Sur la question du Groenland, De Wever ne cède rien à Trump: “Reculez, ou nous irons jusqu’au bout”

© belga

À Davos, la revendication insistante de Donald Trump sur le Groenland a fait monter d’un cran la tension transatlantique. Tandis que l’UE durcit le ton par la voix d’Ursula von der Leyen et d’Emmanuel Macron, notre Premier ministre Bart De Wever adopte une ligne dure. « Reculez, ou nous irons jusqu’au bout », répond-il au président américain.

Donald Trump a réussi à imposer le Groenland au centre de l’agenda diplomatique du Forum économique mondial de Davos. En revendiquant ce territoire autonome appartenant au Danemark, au nom de la sécurité face à la Russie et à la Chine, et en menaçant de droits de douane supplémentaires les pays européens opposés à ses visées, le président américain a déclenché une réaction en chaîne.

Mais c’est la prise de position de Bart De Wever qui marque un tournant : “Nous devrons sans doute dire que des lignes rouges ont été franchies. Et que si nous sommes divisés, cela signera la fin d’une époque après 80 années d’atlantisme. Comme (le penseur d’extrême gauche Antonio) Gramsci le disait: ‘le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître. C’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres’ Ce sera à lui (Donald Trump, ndlr) de décider s’il veut être un monstre”, a déclaré M. De Wever.

Trump met la pression

Depuis son retour à la Maison Blanche il y a un an, Donald Trump malmène le multilatéralisme et utilise les droits de douane comme une arme politique. Après son offensive sur le Venezuela et son pétrole, il multiplie les déclarations sur le Groenland. « Je ne pense pas qu’ils vont résister beaucoup. Nous devons l’avoir », a-t-il assuré lundi en Floride.

Mardi, il a encore insisté sur Truth Social : « Le Groenland est essentiel pour la sécurité nationale et mondiale. Il ne peut y avoir de retour en arrière, sur ce point, tout le monde est d’accord! », indiquant avoir eu « un très bon entretien téléphonique » avec Mark Rutte, le secrétaire général de l’Otan. Il a ajouté : « Les États-Unis d’Amérique sont de loin le pays le plus puissant au monde (…). Nous sommes la seule PUISSANCE capable d’assurer la PAIX dans le monde et cela se fait, tout simplement, par la FORCE! »

Dans une mise en scène très symbolique, il a aussi publié une image générée par l’IA le montrant, accompagné du vice-président JD Vance et du ministre des Affaires étrangères Marco Rubio, en train de planter un drapeau américain dans un paysage arctique, avec un panneau indiquant : « Groenland, territoire américain depuis 2026 ».

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Des contre-mesures européennes 

Face à cette escalade verbale, les dirigeants de l’UE réfléchissent à des mesures de rétorsion commerciale et prévoient de discuter du Groenland lors d’un sommet convoqué en urgence jeudi à Bruxelles. C’est dans ce contexte que Bart De Wever s’est montré plutôt offensif. Le Premier ministre belge doit rencontrer Donald Trump mercredi à Davos, alors que Washington menace d’imposer des droits de douane supplémentaires aux pays européens ayant déployé des troupes au Groenland.

Jeudi, l’Union européenne examinera des contre-mesures. « Il me semble évident que cette arme doit être mise sur la table dès maintenant », a déclaré M. De Wever à la VRT, en référence au « bazooka commercial » européen.

De Wever durcit le ton

Pour lui, les menaces antérieures de Trump contre les partenaires de l’Otan pouvaient encore s’expliquer par leurs dépenses de défense insuffisantes. « Mais menacer un allié de l’Otan d’une intervention militaire sur son propre territoire est totalement inédit. On frôle le point de rupture. »

Il appelle l’Europe à répondre d’une seule voix. « Ce sera un contre tous, mais aussi tous contre un. Finies les belles paroles. Si quelqu’un dit : ‘Je veux vous prendre du territoire de l’Otan, sinon je déclenche une guerre commerciale’, alors nous déclencherons une guerre commerciale. »

Un tel conflit serait « catastrophique » aussi pour les États-Unis, rappelle-t-il, en soulignant l’approche des élections de mi-mandat. « Je pense qu’il faut dire à Trump : ça suffit. Reculez, ou nous irons jusqu’au bout », a-t-il lancé, reprenant la même ligne sur VTM.

Lors d’un panel de discussions avec d’autres dirigeants européens à Davos, le Premier ministre belge a précisé que l’Union européenne avait longtemps essayé de calmer Donald Trump, notamment en tenant compte de l’aide américaine à l’Ukraine. Mais selon lui, cette stratégie atteint ses limites.

“L’Europe est aujourd’hui à un carrefour”

« L’Europe est aujourd’hui à un carrefour où elle doit faire un choix : soit on se réunit, soit on explose », a-t-il déclaré. « Être un vassal heureux est une chose. Mais être un esclave misérable est autre chose. Si l’on recule maintenant, nous perdrons toute crédibilité. Et c’est sans doute ce qu’il y a de plus coûteux dans une démocratie. »

Il reconnaît que la rencontre programmée mercredi entre le président américain et les dirigeants européens va, vu les tensions autour du Groenland, « vraisemblablement avoir un autre caractère ». « Nous devrons sans doute dire que des lignes rouges ont été franchies. Et que si nous sommes divisés, cela signera la fin d’une époque après 80 années d’atlantisme. Comme Gramsci le disait : ‘le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître. C’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres’. Ce sera à lui de décider s’il veut être un monstre. »

L’UE tente de cadrer l’escalade

En parallèle, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a cherché à fixer une ligne européenne à la tribune du Forum économique mondial. « Plonger dans une spirale descendante ne ferait qu’avantager les adversaires que nous sommes tous déterminés à tenir à l’écart. Notre réponse sera donc ferme, unie et proportionnelle », a-t-elle martelé.

Elle a jugé que les droits de douane supplémentaires, dont Washington menace plusieurs pays européens, seraient une « erreur, en particulier entre alliés de longue date ». Et de rappeler : « L’UE et les États-Unis ont conclu un accord commercial en juillet dernier. Et en politique comme en affaires, un accord est un accord. »

Emmanuel Macron a, lui aussi, appelé l’Union européenne à « utiliser » les outils « très puissants » dont elle dispose en matière commerciale quand elle « n’est pas respectée ». Il a dénoncé une politique américaine qui « exige des concessions maximales et vise ouvertement à affaiblir et subordonner l’Europe », tout en invoquant lui aussi le recours à l’instrument « anti-coercition » de l’UE, qualifié de « bazooka » en cas de guerre commerciale.

Le Parlement européen gèle la ratification de l’accord commercial avec les Etats-Unis
Le Parlement européen a décidé de suspendre le processus de ratification de l’accord commercial entre l’Union européenne et les Etats-Unis, à la suite des dernières menaces en date de Donald Trump, ont confirmé mardi ses principaux groupes politiques.
Il y a un “accord majoritaire” des groupes politiques pour geler l’accord commercial conclu l’an dernier entre les Etats-Unis et l’UE, a assuré la présidente du groupe S&D (social-démocrate), Iratxe Garcia Perez, devant des journalistes.

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