Avant de devenir l’un des acteurs centraux de la révolution de l’intelligence artificielle, Nvidia s’est d’abord imposé comme le champion incontesté des processeurs graphiques pour ordinateurs, notamment auprès des joueurs et des créateurs. Mais le géant américain pourrait bien s’apprêter à franchir une nouvelle étape stratégique.
Jusqu’où Nvidia compte-t-il aller ? Le groupe américain s’apprêterait à faire une entrée remarquée sur le marché des PC portables, avec à la clé une offensive susceptible de rebattre les cartes face à des acteurs solidement installés comme Intel, AMD et Qualcomm. C’est en tout cas la rumeur avancée par plusieurs sources issues des chaînes d’assemblage. Nvidia préparerait une gamme de machines reposant sur des puces ARM, dont la présentation pourrait intervenir dès le premier trimestre de l’année.
Des puces « tout-en-un » pour animer l’intégralité du PC
Concrètement, ce projet marquerait un tournant stratégique pour la firme de Santa Clara. Nvidia ne se limiterait plus à fournir des GPU, chargés de la partie graphique des PC orientés jeu ou création, mais travaillerait sur des puces SoC (System on a Chip) capables d’alimenter l’ensemble de la machine.
Autrement dit, ces puces intégreraient à la fois : le GPU maison dont Nvidia a le secret, mais aussi et surtout un CPU basé sur l’architecture ARM, réputée pour sa faible consommation énergétique, ainsi que les différents contrôleurs nécessaires au fonctionnement du système.
Une approche inspirée de celle adoptée par Apple avec ses MacBook équipés de processeurs Apple Silicon, qui ont démontré qu’il était possible de concilier performances élevées et excellente autonomie.
Nvidia dispose déjà d’une solide expérience dans ce domaine. Le groupe conçoit depuis plusieurs années des puces ARM destinées aux datacenters, à l’automobile, ainsi qu’aux systèmes embarqués et à certaines consoles.
Une menace sérieuse pour AMD, Intel et Qualcomm
Des PC portables reposant sur des puces conçues par Nvidia constitueraient une menace crédible pour les fournisseurs historiques du secteur. En misant sur l’architecture ARM, réputée pour son efficacité énergétique, Nvidia pourrait séduire les constructeurs à la recherche de machines plus autonomes, plus fines et mieux intégrées.
Selon les informations rapportées par Digitimes, Nvidia viserait dans un premier temps le marché grand public, avec des premiers modèles attendus avant la fin du mois de mars. La feuille de route évoque déjà une montée en puissance rapide : « trois autres versions seraient commercialisées au deuxième trimestre, tandis que la prochaine génération, la série N2, prendrait le relais au troisième trimestre 2027 ».
Une telle intégration pourrait également ouvrir de nouvelles perspectives pour les PC de jeu. En réunissant CPU et GPU au sein d’un même composant, la communication entre les deux blocs serait plus rapide et plus efficace, tout en réduisant potentiellement la consommation énergétique. À la clé, des machines plus compactes, plus légères, et mieux adaptées aux usages mobiles – à condition toutefois que l’écosystème logiciel suive.
Par ailleurs, ce serait un moyen intéressant pour l’entreprise de multiplier ses sources de revenus, là où aujourd’hui sa principale repose sur le boom de l’IA. Si la bulle de l’intelligence artificielle éclate, il ne fait aucun doute que Nvidia en souffrira et son activité GPU pour PC gameurs ou créatifs ne lui permettra pas d’accuser, seule, le coup.
Pourquoi seulement maintenant ?
Une question s’impose dès lors : pourquoi maintenant ? Pourquoi Nvidia n’a-t-il pas investi plus tôt le marché des PC avec des puces all-in-one ? Plusieurs facteurs permettent d’éclairer ce choix. D’abord, le risque stratégique. S’attaquer frontalement à des acteurs comme Intel ou AMD revenait, jusqu’ici, à fragiliser des partenaires historiques, au cœur de l’écosystème PC. Un pari délicat pour un acteur longtemps cantonné au rôle de fournisseur de GPU.
Ensuite, le risque économique. Se lancer sur le terrain des SoC implique des investissements lourds, une montée en puissance progressive et, surtout, l’entrée dans une guerre des prix où les marges sont traditionnellement plus faibles que dans le segment des cartes graphiques haut de gamme ou des accélérateurs IA.
Mais le contexte a profondément changé. Porté par l’explosion de l’intelligence artificielle, Nvidia est aujourd’hui devenu un acteur central et incontournable du secteur. Cette position dominante lui confère non seulement des ressources financières considérables, mais aussi une marge de manœuvre stratégique suffisante pour absorber les risques liés à une diversification aussi ambitieuse.
Autrement dit, ce qui relevait hier d’un pari périlleux apparaît désormais comme une opportunité maîtrisée – voire une nécessité pour accompagner l’évolution du PC vers des architectures plus intégrées et orientées IA.