Powell défie Trump : le bras de fer sur les taux s’intensifie

Jerome Powell © Getty

Insultes, remises en cause de compétences, tentative de révocation d’une gouverneure : Donald Trump multiplie les pressions sur la Réserve fédérale pour obtenir une baisse des taux. Sans succès. La Fed s’apprête à maintenir le statu quo.

La réunion des 28 et 29 janvier de la Réserve fédérale s’annonce déterminante, moins pour ses décisions monétaires que pour l’avenir de son indépendance. Si la situation économique n’a pas fondamentalement évolué depuis décembre, le contexte politique, lui, s’est radicalement tendu.

Jerome Powell, dont le mandat expire en mai, a franchi le Rubicon en s’opposant frontalement à Donald Trump. Depuis son retour au pouvoir, le président martèle sa demande : une baisse massive des taux directeurs, qui déterminent le coût du crédit pour les ménages et les entreprises américaines.

La méthode Trump : insultes publiques contre Powell, mise en doute de ses compétences et de son intégrité, tentative de révocation de la gouverneure Lisa Cook via un simple message sur Truth Social. La Cour suprême, saisie sur cette dernière affaire, semble peu encline à autoriser le président à limoger seul un membre du comité de politique monétaire.

Le point de rupture est intervenu le 11 janvier, lorsque Powell a publiquement dénoncé une procédure du ministère de la Justice visant selon lui à “intimider” la Fed pour qu’elle cède aux “préconisations du président”. “Il a eu raison de rendre cette procédure publique pour que les marchés financiers et le grand public sachent ce qui se passe”, estime Loretta Mester, ex-présidente de la Fed de Cleveland et professeure de finance à l’université de Pennsylvanie. Jusqu’ici, la banque centrale a “bien réussi à faire abstraction des attaques” pour se concentrer sur sa mission, observe-t-elle.

Les mid-terms, catalyseur de tensions

La pression présidentielle devrait s’intensifier à l’approche des élections de mi-mandat à l’automne, anticipe Mark Zandi, économiste en chef chez Moody’s Analytics à l’AFP. Les dirigeants politiques privilégient traditionnellement les taux bas pour stimuler la croissance et améliorer leur bilan électoral, au risque d’alimenter l’inflation à moyen terme.

L’indépendance de la Fed “s’érodera graduellement au fur et à mesure que le président nommera de nouveaux membres”, prédit Zandi. À commencer par le successeur de Powell. Kevin Hassett, conseiller économique de la Maison Blanche ? Rick Rieder, dirigeant du géant BlackRock ? Trump entretient le suspense.

Statu quo attendu malgré les pressions

L’issue de la réunion de la semaine prochaine ne fait guère de doute sur les marchés : maintien des taux entre 3,50% et 3,75%. Après trois baisses totalisant 75 points de base fin 2025, motivées par un ralentissement des créations d’emplois, la Fed devrait marquer une pause.

Insuffisant pour Trump. Mais déjà excessif pour certains responsables monétaires, soucieux de ramener l’inflation vers la cible de 2% alors qu’elle stagne à 2,8%. “Il est beaucoup trop tôt pour diminuer davantage les taux directeurs”, a tranché Neel Kashkari, président de la Fed de Minneapolis, dans le New York Times.

“L’économie semble plutôt bien tenir. C’est donc le bon moment pour faire une pause et observer l’évolution”, abonde Loretta Mester, rappelant que “l’inflation reste au-dessus de 2% depuis plus de cinq ans”.

Le dilemme de la Fed se cristallise : céder aux sirènes politiques pour soutenir la croissance à court terme, ou préserver sa crédibilité en maintenant le cap anti-inflationniste. L’enjeu dépasse la simple fixation d’un taux. Il touche au cœur du modèle américain de banque centrale indépendante.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Expertise Partenaire