Et si l’industrie automobile européenne était sauvée par… l’Inde ?

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Jennifer Mertens

Longtemps verrouillé par de lourds droits d’importation, le marché automobile indien pourrait s’ouvrir aux constructeurs européens via l’accord de libre-échange UE-Inde. Une opportunité stratégique, surtout pour les voitures électriques en quête de nouveaux relais de croissance alors que la concurrence chinois se fait toujours plus forte sur leur propre marché.

L’Inde envisage de réduire les droits de douane sur les voitures importées de l’Union européenne à 40 %, contre jusqu’à 110 % actuellement, rapporte Reuters. Cette mesure s’inscrirait dans le cadre de l’accord de libre-échange en cours de négociation entre l’UE et l’Inde, dont l’annonce officielle et les contours pourraient être dévoilés dès mardi.

Une telle baisse marquerait la plus grande ouverture jamais consentie par New Delhi à l’industrie automobile étrangère. Jusqu’ici, le pays, troisième marché automobile mondial derrière les États-Unis et la Chine, appliquait un protectionnisme strict afin de préserver son industrie nationale – entre 70 et 110 % de frais de douane sur les véhicules importés-, rendant l’accès à son immense marché particulièrement difficile pour les constructeurs internationaux.

Une ouverture progressive, encore centrée sur le thermique

Dans sa version actuelle, l’accord porterait sur environ 200 000 véhicules par an, essentiellement à motorisation thermique. Le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi aurait accepté une réduction immédiate des taxes sur un nombre limité de modèles importés dont le prix dépasse 15 000 euros, avant une baisse progressive pouvant atteindre 10 %.

L’objectif est double : faciliter l’accès au marché indien pour les constructeurs européens, en particulier les marques premium comme Volkswagen, Mercedes-Benz ou BMW, tout en maintenant un niveau de protection suffisant pour l’industrie locale.

Pour contourner ces barrières, plusieurs groupes européens – Volkswagen, Stellantis, Mercedes-Benz ou BMW – ont déjà fait le choix d’une production locale. Une stratégie efficace, mais au potentiel de développement limité. La baisse des taxes offrirait dès lors un levier stratégique : tester le marché indien avec une gamme élargie de véhicules importés, avant d’envisager une industrialisation accrue sur place.

Les voitures électriques, grandes absentes… pour l’instant

Si l’accord suscite de fortes attentes, les voitures électriques restent pour l’heure exclues du dispositif. New Delhi entend ainsi protéger les investissements réalisés par les acteurs nationaux, notamment Tata Motors et Mahindra & Mahindra, très engagés dans l’électrification du parc automobile indien.

Cette exclusion ne serait toutefois que temporaire. Selon les informations disponibles, elle pourrait être limitée à une période de cinq ans. À terme, les modèles électriques européens pourraient bénéficier des mêmes conditions tarifaires que les véhicules thermiques, ouvrant la voie à une percée significative sur le marché indien – sous réserve d’une adoption suffisante de l’électrique par les consommateurs locaux.

L’enjeu est stratégique pour l’Europe. Face à la montée en puissance des constructeurs chinois sur le marché européen et à l’offensive américaine sur l’électrique, un accès préférentiel à un marché aussi dynamique que l’Inde offrirait aux marques européennes une diversification précieuse de leurs débouchés.

Un accord encore en suspens

À ce stade, aucun accord n’a été officialisé. Une annonce pourrait toutefois intervenir rapidement, mettant fin à plusieurs années de négociations autour d’un texte que certains responsables qualifient déjà de « mère de tous les accords ».

Au-delà de l’automobile, cet accord vise également à stimuler les échanges bilatéraux, notamment les exportations indiennes de textiles et de bijoux, actuellement pénalisées par des droits de douane américains élevés. Pour les constructeurs européens de voitures électriques, le véritable enjeu se jouera toutefois dans quelques années, lorsque le marché indien s’ouvrira pleinement aux modèles zéro émission.

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