La facture hospitalière reste difficilement prévisible pour les patients belges. En 2024, les suppléments d’honoraires ont de nouveau fortement augmenté, relançant le débat politique et mutualiste sur leur encadrement, voire leur suppression.
Les frais à charge du patient lors d’une hospitalisation peuvent rapidement atteindre des niveaux élevés. Selon deux rapports publiés par l’Agence intermutualiste (AIM), un séjour classique en chambre individuelle a coûté en moyenne 2.778 euros en 2024, soit huit fois plus qu’en chambre commune. Même dans cette dernière, 5% des hospitalisations dépassent encore les 1.000 euros.
La facture excède 3.000 euros pour près de 105.000 séjours hospitaliers et franchit même le cap des 10.000 euros dans environ 7.500 cas. En cause notamment: des suppléments d’honoraires dont le montant absolu n’est pas plafonné et dont le pourcentage varie fortement selon les hôpitaux, de 100% à 300%.
760 millions d’euros de suppléments
Au total, 1,6 milliard d’euros ont été facturés aux patients en 2024 pour les hospitalisations classiques et de jour dans les hôpitaux généraux et universitaires. Les suppléments d’honoraires représentent près de la moitié de ce montant, soit 760 millions d’euros, en hausse de 9,1% par rapport à 2023. Une progression plus rapide que celle de l’intervention de l’assurance maladie ou du ticket modérateur.
Ces chiffres inquiètent le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, qui plaide pour une régulation urgente. Il pointe une situation très inégale: 10% des médecins concentrent à eux seuls 43% des suppléments facturés, avec de fortes disparités entre établissements. Une complexité que le ministre juge incompréhensible pour les patients.
Une proposition de loi est sur la table, mais un processus de concertation est prévu jusqu’en 2028. À défaut d’accord, l’exécutif pourrait imposer un plafond. Sans réforme, le ministre redoute une dérive vers un système de type américain, davantage dépendant des assurances privées.
Les mutualités montent au créneau
La Mutualité chrétienne va plus loin et plaide pour une suppression progressive des suppléments d’honoraires à l’hôpital. La mutuelle dénonce une charge financière déjà lourde pour les patients, aggravée par une hausse des suppléments plus rapide que celle des tarifs officiels et par un manque de transparence susceptible de retarder des soins.
Selon la MC, le baromètre de l’Agence Intermutualiste illustre surtout l’urgence d’une réforme du financement hospitalier. Elle critique des pratiques de facturation jugées abusives et des écarts de prix qu’elle estime injustifiables, tant entre hôpitaux qu’au sein d’un même établissement.