Douze ans après “GTA V”, le développeur et éditeur de jeux vidéo Rockstar Games s’apprête à déclencher ce qui devrait être un rendez-vous majeur en 2026. Le sixième opus de “Grand Theft Auto”, un jeu permettant d’incarner des personnages impliqués dans des activités criminelles, dépasse déjà largement le cadre du gaming : il cristallise les attentes des joueurs, bouleverse les stratégies des éditeurs et influence la Bourse. Rarement un produit de divertissement aura été aussi scruté, commenté et anticipé.
Le 19 novembre 2026 sera une date marquante. La sortie de GTA VI, sixième opus de la saga Grand Theft Auto lancée en 1997 par Rockstar Games, s’annonce comme un véritable séisme pour l’industrie du gaming. Douze ans se sont écoulés depuis le précédent épisode, GTA V (2013) – une éternité dans le secteur – un délai largement dû à la rentabilité exceptionnelle de ce dernier volet, mais aussi au niveau d’attentes qu’il a contribué à nourrir pour son successeur.
Un phénomène commercial
Phénomène commercial dès son lancement, GTA V avait généré un milliard de dollars en seulement trois jours. Plus d’une décennie plus tard, il continue de figurer dans les meilleures ventes mensuelles, porté par ses 220 millions d’exemplaires écoulés et par GTA Online, devenu une plateforme vivante, régulièrement enrichie, qui rapporte chaque année des centaines de millions de dollars. À lui seul, le jeu aurait généré plus de 10 milliards de dollars depuis sa sortie, selon les estimations, pour un budget de production de 265 millions.
Seul un autre titre le surpasse en volume de ventes : Minecraft, avec 350 millions d’unités écoulées (Guinness World Records). Mais à l’échelle d’une franchise, Grand Theft Auto domine : plus de 460 millions de jeux vendus toutes générations confondues. Un véritable empire.
Succéder à un monument du jeu vidéo : voilà le défi qui attend GTA VI. Et tout indique que Rockstar Games sera à la hauteur. Les prévisions autour de ce nouvel opus – déjà reporté à deux reprises – battent déjà des records. Les analystes anticipent des ventes colossales dès les précommandes, avec plus d’un milliard de dollars de revenus avant même la sortie, et plusieurs dizaines de millions d’exemplaires écoulés durant la première année, pour un chiffre d’affaires qui pourrait dépasser les 3 milliards de dollars. L’impact attendu s’annonce considérable, tant pour l’industrie du jeu vidéo que pour les marchés financiers.
Les ressorts d’un succès colossal
D’un point de vue purement vidéoludique, la franchise Grand Theft Auto est un monument du jeu vidéo. “Elle a posé les bases du jeu en monde ouvert moderne depuis Vice City (2002) et San Andreas (2004), offrant à chaque fois un univers immense à explorer”, explique Björn-Olav Dozo, professeur à l’ULiège en charge des cultures vidéoludiques. Si la violence, le crime et le sexe occupent une place centrale dans la franchise, des activités plus banales font également partie intégrante du gameplay : aller à la salle de sport, chez le coiffeur ou encore customiser sa voiture. “Il y a une volonté de ne pas censurer ni de faire preuve de retenue dans les jeux, mais GTA offre surtout une grande liberté d’action, et c’est ce qui a largement contribué à son succès”, poursuit-il.
Souvent pointé du doigt pour ses thématiques, Grand Theft Auto fait preuve d’une grande profondeur scénaristique, avec une écriture soignée, qui pousse à l’immersion des joueurs. “Il ne faut pas sous-estimer l’aspect narratif de GTA, c’est souvent terriblement bien écrit”, pointe Gilles Banneux, journaliste spécialisé jeux vidéo depuis plus de 20 ans et professeur aux Beaux-Arts de Liège.
“La licence propose des récits profonds, ancrés dans l’histoire américaine, reprenant les codes des polars et du cinéma américain de gangsters, avec des références sociétales et une position souvent très critique sur certains aspects”, confirme Björn-Olav Dozo. De plus, le jeu ancre chaque volet dans l’actualité, avec des références sociétales, mais aussi des éléments de pop culture auxquels les joueurs peuvent s’identifier.
À cette richesse de l’univers s’ajoute le fait que GTA V est sorti sur trois générations de consoles, élargissant son public à plusieurs générations de joueurs.
Un phénomène culturel mondial, au-delà des joueurs
De fait, GTA VI s’annonce comme l’un des produits culturels majeurs de la décennie, l’un des rares, à l’heure de l’éparpillement de l’attention, capables de rassembler des centaines de millions de personnes. “Le dernier phénomène de cette ampleur remonte à Game of Thrones, rappelle Björn-Olav Dozo. Comme pour la série de HBO dans les années 2010, chacun sera exposé au phénomène, qu’il s’y intéresse ou non.”
Débats, analyses, polémiques : GTA VI s’imposera comme un sujet de société total. La bande-annonce est devenue la plus regardée sur YouTube, avec 269 millions de visionnages. Avec ce nouvel opus, Take-Two Interactive, maison mère de Rockstar Games, ne bouleversera donc pas seulement l’industrie du jeu vidéo : l’impact pourrait s’étendre, au moins en partie, au cinéma, aux plateformes de streaming et même à la musique, estime le professeur Dozo. “Le public des jeux vidéo n’est pas forcément le même que celui du cinéma ou de la musique. Ils peuvent coexister, même si GTA VI va inévitablement attirer une part considérable de la couverture médiatique”, nuance toutefois le journaliste spécialisé.
“Le dernier phénomène de cette ampleur remonte à ‘Game of Thrones’. Comme pour la série de HBO, chacun sera exposé au phénomène, qu’il s’y intéresse ou non.” – Björn-Olav Dozo, professeur à l’ULiège
La violence vidéoludique
La sortie de GTA VI alimentera également de nombreux débats, notamment politiques et médiatiques : le retour récurrent de la question de la violence vidéoludique et de son impact sur les joueurs, mais aussi celui de la représentation des femmes, puisque cet épisode verra apparaître pour la première fois un personnage féminin principal.
Jamais un jeu n’a paralysé un secteur à ce point avant même son lancement. Les éditeurs savent qu’ils ne peuvent rivaliser avec un phénomène tel que GTA VI. Résultat : les sorties se décalent. “En septembre dernier, fenêtre initiale de lancement du jeu, les nouveautés ont été rares, car les studios et éditeurs ont préféré avancer ou repousser leurs titres plutôt que d’être écrasés par la vague Rockstar Games”, analyse le professeur de l’ULiège.
Si d’autres facteurs peuvent avoir joué – dont un ralentissement du marché après le boom durant la crise sanitaire –, l’influence de GTA VI est indéniable. Les principaux éditeurs ont pris leurs précautions et imaginé différents cas de figure, et adapté leurs plans en fonction des nouvelles de Rockstar, estime Emmanuel Rosier, directeur des études de marché chez Newzoo, spécialisée dans le jeu vidéo, auprès d’IGN.
Du côté des développeurs indépendants, on prend la sortie de ce mastodonte avec plus de philosophie. “Notre public n’est pas forcément le même que celui qui joue à GTA. Et bien que le jeu va siphonner une bonne partie de l’attention, à notre échelle, les menaces sont constantes : on ne peut pas caler notre plan sur le calendrier des géants”, explique Virginie Maréchal, cofondatrice et COO du studio namurois Clever Trickster.

Un impact économique massif
Mastodonte culturel, GTA VI est également un poids économique monumental. Avec un investissement colossal estimé entre 1 et 2 milliards de dollars, le nouveau jeu de Rockstar Games marque un changement de paradigme dans l’industrie du jeu vidéo. Grand Theft Auto VI serait ainsi le produit culturel le plus coûteux jamais réalisé. Et pour cause, le nouvel opus ne doit pas seulement succéder à GTA V, il doit assurer la relève de la poule aux œufs d’or de Take-Two Interactive : GTA Online.
Selon les rumeurs, ce nouveau volet s’accompagnera – dès sa sortie ou dans les semaines qui suivent, comme son prédécesseur – d’un mode multijoueur en ligne. Les fuites évoquent également d’autres expériences destinées à prolonger la durée de vie du jeu, voire à l’ancrer dans le temps grâce à des mises à jour régulières, à l’image de GTA Online, qui rassemble des dizaines de millions de joueurs chaque mois depuis des années. Un modèle économique double qui pourrait être complété par des sources de revenus dans l’air du temps : pass de combat, microtransactions ou contenus additionnels payants. De quoi faire de GTA VI la prochaine machine à cash de Rockstar Games pour de nombreuses années.
Envolée de l’action Take-Two?
Enfin, l’impact se fait déjà sentir sur les marchés financiers. Wall Street a connu d’autres phases d’engouement autour du jeu vidéo, mais aucune n’égale les attentes suscitées par GTA VI. Chaque nouvelle information provoque une réaction immédiate du titre Take-Two. En 2023, l’action avait bondi de près de 10% après la confirmation d’une sortie en 2025, avant de rechuter de plus de 8% après le report à 2026. Rebelote en novembre, lorsque Rockstar Games a de nouveau ajusté la date de sortie. Un signal clair de l’influence du jeu sur les investisseurs et sur la perception globale de l’industrie.
Il n’est donc pas infondé de penser que l’action Take-Two s’envolera à mesure que l’on se rapprochera de la sortie et que les premières précommandes tomberont. Les prévisions consensuelles tablent sur un bénéfice par action passant d’environ 1,40 dollar pour l’exercice 2026 à 7,50 dollars en 2027, puis 8,60 dollars en 2028, selon le média américain The Street, spécialisé dans l’information financière. L’influence de Grand Theft Auto VI se fait d’ailleurs déjà sentir : le cours de l’action Take-Two a gagné près de 71% sur un an et 41% depuis le début de l’année, souligne le média américain.
Le risque du “trop attendu” ?
Mais l’engouement généralisé n’est-il pas exagéré ? Et si, finalement, le jeu n’était pas à la hauteur des attentes ? Pour l’heure, les images du jeu sont rares et aucune démo jouable n’est disponible. Le lancement sera du quitte ou double. Mais de là à craindre un bad buzz comme lors de la sortie de Cyberpunk 2077 (CD Projekt) en 2020, qui avait lui aussi profité d’une attente très longue en amont ?
“Les jeux GTA n’ont pas la réputation de sortir en mauvais état, comme l’ont certains jeux Ubisoft, par exemple. Ils ont toujours été très bien à leur sortie et se sont améliorés avec le temps, à mesure des mises à jour”, souligne Björn-Olav Dozo. De plus, le cas de figure n’est pas le même. “Ici, Rockstar Games va sortir un nouveau GTA. On sera donc sur quelque chose de connu, une filiation. La prise de risque n’est donc pas folle”, souligne Gilles Banneux.
En 2026, “le jeu va catalyser l’attention des fans et des médias pendant tout un temps, même si celle-ci se détournera dès qu’il y aura une nouvelle superproduction en approche”, estime Björn-Olav Dozo. Mais pour l’heure, même si certains tentent de surfer sur la déferlante GTA VI pour faire parler d’eux – Devolver Digital a modifié la sortie de son jeu mystère pour coller à celle de Rockstar Games – aucun titre n’est en mesure de lui faire de l’ombre.
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