Ambitions climatiques versus énergie bon marché : le dilemme des entreprises en 2026

ÉNERGIES RENOUVELABLES. © Getty Images

Les risques climatiques pour les entreprises augmentent avec le réchauffement, mais à court terme, celles-ci aspirent surtout à une énergie abordable. Concilier la résolution de la crise climatique et la production d’énergie bon marché est le défi pour l’avenir. Plus d’énergie renouvelable résout les deux problèmes.

1. Dans quelle mesure le changement climatique constitue-t-il un risque ?

Pascaline della Faille, Country and Sector Risk Manager chez Credendo, constate que les conséquences du changement climatique apparaissent de plus en plus dans les modèles de risque utilisés par l’assureur-crédit.

“Les inondations catastrophiques au Pakistan cette année ont eu un lourd impact sur les finances publiques du pays, tout comme l’ouragan Melissa pèsera fortement sur les finances publiques de la Jamaïque. Il est clair que nous devons intégrer ce type de données dans nos modèles. En Amérique latine, de graves sécheresses ont entraîné une baisse de la production hydroélectrique. Au Panama, la sécheresse a réduit le trafic maritime sur le canal de Panama. Nous devons tenir compte du fait que des catastrophes naturelles ou des sécheresses peuvent affecter les exportations agricoles de l’Argentine, ce qui a ensuite des répercussions sur la balance des paiements du pays. À long terme, la montée du niveau de la mer peut aussi devenir un problème.”

Nabil Jijakli, Deputy CEO de Credendo, observe un paradoxe. Les conséquences de l’impact climatique augmentent partout dans le monde – et certainement en Europe –, mais l’Union européenne semble réduire ses ambitions politiques. On peut penser aux règles adaptées concernant le reporting de durabilité (CSRD), au devoir de vigilance pour des chaînes de production équitables (CSDDD) et à la loi sur la déforestation. La législation est restée en place dans la plupart des cas, mais la proposition législative Omnibus, qui vise à simplifier la législation environnementale européenne, en a modifié le champ d’application de manière à ce que seules les très grandes entreprises y soient encore soumises, ou en a repoussé l’entrée en vigueur.

Conséquences bien réelles

“Les conséquences du changement climatique sont très réelles, précise Nabil Jijakli. L’année dernière, nous avons pour la première fois dépassé le seuil de 1,5 degré de réchauffement. En même temps, on peut s’interroger sur l’efficacité de la stratégie du Green Deal européen. Nous perdons en compétitivité, les entreprises se voient imposer une charge administrative énorme, et les États-Unis ainsi que des pays du Moyen-Orient exercent de différentes manières une pression sur l’UE pour adapter sa politique. Il y a aussi le contexte mondial. Les États-Unis font marche arrière, la Chine investit massivement dans les énergies renouvelables, et l’UE manque de dynamisme. N’oublions pas que nous ne disposons pas de ressources énergétiques. Les entreprises européennes paient désormais bien plus cher leur énergie que leurs concurrents ailleurs.”

“L’évolution des énergies renouvelables est surtout une énorme opportunité pour l’Europe, c’est une possibilité de retrouver une partie de l’autonomie que nous avons perdue”, ajoute Nabil Jijakli.

2. Comment évolue le mix énergétique ?

Sur la carte, les deux illustrations de gauche montrent que la demande énergétique mondiale continue d’augmenter fortement en raison de la croissance démographique et économique. Seul le scénario climatiquement neutre montre une baisse de la demande totale. L’électricité gagne en importance dans tous les scénarios.

“D’un point de vue économique, le choix des énergies renouvelables est logique. Les obstacles sont surtout techniques.” – Florence Thiéry (Credendo)

“Le scénario le plus prudent, analyse Florence Thiéry, Senior Country and Sector Risk Analyst chez Credendo, est que les sources d’énergie renouvelable passent d’environ 18% en 2024 à 30% en 2035, grâce à une augmentation significative notamment en Australie, en Chine, en Inde, au Japon, en Corée du Sud et dans les pays africains. Pour le nucléaire, la part mondiale reste entre 10 et 15% entre 2024 et 2035. Le pétrole et les autres combustibles fossiles vont progressivement perdre des parts de marché. Sur le plan économique, le choix des énergies renouvelables est également logique. Les coûts continuent de baisser. Les obstacles sont principalement techniques. Il faut des infrastructures pour transporter cette énergie et nous ne sommes pas encore assez capables de la stocker. Il est également important de faire des procédures de permis pour les nouveaux projets une priorité.”

3. Les énergies renouvelables deviendront-elles dominantes ?

Investir davantage dans les énergies renouvelables peut sembler une évidence. Mais la réalité est différente. Comme la demande d’énergie augmente très rapidement, la croissance fulgurante des énergies renouvelables suffit uniquement à absorber cette demande supplémentaire, mais pas à remplacer l’offre existante de pétrole, de gaz et de mazout. “Il y a trois raisons pour lesquelles la consommation énergétique augmente si fortement, explique Nabil Jijakli.

“Premièrement, les centres de données nécessaires pour absorber l’utilisation croissante de l’IA ; deuxièmement, l’électricité nécessaire pour alimenter les véhicules électriques ; et troisièmement, l’énergie pour la climatisation, indispensable dans de nombreux pays. Je vois aussi trois éléments dans la réponse à ce problème : un mix énergétique équilibré, l’augmentation de la part du nucléaire dans ce mix, et surtout une consommation d’énergie plus sobre grâce à des habitudes de consommation plus frugales. Par ailleurs, les entreprises demandent avant tout une politique d’investissement et une réglementation stables.”

Moins de dépendance

“Plus vous produisez d’énergie renouvelable, moins vous émettez de CO₂ et moins vous dépendez d’autres pays, déclare Wim Thiery, climatologue et professeur à la VUB. La transition comporte des opportunités et des risques. Les opportunités sont des avantages économiques grâce à l’innovation et à l’exportation de technologies, la réduction des émissions de CO₂, mais aussi l’amélioration de la qualité de vie, des sols et de la santé publique. Le risque de transition pour les entreprises est que si vous ne le faites pas vous-même, d’autres le feront. C’est très visible aujourd’hui avec la Chine, qui investit massivement dans la technologie respectueuse du climat.”

Credendo observe dans son portefeuille clients comment l’économie mondiale évolue vers davantage d’énergie renouvelable.

“Jusqu’il y a peu, la production d’énergie ne figurait même pas dans le top 5 de notre portefeuille clients, et elle est aujourd’hui le deuxième secteur le plus important, ajoute Nabil Jijakli. Le meilleur exemple est celui de nos entreprises de dragage, présentes avec leurs navires dans le monde entier. Une grande partie de leur activité concerne aujourd’hui la production d’énergie renouvelable, comme la construction de parcs éoliens offshores ou d’infrastructures pour capter le CO₂. Alors que le renouvelable a augmenté, le secteur du pétrole et du gaz a reculé. Ce secteur figurait autrefois toujours dans notre top 3, il est maintenant tombé à la septième place.” 

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