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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

07/09/15 à 14:21 - Mise à jour à 14:21

Pourquoi les pays du Golfe ont peur des réfugiés syriens (et vice-versa)

Mais pourquoi n'acceptent-ils pas plus de réfugiés ? Par "Ils", je vise évidemment les Etats du Golfe, les fameuses pétromonarchies.

Pourquoi les pays du Golfe ont peur des réfugiés syriens (et vice-versa)

Des réfugiés syriens à la frontière entre la Grèce et la Macédoine. © Reuters

Si on en croit les médias, les États du Golfe auraient accueilli zéro réfugié alors que l'écrasante majorité de ces réfugiés sont musulmans sunnites, comme eux, et qu'en plus l'Arabie saoudite est tout de même plus proche que l'Europe. Pourquoi ? C'est la question que tout le monde se pose en Europe, mais également au sein du monde arabe, où les médias sociaux se déchaînent contre l'attitude égoïste des pays du Golfe.

D'abord, dire que l'Arabie saoudite n'a pris aucun réfugié n'est pas tout à fait correct. Selon l'agence officielle de l'ONU en charge des réfugiés, l'Arabie saoudite a 500.000 Syriens sur son territoire. Mais comme le pays n'a pas signé la convention de l'ONU sur les réfugiés, ceux-ci ne sont pas considérés comme des réfugiés. Il est vrai qu'accueillir 500.000 Syriens - peu importe leur statut - pour un pays de 31 millions d'habitants, c'est peu. Un pays comme le Liban, nettement plus petit, a en effet accueilli 1,3 million de réfugiés syriens, soit presque un tiers de sa population. Et puis, l'Arabie saoudite est partie prenante dans ce conflit. Elle arme les combattants anti-État islamique et devrait donc prendra sa part de réfugiés. Mais pour le moment, les pétromonarchies préfèrent payer et équiper les camps de réfugiés dans d'autres pays plutôt que de laisser entrer ces réfugiés syriens sur leur sol.

Revenons encore une fois au coeur du problème: les Saoudiens et les autres pays du Golfe pourraient tout de même accueillir plus de réfugiés qu'ils ne le font maintenant. L'Arabie saoudite, de par le pèlerinage annuel à La Mecque, est pourtant habituée à gérer un gros afflux de personnes étrangères. Quant aux autres pétromonarchies du Golfe, elles sont déjà une population de souche minoritaire par rapport aux nombreux Philippins, Indiens, etc. qui travaillent comme manoeuvres ou domestiques sur son sol.

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L'attitude de Merkel a rappelé que l'idée d'un Nord égoïste et d'un Sud généreux n'est qu'un cliché

Alors, pourquoi ne pas accueillir ces réfugiés ? Réponse double: les monarchies du Golfe ont peur du syndrome libanais. Elles se souviennent que durant les années 1970-80, c'est l'arrivée des réfugiés palestiniens au Liban qui fut l'un des éléments déclencheurs de la guerre civile libanaise. En clair, les monarchies du Golfe ont peur que ces réfugiés viennent avec des idées subversives et indésirables pour la stabilité de leurs régimes.

Par ailleurs, les réfugiés syriens eux-mêmes ne cherchent pas vraiment à aller vers ces pays du Golfe. Pourquoi ? Parce que contrairement à l'Europe, ces pays maltraitent leurs immigrés, fussent-ils de la même confession religieuse, et qu'ils ont encore un système de la Kafala - comme c'est le cas au Qatar - ce qui met tout employé à la merci de son employeur pour changer de travail ou simplement sortir du territoire.

Voilà pourquoi aujourd'hui, dans le monde arabe, Angela Merkel est considérée avec vénération alors que les pays du Golfe sont méprisés. L'attitude de Merkel a rappelé que l'idée d'un Nord égoïste et d'un Sud généreux n'est qu'un cliché. Steve Jobs, le génial inventeur des iPad et autres iPhone, s'il était encore vivant, aurait pu en témoigner: son père n'était-il pas Syrien ?

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