L’UE brandit son “bazooka” anti-coercition, mais de quoi s’agit-il? “Au départ, c’était destiné à la Chine”

Emmanuel Coundouris Journaliste

Les Vingt-Sept se réunissent ce jeudi en sommet extraordinaire pour répondre aux menaces tarifaires de Donald Trump liées au Groenland. Paris pousse l’activation de l’instrument anti-coercition, qui permettrait de viser aussi les services — le point fort américain en Europe. Mais l’outil divise et, même activé à la majorité qualifiée, il commencerait par une médiation sans limite de temps.

L’Union européenne prépare sa riposte aux nouvelles menaces douanières de Donald Trump contre plusieurs pays européens, accusés de faire obstacle à son projet sur le Groenland. Les dirigeants des Vingt-Sept se retrouvent ce jeudi en sommet extraordinaire à Bruxelles. Au cœur des discussions : l’activation de l’instrument anti-coercition, le “bazooka commercial” de l’Union, entré en vigueur fin 2023 et jamais utilisé.

Viser les services

« À la base, c’est une décision prise au niveau de la Commission européenne pour contrer des mesures ou l’attitude de la Chine. Cela a été mis en place en 2023, mais ça n’a jamais été appliqué jusqu’à présent et ça concerne essentiellement tout ce qui est investissement, prises de participation et tout le secteur des services », rappelle l’économiste de la banque CBC, Bernard Keppenne.

L’enjeu, c’est précisément ce basculement vers les services. Sur les biens, l’Europe est en position de force : +198 milliards d’euros d’excédent avec les États-Unis en 2024. Mais sur les services, c’est l’inverse : –148 milliards. Cibler les services revient donc à viser le cœur des revenus américains en Europe, notamment dans la tech et la finance.

« Si l’on regarde le chiffre d’affaires que ces géants technologiques et ces géants financiers américains réalisent en Europe : pour les géants technologiques, il correspond à 20–30 % de leur chiffre d’affaires total, et pour les entreprises financières, à 10–20 %, donc ça fait mal », souligne Koen De Leus, chief economist chez BNP Paribas.

Bazooka boomrang

Mais le “bazooka” comporte aussi un effet boomerang : l’économie européenne dépend encore fortement de certaines solutions américaines. « Si vous imposez des restrictions au niveau de l’utilisation de Microsoft par exemple, il doit y avoir une alternative et pour l’instant il n’y a pas trop d’alternatives en Europe », prévient Koen De Leus.

Politiquement, l’option divise les Vingt-Sept. « Un nombre d’États européens ne sont pas favorables à cette décision pour le moment, estimant qu’on doit d’abord ouvrir le dialogue et prendre des mesures juste commerciales sur les biens », observe Bernard Keppenne.

Enfin, même en cas de feu vert à la majorité qualifiée, l’instrument ne s’appliquerait pas immédiatement : il commencerait par une phase de médiation avec l’État visé, sans limite de temps, avant d’éventuelles contre-mesures.

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