Canal de Panama : quand même les concessions historiques ne sont plus intouchables

canal de Panama. © Getty
Muriel Lefevre
Muriel Lefevre Journaliste multimédias

La remise en cause de concessions historiques sur le canal de Panama est un signal de plus de la montée du risque géopolitique autour des infrastructures stratégiques.

C’est une décision judiciaire qui dépasse largement le cadre du droit local. Jeudi, la Cour suprême du Panama a annulé la concession accordée à CK Hutchison pour l’exploitation de deux ports clés du canal de Panama. Un sérieux coup de semonce pour le conglomérat hongkongais, mais surtout un nouveau signal de la montée en puissance des arbitrages géopolitiques dans les infrastructures stratégiques.

Depuis 1997, la filiale Hutchison Ports PPC exploitait les ports de Cristobal (Atlantique) et Balboa (Pacifique), aux deux extrémités de la voie interocéanique par laquelle transite environ 5% du commerce maritime mondial. La concession, initialement octroyée pour 25 ans puis prolongée en 2021, est désormais frappée de nullité à la suite de plaintes déposées par la Cour des comptes panaméenne, qui dénonçait des irrégularités contractuelles.

En déclarant « inconstitutionnelles » les lois encadrant ces contrats, la Cour remet aussi en cause un modèle hérité des années 1990, fondé sur des concessions longues et largement ouvertes aux capitaux étrangers.

Fondé par le milliardaire Li Ka-shing, le conglomérat est présent dans 24 pays et gère 53 ports dans le monde, ce qui fait du dossier panaméen un enjeu clé pour sa division logistique. Et cette décision complique également un scénario de sortie déjà fragile.

Réaction immédiate des marchés

À la Bourse de Hong Kong, le titre CK Hutchison a chuté de 5,28% vendredi matin, à 62,80 HKD, reflétant l’inquiétude des investisseurs face à l’incertitude juridique et politique. Le groupe fondé par Li Ka-shing, très exposé aux infrastructures et à la logistique mondiale, voit l’un de ses actifs les plus sensibles remis en question.

La décision intervient dans un climat de fortes pressions américaines. Les États-Unis, qui utilisent massivement le canal, cherchent à réduire l’empreinte chinoise sur cette artère stratégique. Donald Trump a multiplié les menaces de reprise de contrôle et réclame désormais des conditions préférentielles pour les navires américains. À Panama, le président José Raúl Mulino dénonçait de longue date des contrats jugés « léonins » et contraires aux intérêts nationaux.

Une cession toujours en suspens

CK Hutchison avait accepté de céder le contrôle des deux ports à un consortium mené par BlackRock, mais la transaction n’a jamais été finalisée, Pékin voyant d’un mauvais œil ce transfert d’actifs stratégiques. La Chine a depuis multiplié les avertissements, rappelant que ces infrastructures s’inscrivent dans les « Nouvelles routes de la soie », pilier de sa stratégie commerciale mondiale. Pour Pékin, ces actifs revêtent une dimension stratégique qui dépasse le simple commerce.

Un signal pour les investisseurs

Au-delà du cas panaméen, l’épisode illustre une tendance lourde : la re-politisation des grandes infrastructures de transport. Ports, canaux et réseaux logistiques deviennent des actifs stratégiques, où le risque juridique et géopolitique pèse désormais autant que la rentabilité économique. Pour les marchés, le message est clair : même les concessions historiques ne sont plus intouchables.

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