiffrée de bout-en-bout (Suisse) ou encore Nextcloud Talk, module de communication qui permet d’échanger des messages écrits, de passer des appels audio/vidéo, en plus du partage de fichiers.

Systèmes d’exploitation

Sur ordinateur, il est possible de se passer de Windows et de macOS, même si les alternatives restent rares et surtout plus techniques.

  • Linux : cette alternative n’est pas un système unique, mais une famille de distributions adaptées à différents usages. De sorte qu’il en existe différentes versions, personnalisables selon ses besoins et compétences, comme par exemple Ubuntu (Royaume-Uni) ou Tails (France).

Sur smartphone, la tâche est plus complexe. À l’exception d’iOS, la quasi-totalité des systèmes mobiles reposent sur Android de Google, y compris ceux des constructeurs chinois et coréens.

Des alternatives Linux existent là encore, mais impliquent de renoncer à de nombreuses applications populaires.

  • Sailfish OS : système d’exploitation originaire de Finlande, développé par Jolla et basé sur Linux, se veut indépendant et axé sur la confidentialité.
  • Ubuntu Touch : version mobile communautaire d’Ubuntu.

Réseaux sociaux

Internet sans lien social perdrait une grande partie de son attrait. Heureusement, les alternatives européennes ou décentralisées aux réseaux sociaux américains sont nombreuses.

  • Mastodon : décentralisé et open source, ce réseau social allemand a été mis en lumière suite aux différents scandales sur X, après son rachat par Elon Musk.
  • BeReal : originaire de France, ce réseau social a créé le buzz pour son concept axé sur l’authenticité et la spontanéité.
  • Friendica : créé en Allemagne, ce réseau social fédéré est orienté sur les communautés.
  • Pixelfed : alternative décentralisée à Instagram, elle est originaire d’Allemagne.

Les alternatives sont également nombreuses pour discuter simplement avec ses proches :

  • Telegram : messagerie rapide avec canaux et groupes (Émirats arabes unis)
  • Olvid : messagerie sécurisée sans numéro de téléphone (France)

Se déplacer sans Google

Les services de navigation ne se limitent pas à Google Maps et Apple Plans.

  • TomTom : service de navigation GPS et de cartographie (Pays-Bas)
  • HERE WeGo : application de cartographie et navigation hors ligne (Pays-Bas)
  • OpenStreetMap : cartographie collaborative open source (🌍 Communautaire)

Divertissement à gogo

Enfin, pour ce qui est du divertissement, là aussi, les acteurs américains sont nombreux. Que ce soit YouTube, Twitch ou encore Netflix. Mais là encore, des alternatives existent, dans la plupart des cas.

  • Dailymotion : plateforme de vidéos alternative à YouTube (🇫🇷 France)
  • PeerTube : vidéo décentralisée et open source (🇫🇷 France)
  • Kick : plateforme de streaming live émergente. Alternative à Twitch venue d’Australie, cette plateforme est régulièrement au coeur de scandales en raison de sa politique particulièrement ouverte sur les contenus permis.
  • Spotify : le numéro 1 du streaming musical grand public est européen, puisqu’il est né en Suède.
  • Deezer : plateforme de streaming musical originaire de France.
  • Qobuz : également français, cet acteur se démarque par la haute qualité audio de son service.
  • SoundCloud : originaire d’Allemagne, ce service est une plateforme de diffusion musicale indépendante.

Pour le streaming vidéo de films et séries, là par contre, impossible de se défaire de Netflix, Apple TV+ ou Disney+. Seules quelques chaînes de télévision locales proposent des services similaires, mais la diversité et la qualité des contenus arrivent difficilement à la cheville des géants américains.

Quelques efforts pour plus de liberté

La liste des alternatives aux services américains est loin d’être exhaustive. Dans de nombreux cas, il existe une solution européenne – ou, à tout le moins, non américaine – capable de remplir des fonctions équivalentes. Les exemples cités ici ne prétendent donc pas couvrir l’ensemble de l’offre, mais ils illustrent une réalité souvent sous-estimée : dans la majorité des situations, ces services se révèlent tout aussi efficaces à l’usage. Ce site liste davantage d’alternatives européennes à différents services et applications : traducteur, services d’hébergement de fichiers, microblogging, VPN, calendrier, etc.

Certes, certaines fonctionnalités peuvent parfois faire défaut, et tout le monde n’y trouvera pas immédiatement ses repères. L’adoption de ces plateformes peut également nécessiter un léger temps d’adaptation, qu’il s’agisse de l’interface ou du concept même du service. En contrepartie, elles offrent généralement un suivi publicitaire plus limité, une meilleure protection de la vie privée, davantage de possibilités de personnalisation et une transparence accrue sur le fonctionnement des outils.

Surtout, ces services ne sont pas tributaires d’un seul pays ni d’un cadre juridique unique.

Se détacher des applications et services américains implique un effort réel, tant ils occupent une place centrale dans nos usages numériques quotidiens. Mais cet objectif reste atteignable – sans renoncer à Internet, ni aux fonctionnalités essentielles, ni à l’ouverture sur le monde.

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