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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

10/08/16 à 15:44 - Mise à jour à 15:44

L'histoire secrète de l'immense gâchis du Brexit

Le Brexit, la fameuse sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, ne fait plus la Une des médias. Dommage, car le problème ne fait que commencer...

L'histoire secrète de l'immense gâchis du Brexit

Boris Johnson et David Cameron © DR

Ceux et celles qui ont la chance de lire le Financial Times, le journal de l'élite économique mondiale, ont pu découvrir cet été qu'en réalité, le Brexit n'est pas une révolte du peuple contre l'élite, comme on l'a dit ou écrit très souvent. Il s'agit en fait d'une révolte contre les élites menée par une autre élite... encore plus élitiste. En fait, si on lit cet article très bien documenté, le Brexit a été souhaité par d'anciens élèves d'écoles privées très chics qui ont tous fait leurs études à la prestigieuse université d'Oxford, l'université de l'élite ! Que ce soit le Premier ministre David Cameron, le ministre des Finances George Osborne ou l'ancien maire de Londres, Boris Johnson, tous sont passés par le moule d'Oxford. Et tous sont passés par l'Oxford Union, une sorte de Cercle interne à l'université.

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Le Brexit n'est pas une révolte du peuple contre l'élite, c'est une révolte menée par une autre élite... encore plus élitiste

Bien souvent, ces étudiants connaissaient l'histoire parlementaire britannique par coeur, et ils étaient élevés dans le respect de cette histoire. Lorsque Margaret Thatcher a tenu en 1988 son discours de Bruges, un discours anti-européen, toute cette bande était aux études ou venait juste d'en sortir, et pour eux, Thatcher avait raison. Diriger la Grande-Bretagne était leur domaine, leur privilège et ils ne souhaitaient pas que des fonctionnaires à Bruxelles - des ploucs selon eux - puissent diminuer ces prérogatives. En fait, toute cette élite, selon le Financial Times, n'a qu'une obsession: protéger son monopole, à savoir celui de diriger la Grande-Bretagne sans partager le pouvoir avec la Commission européenne ou le parlement de l'UE.

Et comme le peuple britannique n'était pas hyper sensible à cet argument - après tout, être gouverné par une élite à Londres ou à Bruxelles, quelle est vraiment la grande différence ? - l'élite britannique a utilisé l'argument-choc de l'immigration. C'est celui-ci qui a convaincu les Britanniques de voter pour le Brexit.

Le Financial Times raconte encore que cette élite qui a trompé le peuple s'en fout en réalité de l'immigration polonaise ou bangladaise, surtout si ces gens vivent dans des villes de province. Pire encore, cette élite n'avait aucun plan B le lendemain du vote en faveur du Brexit. Boris Johnson, par exemple, a passé le dimanche suivant à jouer au... cricket. Dans la grande tradition des écoles privées anglaises, c'est un dilettante qui improvise !

Simon Kuper, le journaliste du Financial Times qui a rédigé cet article et qui est lui-même un ancien d'Oxford, précise même que cette clique n'a pour le moment qu'une seule obsession: se poignarder dans le dos les uns les autres, afin d'obtenir des faveurs de leur candidat préféré dans la course à la direction du parti conservateur.

L'histoire secrète du Brexit est donc l'histoire d'une élite qui vit dans sa propre bulle, qui a pensé être plus maligne que les autres et qui, au final, a provoqué d'immenses dégâts à son pays.

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