Face aux menaces d’annexion du Groenland par les États-Unis, les Danois s’organisent pour afficher leur opposition. Celle-ci s’exprime dans la rue, à travers des manifestations, mais aussi de manière plus discrète — et quotidienne — dans leurs choix de consommation.
Les Danois n’acceptent pas les déclarations du président américain Donald Trump concernant le Groenland et entendent le faire savoir. Au-delà des slogans et des rassemblements, leur contestation s’invite désormais dans les rayons des supermarchés. Deux applications mobiles, UdenUSA et Made O’Meter, se sont hissées en tête des classements de téléchargements sur l’App Store et le Play Store danois. Leur objectif : permettre aux consommateurs de vérifier l’origine des produits, d’identifier ceux provenant des États-Unis et de proposer des alternatives locales.
Autrement dit, un boycott ciblé des produits américains est en train de prendre forme au Danemark. Une mobilisation qui ne se limite pas aux produits des supermarchés. Un certain nombre de Danois ont également annulé leurs vacances prévues aux États-Unis, ainsi que leurs abonnements à des services de streaming américains, comme Netflix. Une façon d’élargir le boycott à l’ensemble de l’économie de services. Avec une population d’un peu moins de 6 millions d’habitants – soit moins de la moitié de celle de la Belgique -, l’impact est surtout symbolique.
Un boycott surtout symbolique… mais durable ?
Dans les faits, cette organisation a en effet peu de chances d’affecter significativement les résultats des multinationales américaines. Peu de produits américains sont vendus directement dans les magasins danois. Selon Louise Aggerstrøm Hansen, économiste chez Danske Bank, environ 1 % seulement de la consommation alimentaire danoise provient directement des États-Unis, rapporte Euronews.
La démarche n’en reste pas moins notable. D’abord par sa rapidité de mise en œuvre, ensuite par sa possible inscription dans la dure. Si une désescalade semble actuellement à l’œuvre – marquée par un changement de ton de Donald Trump après des discussions au Forum économique mondial de Davos – la situation reste volatile. Un durcissement du discours américain ou l’annonce de nouveaux droits de douane visant des pays européens pourraient rapidement raviver les tensions.
Dans ce scénario, les boycotts pourraient s’intensifier au Danemark et, potentiellement, s’étendre à l’échelle européenne. Le mouvement danois trouve d’ailleurs déjà un écho au-delà de ses frontières. En Norvège, en Suède et en Islande, des initiatives similaires émergent. Leur impact reste difficile à mesurer à ce stade, mais l’ensemble représente une population d’environ 22 millions de personnes – un signal, la encore, plus politique qu’économique, mais non négligeable.
Une manière d’agir, à son échelle
Même sans conséquences économiques majeures, cette démarche constitue avant tout un moyen d’expression. Des chercheurs estiment qu’elle permet aux consommateurs de retrouver un sentiment de contrôle face à des décisions géopolitiques qui les dépassent.
« Beaucoup de gens suivent l’actualité, voient quelque chose qui ne leur plaît pas et s’en irritent. En l’occurrence, il s’agit de nous-mêmes et du Groenland », a expliqué aux médias locaux Pelle Guldborg Hansen, chercheur en sciences comportementales à l’université de Roskilde.
« Et puis on a simplement envie de faire quelque chose de sa colère, même si c’est minime », ajoute-t-il. Un boycott qui, plus que ses effets concrets, traduit avant tout un besoin collectif de transformer l’indignation politique en action tangible.
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