100.000 emplois et 1,5 milliard dans les caisses de l’État. Voilà comment se traduirait une ambitieuse proposition du Parti socialiste qui vise à obliger les entreprises de plus de 50 travailleurs à engager 3% de chômeurs de longue durée. Confortée par un avis de la Cour des comptes, la proposition n’en reste pas moins irréaliste aux yeux des entreprises. Comme l’explique à notre micro Laurent Louyet.
Le Parti socialiste contre-attaque. Face à la limitation dans le temps des allocations de chômage décidée par la majorité fédérale, le PS met sur la table une proposition de loi aux contours très contraignants. Le principe est simple : imposer aux employeurs publics et privés de plus de 50 travailleurs d’engager au minimum 3% de chômeurs de longue durée, sous contrat de travail stable.
Paul Magnette assume le caractère coercitif de la mesure. « L’approche punitive des gouvernements de droite est une erreur économique et sociale », martèle le président du PS. Selon lui, l’exclusion des demandeurs d’emploi ne fait que déplacer le problème vers l’aide sociale, sans résoudre la pénurie de main-d’œuvre.
La Cour des comptes en soutien, chiffres à l’appui
L’argument central du PS repose sur un avis de la Cour des comptes. L’institution a évalué l’impact budgétaire de la mesure selon deux scénarios. Le plus ambitieux évoque la création de 102.000 emplois et un retour net de 1,5 milliard d’euros pour les finances publiques. Un scénario plus prudent table sur 46.000 emplois et un impact positif de 611 millions d’euros.
« La Cour démontre noir sur blanc que notre proposition est efficace économiquement et riche socialement », insiste Paul Magnette au micro de Trends Z. La mesure serait accompagnée d’un incitant financier : une dispense de précompte professionnel de 1.250 euros par mois, soit 15.000 euros par an, pour chaque travailleur concerné.
Les entreprises pointent une déconnexion du terrain
Du côté des entreprises, le scepticisme domine. Non pas sur l’objectif d’inclusion, mais sur la méthode. Laurent Louyet, dirigeant d’un groupe de 1.500 travailleurs, met en garde contre une approche uniforme. « Nos besoins de recrutement sont complètement différents selon les départements », explique-t-il. « On parle de métiers techniques, de fonctions commerciales, de profils financiers. Un quota identique ne peut pas s’appliquer de la même manière partout. »
Dans son entreprise, une telle obligation représenterait l’engagement de plus de quarante personnes. Un chiffre difficilement compatible avec la réalité du terrain. « Nous avons actuellement une cinquantaine de postes ouverts, tous profils confondus. On ne peut pas créer artificiellement des fonctions qui ne correspondent pas à un besoin réel. »
Incitant financier, mais contrainte structurelle
Le PS reconnaît l’effort demandé aux employeurs, mais estime la compensation suffisante. L’aide fiscale permettrait de réduire le coût salarial, notamment pour couvrir les besoins de formation et d’accompagnement. Un argument qui peine à convaincre totalement. Pour les entreprises, la question n’est pas uniquement budgétaire, mais structurelle : adéquation des compétences, organisation du travail et capacité d’encadrement.
Le texte doit encore être examiné en commission du travail dans les prochaines semaines, alors que plusieurs recours sont pendants contre la réforme du chômage. Autant le dire tout de suite, la proposition n’a aucune chance de se concrétiser. Mais elle a le mérite d’ouvrir le débat.