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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

12/08/15 à 15:21 - Mise à jour à 13/08/15 à 10:56

Jacques Attali et l'inéluctable tsunami de l'uberisation

Ce n'est pas lui faire injure que de rappeler que l'économiste et essayiste Jacques Attali n'est sans doute pas très doué pour les prévisions... En revanche, il reste un remarquable analyste de nos sociétés.

Jacques Attali et l'inéluctable tsunami de l'uberisation

Surfeur sur une vague géante à Praia do Norte, à Nazare au Portugal. C'est sur cette plage do Norte que le surfeur hawaïen, Garrett McNamara, a battu le record du monde de surf sur la plus grande vague en 2011. © Reuters

C'est lui qui durant l'hiver 2011 avait prédit l'effondrement de l'euro avant la Noël. Depuis, il y a eu un Noël en 2012, 2013 et 2014, et l'euro est toujours là. En revanche, à défaut d'être le meilleur prévisionniste de la Terre, il reste un remarquable analyste de nos sociétés et de nos économies. Il vient encore de le démontrer en accordant une interview au Journal du Dimanche.

D'abord, il rappelle qu'un pays qui ne peut pas gérer ses problèmes de taxis est un pays qui n'est pas capable de se réformer en profondeur. Évidemment, il vise l'attaque de la société Uber sur le marché des taxis. Cette attaque a tellement marqué les esprits qu'elle a donné lieu à une nouvelle expression: l'uberisation. Ce néologisme détermine simplement ce phénomène très fort qui voit une plateforme informatique court-circuiter un business du jour au lendemain en lui subtilisant une bonne partie de ses clients. Uber le fait avec les taxis. Netflix le fait avec les chaînes de télévision. Booking.com le fait avec les hôtels. Amazon le fait avec les libraires. Blablacar le fait avec la SNCF et la SNCB. Etc., etc.

Mais l'intérêt de l'interview de Jacques Attali, c'est de rappeler que tout cela n'est que le début d'un phénomène qui va aller en s'accroissant. L'industrie automobile va, par exemple, aussi être uberisée par Google et ses voitures sans conducteurs. Ce sera un tsunami, dit-il, pour cette industrie. Mais l'éducation, la santé, la surveillance, les conseils juridiques, voire même les services publics seront touchés par ce qu'on appelle l'uberisation de la société.

Pour beaucoup d'observateurs, l'uberisation va créer du pouvoir d'achat, mais détruira en contrepartie de l'emploi. "La logique dans ces systèmes, c'est de satisfaire avant tout le consommateur, et comme 100% des électeurs sont des consommateurs, ils sont favorisés face aux travailleurs qui pèsent beaucoup moins politiquement", dit-il.

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Nos élites politiques ne comprennent pas la révolution numérique qui est à nos portes

Par ailleurs, cette uberisation de la société va aussi libérer du temps, d'après Jacques Attali. "Au lieu de conduire, vous pourrez lire, regarder des émissions ou travailler dans une voiture qui en plus ne sera plus votre propriété. On produira demain beaucoup moins de voitures puisqu'elles rouleront sans cesse en partage, ce qui réglera au passage le problème de leur impact sur le climat. Et donc, à terme, cela libérera 1000 milliards d'euros de pouvoir d'achat pour consommer d'autres services gratuits ou payants".

L'autre résultat de cette uberisation de nos sociétés, c'est que le salariat va disparaître. Nous serons à terme tous indépendants ou auto-entrepreneurs. Voilà pourquoi Jacques Attali se moque des gouvernements qui tentent de lutter contre la société Uber. Pour lui, Uber et sa querelle avec les taxis n'est qu'une anecdote dans la robotisation de nos sociétés. "On essaie de colmater une fuite d'eau dans une maison qui va subir un tsunami." C'est une autre manière de dire que nos élites politiques ne comprennent pas ce qui se passe et sont en réalité perdues face à la révolution numérique qui est à nos portes.

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