Marc Raisière : “Belfius ne peut plus se contenter de la Belgique”
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Le bancassureur dirigé par Marc Raisière termine 2024 sur un bénéfice net supérieur au milliard d’euros, confirmant ainsi sa bonne santé et son dynamisme. De quoi nourrir de nouvelles ambitions. “Belfius pourrait se lancer à l’international dans certains segments d’activité”, confie Marc Raisière, en marge de la présentation des comptes annuels du groupe ce vendredi.
Nouveau très beau bulletin pour Belfius. Toujours contrôlé aujourd’hui à 100 % par l’Etat, le groupe de banque et d’assurance belge a enregistré un bénéfice net de 1,13 milliard d’euros l’an passé, contre 1,12 milliard en 2023. Un résultat que le CEO Marc Raisière a qualifié de “remarquable” dans un entretien qu’il nous a accordé en marge de la présentation des comptes annuels de la banque ce vendredi, à Bruxelles. Des comptes annuels qui prévoient, une fois de plus, le versement d’un généreux dividende à son actionnaire public : 444,5 millions vont venir garnir les caisses de l’Etat cette année.
Un crédit sur trois
Sur le plan opérationnel, malgré un environnement volatile et une augmentation sensible du nombre de faillite, la barre des 20 milliards de nouveaux prêts accordés à l’économie belge (particuliers et entreprises) a été franchie, avec plus de 14 milliards octroyés sur le segment du crédit auxindépendants, PME et grandes entreprises. La part de marché de la banque atteint désormais respectivement 20,2 % et 21,6 % sur ces créneaux du business et corporate banking. Ce qui fait dire à Marc Raisière que Belfius a probablement octroyé “un crédit sur trois sur le marché des entreprises l’an dernier”.
Malgré un environnement concurrentiel, la machine hypothécaire a en effet également bien tourné : 1,5 milliards de prêts en plus aux particuliers. Au total, le volume global de l’encours des crédits progresse de 4 % pour franchir la barre des 118 milliards d’euros. Les actifs sous gestion (épargne et investissements) avoisinent pour leur part les 200 milliards d’euros. Belfius a récupéré 800 millions de plus que les 3,5 milliards d’euros qui avait quitté ses comptes à l’été 2023 pour aller se loger dans le bon d’Etat. Quant au pôle assurance, dirigé par Frédéric Van der Schueren, il a enregistré une croissance inégalée pour voir sa contribution nette au bénéfice du groupe se monter 273 millions.
Moins besoin d’Ethias
Se réjouissant de la croissance de Belfius sur le terrain de l’assurance, Marc Raisière estime que le développement futur de Belfius passe moins que par le passé par une mariage avec Ethias, que le gouvernement wallon aimerait voir fusionner avec Belfius. “Nous sommes toujours intéressés par un rapprochement avec Ethias, mais au vu de notre succès avec Belfius Direct Assurance (ex-Corona Direct, ndlr) nous avons moins besoin d’Ethias qu’avant”, affirme le CEO qui ajoute : “Cette année, nous visons un total de 1.000 nouveaux contrats par semaine, incluant à la fois l’assurance auto et l’assurance pour chats et chiens.
Mais Marc Raisière n’oublie pas que le nouveau gouvernement fédéral pourrait décider d’une privatisation (partielle) pour alimenter le fonds défense et procéder à des investissements supplémentaires en matière militaire, alors que la valeur de Belfius se monte aujourd’hui à 12 milliards. “Ce serait une grande fierté pour Belfius et tout son personnel de pouvoir contribuer aux besoins de la population belge en termes de défense tout en répondant au fait qu’il n’est pas sain que le régulateur soit propriétaire à 100 % d’une entreprise qu’il régule, dit-il. Mais vendre Belfius dans son intégralité ne serait pas une bonne idée. La Belgique ne compte plus que deux grandes banques belges, KBC et Belfius.»
Pas de mise en Bourse
Selon Marc Raisière, la meilleure solution dans le cadre d’une éventuelle privatisation serait de mettre 20 à 25 % du capital de Belfius sur le marché via un placement privé, tout en augmentant le pay-out ratio à 50 %, ce qui permettrait de maintenir le niveau des dividendes perçus par l’Etat. Pas de mise en Bourse, donc ? “Le conseil d’administration a étudié la question et a exprimé sa préférence pour un placement privé. Cela donnerait l’occasion de faire rentrer deux ou trois investisseurs externes qui pourraient nous ouvrir des portes ailleurs.” Et Marc Raisière d’ajouter : “Le groupe n’est plus un challenger, c’est devenu un leader sur le marché belge. Dit autrement, Belfius ne peut plus se contenter de la Belgique. Bien sûr, l’idée n’est pas d’aller acheter un réseau d’agences bancaires en France. Non, le but est de développer des nouvelles poches de croissance à l’étranger. Belfius pourrait ainsi se lancer à l’international dans certains segments d’activité comme le private banking ou l’assurance, par exemple.”
Nouveau chapitre
Si ce scénario d’une internationalisation semble acquis dans les hautes sphères du bancassureur, il semble également certain que Marc Raisière, CEO du groupe depuis 12 ans, ne mettra pas en œuvre ce nouveau chapitre de la banque. “En raison des élections de juin dernier, mon mandat a été prolongé jusqu’en mai 2026 par sécurité pour la banque. Mais après, il y aura un nouveau CEO. C’est une certitude. Après douze années à la tête de Belfius, il est temps de passer le flambeau. Il appartiendra à mon successeur de projeter Belfius dans une autre dimension et de mettre en œuvre le nouveau plan stratégique de l’entreprise à 2030.” Successeur qui pourrait être Olivier Onclin, membre depuis de longues années de la direction de la banque publique, dont le nom est régulièrement cité, mais dont la nomination doit encore être confirmée par le nouveau gouvernement. Marc Raisière prendra-t-il dès lors la présidence ? L’homme ne fait en tous cas pas mystère de sa motivation.
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