Le projet fou d’un crypto millionaire belge: un “Monaco-Dubaï” dans les Caraïbes

Caroline Lallemand

Olivier Janssens, investisseur en bitcoin de la première heure, développe un projet de zone économique spéciale à Saint-Kitts-et-Nevis. Un mini-État libertarien de plusieurs milliards de dollars dans les Caraïbes qui suscite une vive opposition locale.

“Fichez-nous la paix et laissez-nous faire ce qu’on a à faire.” La déclaration d’Olivier Janssens au Financial Times résume sa philosophie. Ce Belge discret, devenu millionnaire grâce au bitcoin, veut transformer la côte sud de l’île de Nevis dans les Petites Antilles en zone franche baptisée “Destiny”. Le projet prévoit des villas, appartements, infrastructures médicales et entreprises technologiques, avec la cryptomonnaie comme devise officielle et un système juridique propre dans le cadre constitutionnel de Saint-Kitts-et-Nevis. Sa conception a été confiée au cabinet américain d’architecture et d’ingénierie Skidmore, Owings and Merrill, connu notamment pour la tour Burj Khalifa à Dubaï.

Un investissement de 50 millions de dollars

Le parlement régional de Nevis a approuvé fin août la création d’une Zone Économique Spéciale sur cette île de 93 km² et 13.200 habitants. Il a obtenu la citoyenneté de Saint-Christophe-et-Niévès il y a une dizaine d’années via un programme destiné aux investisseurs. Il s’engage à investir 50 millions de dollars (environ 42,5 millions d’euros) dans les infrastructures. Sa société South Nevis achète déjà massivement des terrains via son entité locale. Le projet prévoit également une bourse d’études annuelle d’un million de dollars pour les habitants.

“Cette zone ouvrira la voie à un projet de plusieurs milliards de dollars qui devrait créer d’importantes opportunités de croissance et de prospérité”, a déclaré le Premier ministre Mark Brantley. L’État de Saint-Kitts-et-Nevis, qui compte 47.000 habitants sur deux îles (260 km² au total), espère un boost économique significatif.

Du bitcoin millionnaire à l’entrepreneur visionnaire

Le parcours de Janssens illustre l’ascension fulgurante de certains pionniers de la crypto. Après avoir quitté ses études d’IT & Business à 18 ans, il a travaillé chez UUnet, Easynet et Sun Microsystems avant de créer sa propre société de logiciels. En 2010, il acquiert ses premiers bitcoins par minage, alors que la cryptomonnaie valait quelques centimes. Cinq ans plus tard, il investit dans l’ethereum dès son lancement.

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“Libertarien de toujours”

“Olivier est devenu immensément riche en entrant si tôt dans le bitcoin, mais son objectif principal n’était pas de gagner de l’argent”, confie une source au Nieuwsblad. “Il agit surtout par idéologie et est entré dans le bitcoin par conviction que notre système bancaire est au bord de l’effondrement.”

Fondateur de FreeSociety et “libertarien de toujours” selon la plateforme CypherHunter, Janssens cherche depuis 2014 à “créer un monde décentralisé, une société libre”. Son projet Destiny s’inscrit dans un mouvement plus large de bitcoiners favorables aux États ou sociétés “en réseau”, axés sur la décentralisation et la liberté financière.

Un modèle qui fait des émules

Janssens n’est pas un cas isolé. Le Liberland, micro-territoire coincé entre la Serbie et la Croatie, s’est proclamé “République libre” en 2015 et attire de nombreux adeptes des cryptomonnaies. Plus récemment, Eric Larchevêque, co-fondateur français de Ledger, a lancé The Bitcoin Society (TBSO), une société “de réseau” visant à mutualiser le patrimoine de ses membres pour négocier des avantages (visas, zones franches, projets immobiliers) avec différents États.

“Néocolonialisme”

Le projet Destiny suscite néanmoins une forte résistance locale. La plateforme citoyenne Nevis Civil Society Coalition dénonce une menace pour l’environnement, la souveraineté et la démocratie de l’île. L’opposition réclame l’abrogation complète de la loi autorisant les zones spéciales.

Sur la radio locale, un ancien Premier ministre a qualifié publiquement le projet de “néocolonialisme” et d'”exclusion raciale” qui “ramène le pays à l’ère de l’esclavage transatlantique”. Kelvin Daly, membre du parti d’opposition Nevis Reformation Party, estime que le terme “développement durable” n’est qu’un habillage pour “une zone économique spéciale avec des avantages supplémentaires”.

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