Pourquoi Belfius a moins besoin d’Ethias

Marc Raisiere, CEO de Belfius. © belga
Sébastien Buron
Sébastien Buron Journaliste Trends-Tendances

Le bancassureur a dégagé un bénéfice net de 476 millions d’euros sur les six premiers mois de l’année, en léger recul par rapport à 2024. Alors qu’il prépare l’ouverture de son capital à des investisseurs extérieurs, le groupe prend désormais ses distances avec l’option d’un rapprochement avec Ethias.

Dans un contexte économique marqué par les tensions géopolitiques, la nervosité des marchés et la prudence des ménages, le groupe de banque et d’assurance belge a publié ce vendredi des résultats semestriels faisant état d’une stabilité de son bénéfice net. Entre début janvier et fin juin, le bancassureur a réussi à enregistrer un profit de 476 millions d’euros, contre 482 millions sur la même période l’an dernier.

Un bilan à mi-chemin de 2025 dont le CEO Marc Raisière s’est dit “très satisfait”, soulignant la bonne dynamique commerciale sur l’ensemble des piliers stratégiques de la banque.

Crédits en hausse

Sur le plan commercial, l’encours de crédits a en effet progressé de 3,2 milliards pour atteindre un niveau record de 121,6 milliards fin juin, porté par les entreprises, même si les particuliers restent dominants, tandis que la part du secteur public se réduit.

Le groupe poursuit également son expansion en tant que banque pour les investisseurs. Nourri par une croissance “exceptionnelle” selon Marc Raisière, l’encours total de l’épargne et des placements dépasse désormais les 200 milliards d’euros. De même que la croissance se poursuit également dans les services aux particuliers fortunés : la banque comptera 51 private & wealth houses d’ici la fin de l’année. Enfin, Belfius met aussi en avant le succès de son application de trading en Bourse Re=Bel, qui séduit désormais 147.700 clients (+35 % en un an) et enregistre une envolée de 61 % du nombre de transactions.

L’assurance en pleine forme

Conséquence de cette bonne dynamique commerciale, les revenus globaux ont progressé de 4 %, atteignant 2,28 milliards d’euros. En revanche, la marge d’intérêt s’est contractée sous l’effet d’un environnement de taux moins favorable. En parallèle, les coûts ont augmenté de 4 % également. Les taxes bancaires (+ 56 millions d’euros) ont fortement augmenté ainsi que les dépenses de fonctionnement (frais de personnel) qui sont également en hausse.

Le pôle assurance, en revanche, affiche une solide performance. Soutenue notamment par une hausse de plus de 5 % des primes en non-vie sur un an, Belfius Insurance a contribué pour un tiers au bénéfice net du groupe : 161 millions d’euros, soit 6 % de plus qu’au premier semestre 2024. À l’inverse, la contribution des activités bancaires au résultat net a reculé de 4 %, à 316 millions d’euros.

Ethias perd de son attrait

En clair, ce dynamisme du pôle assurance réduit d’autant l’intérêt d’un rapprochement avec Ethias. Alors qu’une alliance entre les deux entreprises publiques avait été régulièrement évoquée ces dernières années, Marc Raisière laisse désormais entendre que cette piste est moins d’actualité.

Selon le patron de Belfius, la solidité croissante de ses propres activités rend désormais l’opération moins pertinente : “La nouvelle équipe en charge de l’assurance que nous avons installée en 2022 a réalisé un travail remarquable. Avec comme conséquence aujourd’hui que Belfius est plus important qu’Ethias sur le segment retail. Je pense que nous allons atteindre cette année 300 millions de bénéfices dans l’assurance.”

Une perspective qui réduit donc mécaniquement l’attrait d’un mariage avec l’assureur liégeois, pourtant soutenu par le président du MR Georges-Louis Bouchez. Comme le résume Marc Raisière : “Bien sûr, c’est l’actionnaire qui décide, mais au plus on attend, au plus il sera inintéressant pour Belfius de fusionner avec Ethias.”

Privatisation partielle

Sans exclure complètement l’idée d’un rapprochement à l’avenir – “Si on peut faire Ethias, on le fera” – le message est désormais clair : Belfius ne ressent plus la même urgence ni le même besoin de consolider ses positions par une opération externe. En réalité, comme l’expliqué Marc Raisière, la priorité est à l’ouverture de son capital par un placement privé de 20 % auprès d’investisseurs extérieurs. “Nous avons reçu mi-juillet un courrier de la SFPI (Société fédérale de participations et d’investissement, NDLR), à la demande du ministre des Finances, nous enjoignant de préparer l’ouverture de notre capital, et nous y travaillons intensivement”, a indiqué Marc Raisière.

L’opération pourrait rapporter au moins deux milliards d’euros à l’État belge, lequel conserverait le contrôle de la banque en restant actionnaire majoritaire. “Ce que nous souhaitons, c’est avoir des investisseurs de moyen et long terme qui vont nous aider à concrétiser encore mieux la stratégie de Belfius”, a conclu le CEO de Belfius.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Expertise Partenaire