Près de quatre mois après la disparition de Typhanie Afschrift, son collègue Marek Hudon, professeur à Solvay (ULB), revient sur la rigueur de sa pensée libertarienne, sa passion pour l’enseignement, et son rôle unique dans le débat public, où elle défendait une liberté individuelle radicale, loin des confusions entre conservatisme et libéralisme.
Le 18 avril dernier, Typhanie Afschrift décédait des suites d’une chute survenue quelques jours plus tôt dans un restaurant bruxellois. Quatre mois plus tard, son collègue à Solvay (ULB), le professeur Marek Hudon, revient sur l’héritage de l’éminente fiscaliste.
Pour Marek Hudon, la principale trace laissée par Typhanie Afschrift réside dans sa capacité à incarner et clarifier la distinction souvent mal comprise entre conservatisme et libertarianisme. Selon lui, Typhanie Afschrift était sans doute la meilleure interprète de cette nuance : “Le conservatisme tend à limiter la liberté individuelle, particulièrement lorsqu’elle s’oppose à des valeurs traditionnelles, tandis que le libertarianisme place la liberté au centre de toute décision, que ce soit dans la sphère économique ou privée.”
Il ajoute : “Elle incarnait une forme de radicalité dans le libéralisme, à la fois une vision d’un état minimum et une insistance forte sur la liberté de disposer de soi-même, y compris de son corps, ce qui rapproche ce courant du libertarianisme pur.”
Passion et pédagogie
Marek Hudon souligne aussi que cette distinction est essentielle pour sortir des confusions courantes, notamment dans le débat public : “On a souvent tendance à confondre libéralisme et conservatisme, alors que ce sont des idéologies bien différentes. Typhanie montrait combien on peut être opposé aux mécanismes redistributifs forts tout en défendant farouchement les libertés individuelles, tels que l’avortement ou l’accès des étrangers au territoire, érigées alors en principe ou valeur absolue.”
Pour lui, cette approche offre une dimension supplémentaire au clivage traditionnel droite-gauche : “Il existe des libertariens de droite et de gauche, et Typhanie nous a offert un éclairage précieux en nous montrant que la liberté individuelle transcende parfois les catégories politiques classiques.”
Marek Hudon évoque également un autre aspect fondamental de l’héritage de Typhanie Afschrift : sa passion et sa pédagogie. Il se souvient d’elle comme d’une enseignante passionnée, toujours souriante, qui privilégiait une approche pratique et intuitive, partant de cas concrets de fiscalité d’entreprises ou d’individus pour amener les étudiants à réfléchir sur des questions complexes.” Cette proximité avec la réalité économique rendait son enseignement particulièrement vivant et accessible, selon lui.
Courage et ténacité
Marek Hudon insiste aussi sur la détermination de Typhanie, une qualité qu’il qualifie de “courage, ou mieux, de ténacité”. Pour lui, il s’agit d’une valeur morale majeure dans notre monde actuel, où la superficialité et la rapidité tendent à primer. “Aller au fond des choses, persévérer malgré les obstacles, c’était son moteur. Et c’est une qualité rare et précieuse, surtout dans une époque où la durée d’attention est si courte.”
Enfin, même s’il ne partageait pas fréquemment ses positions, Marek Hudon regrette profondément la disparition de la fiscaliste, en particulier en raison de la richesse intellectuelle qu’elle apportait au débat public. “Son départ crée un vide, une perte de diversité de pensée qui est essentielle pour comprendre les phénomènes économiques et sociaux dans toute leur complexité.”
Il conclut : “Dans un monde où les algorithmes tendent à polariser mais aussi à uniformiser les opinions, la pluralité des points de vue qu’elle défendait est une richesse qu’il faut protéger et cultiver.”