Amid Faljaoui

L’Europe ou le syndrome Tanguy

Une chronique d’Amid Faljaoui.

Christophe W, un ami, m’a envoyé un long message sur WhatsApp fin de semaine dernière. Juste avant que Donald Trump ne menace l’Europe de nouveaux droits de douane pour avoir osé lui tenir tête sur le dossier du Groenland.

J’ai lu son message WhatsApp en souriant, puis j’ai arrêté. C’était cinglant, drôle (jaune), et ça résumait mieux notre situation géopolitique que dix éditoriaux du Financial Times.

Il comparait l’Europe à un “Tanguy” qui s’ignore.

Vous voyez le tableau ? On s’est comportés comme ce trentenaire qui refuse obstinément de quitter le nid familial parce que la soupe y est bonne et le linge repassé. Pendant 40 ans, on a joué les émancipés. On faisait la morale à la terre entière sur les droits de l’homme et la vertu écologique. On critiquait volontiers nos parents, qu’on trouvait ringards ou brutaux.

Mais voilà, soyons francs, c’était une imposture.

On se croyait libres et indépendants ? Faux. On squattait le confort payé par les autres. On n’a jamais voulu couper le cordon ni assumer les factures du monde réel :

Papa (les USA) payait la sécurité. Nous avons vécu sous le toit du parapluie américain. Nous avons désinvesti dans nos armées pour financer notre confort, persuadés que Papa serait toujours là pour écarter les voyous de la cour de récréation. L’OTAN n’était pas une alliance d’adultes, c’était une chambre d’enfant gardée par un adulte.

Maman (la Chine) faisait la cuisine et le ménage. Pour ne pas se salir les mains, nous avons laissé Maman tout faire (nos téléphones, nos panneaux solaires, nos médicaments) pour une bouchée de pain. C’était tellement confortable de se laisser servir.

L’illusion de l’occupation

Et pendant que Papa surveillait la porte d’entrée et que Maman s’activait aux fourneaux, que faisait Tanguy-l’Europe ? Il s’occupait de l’épaisseur du trait. Il légiférait. Il passait ses journées à débattre de la taille réglementaire d’une bouteille d’huile d’olive ou de la gestion des cookies sur internet.

Nous avons construit une puissance normative, pensant que la Loi suffisait à dompter le Monde, bien au chaud dans le salon des parents.

Et puis, le réveil. Brutal.

Nous sommes en 2026. Papa a des problèmes d’argent. Il en a marre de nous voir sur le canapé. Il dit : “C’est fini. Tu as 40 ans, tu dégages.” Maman ne veut plus être la bonne à tout faire, elle augmente les prix et veut même racheter la maison familiale.

Et nous voilà. Mis à la porte. On se retrouve sur le trottoir, le frigo est vide. On découvre avec horreur qu’on ne sait plus faire la cuisine (plus assez d’usines) et qu’on ne sait pas se battre (stocks de munitions vides).

L’heure de vérité

Cet éditorial est une caricature, bien sûr, et j’en suis le premier conscient, mais sa vocation est de taper là où ça fait mal. L’Europe doit sortir de l’adolescence. Maintenant. Cela signifie payer le prix réel de notre énergie, de notre sécurité et de notre souveraineté.

La question n’est plus de savoir si c’est “juste” ou pas comme le répètent à l’envie nos politiques. La question est de savoir si nous sommes capables de survivre dehors, maintenant que Papa a changé les serrures de la maison familiale.

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