600 jours sans gouvernement : “Bruxelles vit avec un budget vieux de 30 mois, en dehors de toute réalité”

Bruxelles © Getty

Ce vendredi, la Région bruxelloise a franchi  le cap symbolique des 600 jours sans gouvernement. Le retrait du formateur Yvan Verougstraete plonge Bruxelles dans une impasse politique et budgétaire sans précédent. Dette qui explose, secteurs paralysés, shutdown évité de justesse : la capitale belge est au bord du précipice.

600 jours sans gouvernement. Comme le résume Guillaume Delvaux, doctorant en droit constitutionnel à l’UCLouvain dans Perspective, un podcast de Trends-Tendances. : “On est retourné à la case départ, 600 jours après, on ne sait pas trop ce qui va advenir.” Après l’échec de la mission Verougstraete, toutes les formules classiques semblent avoir été explorées. Sans levée des vetos, aucun gouvernement de plein exercice ne peut voir le jour.

L’affichage de ce contenu a été bloqué pour respecter vos choix en matière de cookies. Cliquez ici pour régler vos préférences en matière de cookies et afficher le contenu.
Vous pouvez modifier vos choix à tout moment en cliquant sur « Paramètres des cookies » en bas du site.

Une position confortable pour Anders

Le refus d’Anders de participer à la dernière tentative de coalition interroge. Delvaux s’interroge : “On peut se demander si Anders a vraiment envie qu’on arrive à un gouvernement à Bruxelles.” Le parti et son secrétaire d’État au Budget, Dirk De Smet, occupent une “position centrale” au sein du gouvernement en affaires courantes.

Grâce à l’ordonnance sur les douzièmes provisoires, De Smet peut ventiler les crédits budgétaires de manière discrétionnaire, sans contrôle parlementaire approfondi. “Pour un parti qui a deux sièges au Parlement, ça lui donne un réel pouvoir,” note le constitutionnaliste.

Un budget vieux de 30 mois

La Région fonctionne toujours sur base du budget 2024, élaboré en octobre-novembre 2023. Delvaux déplore : “Ça fait bientôt 30 mois que ce budget a été élaboré et on continue de fonctionner avec. Il ne correspond plus à la réalité actuelle.” Le déficit 2025 devrait atteindre 1,25 milliard d’euros, et pour 2026, l’objectif fixé par les créanciers est de ramener ce déficit à 1 milliard. La dette totale approche les 16 milliards d’euros, tandis que les recettes plafonnent sous les 7 milliards. Les charges d’intérêts représentent désormais 500 millions d’euros par an, soit près de 10% des recettes.

Tous les secteurs sont touchés. Le secteur associatif saigne : faute de subsides versés régulièrement, de nombreuses associations licencient. Dans la construction, 10% des entreprises sont menacées après la suspension des primes Renolution. La Société du Logement de la Région bruxelloise (SLRB), au bord de la crise de trésorerie, devra vendre des actifs – des logements sociaux – alors que Bruxelles en manque cruellement. Le risque de shutdown, très présent fin 2025, semble écarté pour 2026 grâce aux garanties de Belfius. Mais sans gouvernement, la question se reposera pour 2027.

Peu d’options de sortie

Un gouvernement de techniciens reste théorique. Un retour aux urnes impliquerait de modifier la Constitution, politiquement quasi impossible et juridiquement risqué. Delvaux évoque une solution de fortune : “Une double majorité qui se mettrait d’accord non pas sur un programme, mais uniquement sur des personnes qui agiraient comme le gouvernement en affaires courantes, mais avec un peu plus de marge.” Une rustine en attendant 2029 : “Avec ça, on ne va pas réformer Bruxelles ni faire vraiment avancer les choses. Mais si le gouvernement en affaires courantes ne s’entend plus, ça pourrait être une option.”

Au-delà des chiffres, c’est la démocratie qui vacille. Delvaux alerte : “Chez les personnes qui votent à Bruxelles, le signal envoyé est extrêmement négatif. On a l’impression que le vote de 2024 n’a servi à rien.” Selon lui, “Il va falloir regagner la confiance de l’électeur.”

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Expertise Partenaire