Le vent de la reprise souffle sur l’éolien wallon, mais l’objectif 2030 reste hors de portée

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Jennifer Mertens

La Wallonie a érigé 36 mâts éoliens en 2025, représentant une augmentation nette de capacité de 133 MW. Un chiffre qui confirme la reprise du secteur après plusieurs années compliquées. Une progression saluée par les acteurs, mais encore largement insuffisante pour atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030.

Pour la cinquième année consécutive, la Région dépasse le seuil symbolique des 100 MW d’installations annuelles, avec une croissance proche de 9 %. Avec 133 MW supplémentaires, 2025 signe même la meilleure performance depuis quinze ans (163 MW en 2010). Des résultats encourageants, certes, mais qui demeurent en décalage avec l’ambition régionale : produire 25 % de l’électricité wallonne grâce à l’éolien d’ici 2030, soit environ 6.200 GWh par an.

Car malgré ces nouvelles installations, la capacité totale wallonne plafonne à « seulement » 1.661 MW, répartis sur 625 éoliennes. Pour atteindre l’objectif confirmé par le Gouvernement wallon, il faudrait en réalité installer plus de 200 MW par an, soit quasiment doubler le rythme actuel.

Un retard qui s’accumule

Plus l’échéance approche, plus l’effort à fournir s’intensifie. L’an dernier déjà, EDORA, la fédération belge des énergies renouvelables, estimait qu’une croissance annuelle nette de plus de 150 MW était nécessaire. À défaut de respecter ces trajectoires intermédiaires, le rattrapage devra être encore plus brutal dans les années à venir.

Pourtant, le potentiel ne manque pas. Le secteur recense aujourd’hui quelque 5.700 MW de projets en développement en Wallonie. « Tous ne verront pas le jour, mais l’activité de développement reste très importante », confiait récemment Fawaz Al Bitar, directeur général d’EDORA, au journal Le Soir. « L’objectif de 6.200 GWh reste atteignable… mais c’est peut-être la dernière fois que je le dis. »

Des signaux positifs sur les permis

Tout n’est pas sombre pour autant. « Si le Gouvernement wallon a été très restrictif en début de législature, on constate récemment une hausse du taux d’octroi des permis et une meilleure prise en compte des enjeux régionaux », reconnaît EDORA dans son communiqué.

Autre évolution notable : l’accélération du traitement des recours devant le Conseil d’État, où 678 MW de projets restent actuellement bloqués. Depuis la réforme décidée par le précédent gouvernement fédéral, les délais ont été divisés par trois. La durée moyenne d’instruction est désormais d’environ un an, contre trois auparavant.
« C’est une bonne chose, même si, dans 80 % des cas, les permis ne sont pas libérés », nuance toutefois Fawaz Al Bitar.

La principale inquiétude se déplace désormais vers le réseau électrique. EDORA alerte sur « l’urgence de mesures facilitant l’accès au réseau » : renforcement des capacités d’accueil, monitoring de l’évolution des coûts de raccordement afin d’éviter leur envolée, développement facilité des projets hybrides associant énergies renouvelables et batteries, et mise en place d’un véritable marché de la flexibilité. À défaut, la sécurité d’approvisionnement pourrait être menacée.

D’autres freins persistants

La fédération pointe également « le retard dans la levée des contraintes aéronautiques fédérales », liées notamment au contrôle aérien et à la Défense. Leur suppression permettrait pourtant de débloquer jusqu’à 1.500 MW supplémentaires d’éolien terrestre en Belgique.

À cela s’ajoute un sentiment de durcissement des exigences en matière de biodiversité, « malgré les nombreuses mesures environnementales déjà mises en œuvre par le secteur et des études d’incidences de plus en plus poussées ».

« Je rappelle que les énergies renouvelables relèvent de l’intérêt public majeur, qui doit primer sur les intérêts particuliers », conclut le patron d’EDORA. À ce titre, prévient-il, 2026 s’annonce comme une année décisive pour l’avenir de l’éolien wallon.

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