Amid Faljaoui

Or, argent, IA : c’est le grand retour de la matérialisation !

Une chronique d’Amid Faljaoui.

La fin du clic de souris et la claque du réel.

Pendant de nombreuses années, nous avons vécu avec une idée fixe : celle que le monde numérique allait nous libérer durablement des contraintes de la terre. Nous avons cru que la richesse, c’était le clic de souris. Nous nous réveillons aujourd’hui avec la claque du réel.

Regardez les compteurs ce matin : l’or dépasse les 5 100 dollars et l’argent a bondi d’environ 50% en seulement trois semaines. Ce n’est pas une petite fièvre passagère, c’est un signal massif envoyé par les marchés. Pour comprendre ce basculement, il faut observer trois phénomènes très concrets.

1. Le retour de l’or face au papier

Pendant longtemps, les banques centrales ont créé de la monnaie, comme le dollar ou l’euro, en quantités colossales pour soutenir l’économie. Aujourd’hui, les investisseurs s’interrogent sur la solidité de cette monnaie “papier”. L’or bat des records parce qu’il reste une monnaie que personne ne peut fabriquer artificiellement. On ne peut pas imprimer de l’or ; pour en avoir, il faut creuser le sol. Dans un monde incertain, la matière physique redevient l’une des rares valeurs de confiance.

2. L’intelligence artificielle est un monstre physique

On nous présente souvent l’IA comme une technologie invisible et presque magique. C’est un raccourci trompeur. L’IA, ce sont avant tout des milliers de serveurs qui consomment une énergie colossale et dégagent une chaleur immense. Pour fabriquer ces machines, il faut des métaux précieux et des matériaux rares. Et pour les faire tourner, il faut une électricité abondante et fiable. On n’imprime pas les électrons. Aux États-Unis, lors des récentes vagues de froid, une question a émergé en filigrane : jusqu’où sommes-nous prêts à privilégier les serveurs des géants de la technologie par rapport aux besoins du quotidien, comme chauffer les maisons des citoyens ? Pas de métaux, pas d’IA. Pas d’électricité, pas d’IA.

3. Le luxe rattrapé par la matière

Même des champions comme LVMH ou Kering sont concernés. D’un côté, les clients se montrent plus prudents face au contexte économique mondial. De l’autre, le prix des matières premières, comme l’or utilisé en joaillerie, explose et exerce une pression croissante sur les coûts. Le secteur du luxe redécouvre que même le rêve a besoin d’une base matérielle stable. On ne peut pas vendre du prestige indéfiniment si le coût de la matière première devient incontrôlable pour les marges.

En conclusion ? La rematérialisation !

Nous sortons progressivement de l’ère du “virtuel roi” pour entrer dans celle de la “rematérialisation”. Jusqu’ici, la puissance d’un pays semblait se mesurer au nombre de ses applications informatiques et de ses licornes.

De plus en plus, elle se mesurera à sa capacité à sécuriser des métaux, de l’énergie et des ressources naturelles. Le monde immatériel révèle ses limites : il dépend entièrement de la terre et de ses richesses réelles. Le roi est nu, et maintenant, il commence à avoir froid.

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