Un an après l’entrée en fonction du gouvernement Arizona mené par Bart De Wever, l’économiste Philippe Ledent livre une analyse nuancée.
S’il juge certaines réformes nécessaires face aux défis structurels de l’économie belge, il pointe un manque de précision dans l’accord gouvernemental qui complique aujourd’hui leur mise en œuvre.
Des avancées réelles, mais une exécution lacunaire
Sur le fond, le gouvernement a identifié plusieurs dysfonctionnements et tenté d’y apporter des réponses. « Dans les défis et les besoins de l’économie belge, le gouvernement Arizona a avancé », reconnaît Philippe Ledent. Notamment en matière de réforme du chômage ou des pensions.
Mais c’est dans l’application concrète de l’accord que le bât blesse. Selon l’économiste, le texte fondateur, long de près de 200 pages manquait de précision dès le départ. « On était dans de grandes intentions », résume-t-il. Résultat : au moment d’implémenter les décisions, les interprétations divergent et les tensions apparaissent.
La réforme du chômage sous pression
La réforme du chômage illustre ces difficultés. Près de 190.000 chômeurs devraient être exclus du système d’ici juillet 2027. L’impact sera très inégalement réparti : environ 88.000 personnes en Wallonie et 41.000 à Bruxelles, contre un nombre nettement plus limité en Flandre.
Pour Philippe Ledent, cette disparité reflète des réalités économiques bien connues. « Il y a des différences régionales : les performances économiques de la Flandre sont meilleures qu’à Bruxelles et en Wallonie. On a un nombre de demandeurs d’emploi plus élevé pour un nombre d’emplois ouverts beaucoup plus faible. » Le problème, selon lui, ne réside pas dans la nécessité de la réforme, mais dans l’absence de mesures d’accompagnement suffisamment solides, notamment dans les régions où le marché de l’emploi est plus tendu. Le nombre d’emplois vacants y reste insuffisant pour absorber les personnes exclues du chômage.
Une bataille des chiffres révélatrice
L’économiste se montre également critique face aux divergences statistiques qui ont marqué le débat public. « Je suis toujours un peu surpris de voir la bataille des chiffres entre le ministre Clarinval, Statbel et les offices de l’emploi », souligne-t-il. À ses yeux, un cadrage préalable par des experts indépendants aurait permis d’éviter ces controverses.
Des réformes fiscales encore floues
Au-delà du chômage, d’autres dossiers illustrent ce manque de clarté : la hausse de la TVA sur certains produits de consommation, la taxe sur les plus-values ou encore le plan de réindustrialisation “Make 2030”. Autant de mesures annoncées dans l’accord, mais dont les contours restent, selon Philippe Ledent, trop imprécis.
« Tout le monde est focalisé sur quelques mesures emblématiques, mais le texte original était loin d’être détaillé. À mesure que le temps passe et qu’il faut donner des précisions, on se retrouve avec des interprétations différentes », observe-t-il. Cette imprécision initiale expliquerait en partie les difficultés actuelles du gouvernement à faire avancer ses réformes de manière cohérente et lisible.
Le défi du consensus
Pour Philippe Ledent, le principal défi du gouvernement Arizona sera désormais de dégager un consensus économiquement pertinent. « Si c’est pour aboutir à un consensus alambiqué comme durant la période Vivaldi, je ne pense pas que ce soit très productif », conclut-il.
Suivez Trends-Tendances sur Facebook, Instagram, LinkedIn et Bluesky pour rester informé(e) des dernières tendances économiques, financières et entrepreneuriales.