L’incroyable bras de fer commercial et sécuritaire Trump – Europe, entre droits de douane à 25% et forcing sur l’Ukraine

Donald Trump, le 22 février. (Sipa USA)
Olivier Mouton
Olivier Mouton Chef news

La séquence est proprement hallucinante. Donald Trump annonce 25% de droits de douane sur une Europe née pour “emmerder les Etats-Unis”. La Commission européenne promet de répliquer. Les réunions se multiplient sur l’Ukraine, avec un accord sur les minerais annoncé pour vendredi. Cela décoiffe et c’est existentiel.

On a beau savoir que le président américain, Donald Trump, veut submerger l’espace médiatique de sa présence pour provoquer la sidération, la séquence n’en continue pas moins d’étonner. Parce que l’ordre établi bouge à grande vitesse. Et parce que le locataire de la Maison-Blanche continue à s’en prendre à ses alliés, durement.

« J’aime les pays européens, a dit Donald Trump mercredi en fin de journée. Mais écoutez, soyons honnêtes, l’Union européenne a été conçue pour emmerder les États-Unis.” Et d’ajouter: “Ils y sont arrivés, mais maintenant je suis président.” La diplomatie a cédé la place aux rapports de force et aux provocations pour obtenir des deals.

Bras de fer commercial

C’était l’occasion pour le président américain de dénoncer une nouvelle fois un déficit de la balance commerciale de 300 milliards de dollars.

Suit l’effet d’annonce: “Nous avons pris la décision, et nous l’annoncerons prochainement, ce sera 25%”, a assuré M. Trump, soit le niveau auquel les produits canadiens et mexicains devraient également être taxés à partir de début avril.

Jusqu’à présent, il n’était question que de 25% sur l’acier et l’aluminium. Pour les autres des produits, des droits de douane réciproques étaient annoncés. “Ce sera 25% dans la plupart des cas”, a-t-il précisé.

La présidente de la Commission, Ursula Von der Leyen, a déjà répliqué que des mesures de rétorsion seraient prises. Les prochaines semaines donneront sans doute lieu à un grand marchandage sur les échanges commerciaux, avec l’énergie au centre du jeu.

Par ailleurs, Ursula Von der Leyen a présenté jeudi le Clean Industrial Deal visant à simplifier la réglementation et assouplir le Green Deal, pour tenter de soutenir l’industrie face à la concurrence féroce des États-Unis.

Bras de fer sécuritaire

Ces durs échanges commerciaux s’ajoutent aux négociations de paix sur l’Ukraine, pour lesquelles Donald Trump a entamé un dialogue direct avec la Russie et semble endosser ses thèses, jusqu’aux Nations Unies.

En début de semaine, le président français, Emmanuel Macron, s’est rendu à la Maison-Blanche pour tenter d’infléchir la position de Trump, essentiellement sur la position du président ukrainien, Volodymyr Zelenski, et sur la participation de l’Europe, garanties de sécurité à l’appui. Entre gestes de camaraderie et dialogue de sourds.

Ce jeudi, c’est au tour du Premier ministre britannique, Keir Starmer, de défendre le lien transatlantique à Washington. Donald Trump avait dit de lui: “le Premier ministre Starmer a été très gentil. Nous avons eu quelques réunions. Nous avons eu de nombreux appels téléphoniques. Nous nous entendons très bien”.

Mais Donald Trump est surtout obnubilé par l’accord-cadre sur les matières premières, que le président ukrainien doit venir signer à Washington vendredi. Un “grand marchandage” qui interpelle. Et un “deal” qui doit compenser les milliards d’aide américaine versée, aux yeux de la Maison-Blanche.

Cette séquence à couper le souffle vise à baliser le chemin d’une première rencontre Trump – Poutine qui ne soit pas trop défavorable aux Européens. C’est un marathon, existentiel.

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