Quand Trichet, Rocard, Lamy analysent les "malfaçons" de l'Europe

18/09/15 à 14:21 - Mise à jour à 14:48

Source: Trends-Tendances

Jean-Claude Trichet (ancien président de la BCE), Michel Rocard (ancien député européen) et Pascal Lamy (ancien directeur général de l'OMC) ont, à divers titres, oeuvré à la construction de l'Europe. Ils en analysent les "malfaçons" et proposent des pistes pour consolider l'édifice.

Quels sont les dysfonctionnements de l'Europe qui ont été révélés par la crise grecque ?

JEAN-CLAUDE TRICHET. Nous venons de vivre un nouvel épisode suraigu de la crise grecque. Cette crise des dettes souveraines dans la zone euro a débuté fin 2009. Elle a connu un premier épisode dramatique en mai 2010, un en août 2011, et enfin un autre mi-2012. La Grèce n'a pas été la seule à être touchée par cette crise des dettes souveraines. L'Irlande et le Portugal ont été touchés avec elle en 2010, puis l'Espagne et l'Italie en 2011 et 2012. Pourquoi l'Europe et en particulier la zone euro ont-elles été l'épicentre de la crise des risques souverains ? Parce qu'il y a eu des défaillances graves de gestion économique et budgétaire de la zone euro depuis sa création. Lorsque la crise financière a frappé l'ensemble des pays avancés, la zone euro consolidée était dans une meilleure situation d'ensemble que les Etats-Unis, le Japon ou le Royaume-Uni, s'agissant du solde des paiements courants de la dette ou du déficit public rapporté au PIB. Mais cette situation d'ensemble dissimulait de fortes divergences entre les pays à cause de très grandes négligences dans la conduite de la gouvernance économique et budgétaire de la zone euro. Nous nous sommes retrouvés avec, à la fois, les meilleures signatures et les plus mauvaises au sein des pays du monde avancé. Trois raisons essentielles expliquent cette divergence. Premièrement, nous n'avons jamais respecté sérieusement le pacte de stabilité et de croissance. En 2003, les grands pays de l'Europe -- Allemagne, France et Italie -- ont refusé de se l'appliquer à eux-mêmes. Ils ont donc été complices dans l'affaiblissement considérable de ce pacte. Deuxième raison, nous n'avons pas eu, dès la création de la monnaie unique, une surveillance attentive des évolutions des compétitivités relatives au sein de la zone euro. Or certaines économies perdaient leur compétitivité, alors que d'autres la renforçaient. La perte de compétitivité de la Grèce de janvier 1999 à fin 2009 a été colossale : les salaires des fonctionnaires grecs ont augmenté sur cette période de 117 %, soit trois fois plus que ceux des fonctionnaires de la zone euro, en moyenne et sur la même période (36 %). Des écarts analogues étaient observés dans le secteur privé. Dernière grande raison pour expliquer les difficultés de la gouvernance de la zone euro : les réticences de plusieurs de ses membres à approfondir les réformes structurelles et à achever le marché unique.
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