Le Mercosur est un peu plus une réalité, mais “l’histoire n’est pas terminée”, promet la France

Le chancelier allemand Friedrich Merz s'entretient avec le président français Emmanuel Macron et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen après leur arrivée à la Chancellerie à Berlin, en Allemagne, le 15 décembre 2025. (Photo par Emmanuele Contini/NurPhoto via Getty Images)

Une majorité qualifiée d’Etats européens a approuvé vendredi l’accord de libre-échange avec le Mercosur, malgré la colère des agriculteurs et l’opposition de la France.

Grâce à ce feu vert, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen pourrait se rendre dès lundi au Paraguay afin de signer ce traité commercial avec l’Amérique latine.

Le soutien de l’Italie a été décisif pour obtenir la majorité qualifiée nécessaire, tandis que la France a voté contre et entend poursuivre la bataille au Parlement européen.

Les eurodéputés se pencheront sur la ratification du traité dans les semaines qui viennent. Le scrutin pourrait être serré dans l’hémicycle où les considérations nationales pèseront.

Une traité de plus de 25 ans

Négocié depuis 1999, cet accord crée l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, entre l’Union européenne, le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay, soit plus de 700 millions de consommateurs.

Pour ses détracteurs, il va bousculer l’agriculture européenne à coup de produits moins chers et pas forcément respectueux des normes environnementales de l’UE, faute de contrôles suffisants.

Pour ses thuriféraires comme l’Allemagne et l’Espagne, il va permettre au contraire de relancer une économie européenne à la peine, bousculée par la concurrence chinoise et les droits de douane aux Etats-Unis.

En supprimant une large part des droits de douane, ce traité favorise les exportations européennes de voitures, de machines, de vins ou de fromages.

Dans le sens inverse, il facilite l’entrée en Europe de boeuf, de volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filières concernées.

Colère agricole

Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a donné un argument supplémentaire aux partisans de l’accord. L’Union européenne doit diversifier ses partenariats commerciaux, martèle ainsi la Commission.

Dans l’espoir d’amadouer les agriculteurs, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour protéger les produits sensibles ou un geste budgétaire dans la future politique agricole commune (PAC) de l’UE.

Mais rien n’y a fait, la colère agricole est repartie de plus belle.

“Il y a beaucoup de peine. Il y a beaucoup d’énervement et ça devient de plus en plus tendu”, confiait Judy Peeters, un représentant des agriculteurs belges, lors d’une action de blocage jeudi soir sur un échangeur autoroutier au sud de Bruxelles.

En Grèce, les agriculteurs ont multiplié cette semaine les barrages routiers et intensifié leur mobilisation entamée fin novembre, notamment contre le Mercosur.

En France, des tracteurs étaient à Paris jeudi et vendredi pour dénoncer tout à la fois le Mercosur, le prix des engrais ou la gestion gouvernementale de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.

La FNSEA, le premier syndicat agricole français, a appelé à un grand rassemblement devant le siège du Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier.

Échec diplomatique de Macron

Empêtré dans l’instabilité politique, Emmanuel Macron a paru hésiter sur ce traité avec le Mercosur, “pas acceptable en l’état”.

Mais la pression politique était trop forte, avec la menace de la droite de faire tomber le gouvernement de Sébastien Lecornu en cas de soutien à l’accord.

Et même malgré le non d’Emmanuel Macron au Mercosur, l’extrême droite française a annoncé deux motions de censure à l’Assemblée nationale et au Parlement européen, aux faibles chances d’aboutir.

La gauche radicale a également annoncé le dépôt d’une motion de censure à l’Assemblée.

“L’histoire n’est pas terminée”

L’UE va aller signer un accord commercial contre l’avis de la première puissance agricole européenne, une situation quasiment inédite.

Certes, Paris souligne avoir pesé pour obtenir des gestes en faveur des agriculteurs.

Mais c’est “un échec diplomatique et tactique”, cingle un ancien ministre français, anonymement.

La France s’est isolée en disant que cet accord est “épouvantable”, quand l’Italie peut se targuer d’une “tactique assez habile qui permet à (Giorgia) Meloni de dire +c’est moi qui décide+”, estime-t-il.

“L’histoire n’est pas terminée”, souligne toutefois le gouvernement français, tant que le Parlement européen ne s’est pas prononcé.

Environ 150 eurodéputés (sur 720) ont déjà prévenu qu’ils comptaient saisir la justice pour tenter de s’opposer à l’application de l’accord.

“Un signal important”

Le feu vert de l’Union Européenne donné vendredi à l’accord de libre-échange avec le Mercosur est “un signal important en cette période” de tensions commerciales, a salué le ministre allemand des Finances Lars Klingbeil par communiqué.

“Alors que d’autres se referment et adoptent une politique commerciale de plus en plus agressive, nous misons sur de nouveaux partenariats” pour stimuler la croissance et le commerce en Europe, a déclaré le vice-chancelier allemand.

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