Amid Faljaoui

L’exercice militaire européen au Groenland ? Trump dispose du bouton “OFF”

Une chronique d’Amid Faljaoui.

Pour comprendre ce qui se joue ce matin au Groenland, il faut sortir de la carte postale des chasseurs alpins dans la neige. Il faut imaginer une situation absurde : c’est l’histoire d’un pompier qui part éteindre un feu, mais le robinet de son tuyau est tenu… par le pyromane.

Ce pompier, c’est l’Europe. Le pyromane (ou en tout cas la menace), c’est l’administration Trump. Et le tuyau ? Ce sont nos armes.

La majorité des soldats européens partis “sécuriser” le Grand Nord sont équipés, soutenus et protégés par du matériel américain. Le Danemark, que nous sommes censés défendre, a basé toute sa stratégie aérienne sur le F-35 de Lockheed Martin.

Alors, soyons didactiques un instant. C’est quoi le problème avec cet avion ?

On entend dire, d’ailleurs pas plus tard qu’hier encore sur les ondes de RTL radio (France) : “Les Américains ont une clé pour clouer au sol les F-35”. C’est faux. Ce n’est pas une voiture de location qu’on bloque à distance. C’est bien plus subtil et bien plus dangereux.

Le F-35, comme les missiles Patriot, fonctionne comme votre smartphone : il ne vaut rien sans son système d’exploitation et sa connexion au “Cloud”. Pour qu’un avion de chasse soit utile, il doit savoir quoi chercher. Il a besoin de bibliothèques de données : la signature radar de l’ennemi, les fréquences à brouiller. Ces données, elles ne sont pas générées à Copenhague, à Berlin ou à Bruxelles. Elles sont téléchargées depuis les serveurs du Pentagone.

C’est ça, le piège. Si Washington décide que l’opération européenne au Groenland ne lui plaît pas, il ne coupe pas le moteur. Il coupe la mise à jour. En quelques jours, l’avion devient myope. En quelques semaines, face à une guerre électronique moderne, il est aveugle.

C’est une obsolescence militaire programmée. Et c’est là aussi que le discours martial d’Emmanuel Macron se heurte au mur de la réalité industrielle.

Le Président français est le seul à avoir les mains libres. Pourquoi ? Parce que la France est le seul pays occidental à avoir payé le prix fort pour produire des avions “ITAR-Free”.

“ITAR”, c’est l’acronyme qui tue. C’est la loi américaine qui dit : “S’il y a un composant US chez vous, je décide où vous allez”. Les Rafale français, eux, volent avec des puces et des codes sources souverains. C’est ce qui permet à Paris d’envoyer des troupes sans demander la permission.

Le réveil est brutal.

Ce matin, l’Europe découvre la différence entre acheter sa sécurité et construire sa souveraineté. Les Danois, les Allemands, les Néerlandais, les Belges ont cru qu’en achetant américain, ils achetaient une assurance-vie. Ils réalisent aujourd’hui qu’ils ont signé un contrat de servitude.

Au Groenland, nous ne sommes pas face à une démonstration de force européenne, mais face à une démonstration de l’absurdité de nos choix budgétaires. On ne fait pas la guerre à son fournisseur informatique.

Emmanuel Macron a raison de montrer les muscles. Mais il faudrait surtout que ses voisins comprennent que pour avoir une armée européenne, il faut d’abord cesser de faire ses courses chez… l’adversaire.

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