Astrid à la tête des missions économiques: oui, mais pour quoi faire ?

17/07/13 à 12:30 - Mise à jour à 12:30

Source: Trends-Tendances

Deux journaux flamands l'affirment ce matin : la princesse Astrid devrait mener à l'avenir les missions économiques belges à l'étranger. Mais à quoi servent finalement ces fameuses délégations de prestige ?

Astrid à la tête des missions économiques: oui, mais pour quoi faire ?

© BELGA

Dans leurs colonnes de ce matin, les quotidiens flamands Gazet van Antwerpen et Het Belang van Limburg l'affirment haut et fort : la princesse Astrid devrait mener, à l'avenir, les prochaines missions économiques belges à l'étranger. Une responsabilité de la plus haute importance qui sera, selon ces journaux, entérinée par le prochain Conseil des ministres.

Mais quelle est, en réalité, la finalité de ces fameuses missions économiques ? Jusqu'ici, c'était un peu la même ritournelle pour le prince Philippe : quatre fois par an, il prenait son bâton de pèlerin diplomatique pour frapper à la porte des marchés porteurs et servir ainsi de "super-VRP" au gratin de l'économie belge.

Un catalyseur de talents

Entraînant en moyenne entre 200 et 300 personnes dans son sillage, la délégation officielle compte généralement dans ses rangs une grosse majorité d'hommes d'affaires, mais également des ministres fédéraux et régionaux, sans oublier les représentants des chambres de commerce, des organismes publics et des universités.

A l'étranger, la symbolique du prince joue de toute évidence et les portes s'ouvrent plus facilement lorsqu'un prétendant au trône d'une monarchie européenne fait expressément escale. "Dans une mission économique, le prince Philippe est indéniablement un facilitateur de contacts", confirme Jean-Pierre Chisogne, sales & marketing manager de la société Amos (spécialisée dans les systèmes optiques de haute précision) et qui a participé à une mission économique au Chili en 2011.

Même son de cloche chez Mikros Image, une entreprise liégeoise spécialisée dans les effets spéciaux au cinéma, et qui faisait partie de la dernière mission économique du prince Philippe en Californie, il y a un mois à peine. "Nous avions déjà des contacts sur place, mais le fait de venir avec le prince crée une assise et induit une certaine crédibilité", confie son CEO Bernard Devillers.

Voilà sans doute pourquoi la délégation audiovisuelle belge présente en Californie n'a pas eu trop de mal, pendant cette mission, à décrocher un rendez-vous chez Industrial Light & Magic (ILM), la division chargée des effets spéciaux au sein de la mythique Lucasfilm Ltd (Star Wars, Terminator, Jurassic Park...), non seulement pour visiter les lieux, mais surtout pour permettre à chacun des Belges présents d'exposer le core business de sa PME.

Trois profils d'entrepreneurs

Clairement établie, cette faculté d'un membre de la famille royale à ouvrir les portes commerciales et à accélérer les prises de rendez-vous est unanimement appréciée, même si certains n'en demeurent pas moins prudents dans leurs rêves entrepreneuriaux, comme Pierre Collin, executive manager de Twist, le cluster wallon dédié aux technologies audiovisuelles. "Nous ne sommes pas de doux rêveurs, souffle-t-il. On ne part pas dans d'autres pays avec l'ambition d'y signer nécessairement des contrats, mais plutôt dans le but de présenter nos compétences et d'initier de nouveaux rendez-vous. C'est un travail de fond et la mission économique est une étape d'un processus."

Voilà pourquoi trois profils d'entrepreneurs se dégagent généralement parmi les hommes d'affaires belges qui accompagnent les missions princières à l'étranger. Il y a d'abord des sociétés belges déjà établies sur place et qui cherchent une véritable expansion à travers cette mission. Il y a ensuite des entreprises qui ont noué des contacts préliminaires et qui profitent de ce voyage princier pour effectuer une vraie percée en finalisant un premier contrat sur place. Et puis, enfin, il y a celles qui sont encore vierges de tout contact et qui accompagnent la mission pour découvrir précisément le marché et fixer les premiers rendez-vous.

Faire signer des contrats

Dans cette logique, l'un des rôles essentiels du prince Philippe est donc de faire connaître à ses interlocuteurs des entreprises et autres start-up "noir-jaune-rouge", et surtout ouvrir les portes commerciales qui vont faciliter les contacts intercontinentaux et déboucher, le cas échéant, sur la signature de nouveaux contrats.

Au cours de la dernière mission du prince Philippe en Californie, ce ne sont pas moins de huit contrats qui ont ainsi été officiellement signés sur place entre des firmes réparties de chaque côté de l'Atlantique, sans compter les prises de contact prometteuses qui déboucheront peut-être sur de nouvelles commandes. Le groupe pharmaceutique belge UCB et l'entreprise américaine ConfometRx du prix Nobel de chimie Brian Kobilka ont par exemple finalisé les termes d'un accord portant sur la mise au point de nouveaux médicaments dans les domaines de la neurologie et de l'immunologie. De même, la société wavrienne Psychomed a signé, en présence du prince à Los Angeles, un contrat de distribution exclusif avec un partenaire américain pour vendre ses lunettes de relaxation Psio développée en collaboration avec l'Université de Liège.

Un LinkedIn grandeur nature

Mais au-delà des contrats qu'elle aide à concrétiser et des rendez-vous qu'elle aide à accélérer, une mission économique princière génère aussi une foule de connexions au coeur même de la délégation, entre des participants qui, bien souvent, ne se connaissent même pas. "C'est une espèce de LinkedIn grandeur nature qui permet de faire aussi, dans la foulée, des affaires en Belgique, analyse ce jeune directeur commercial qui avoue avoir davantage tiré parti de cet intra networking belge durant sa semaine californienne que de ses quelques rendez-vous programmés avec ses interlocuteurs américains. Un sentiment que partage d'ailleurs cet homme d'affaires qui tient à la discrétion et qui s'est inscrit à la dernière mission princière dans le but premier d'y rencontrer d'abord un autre patron belge, en l'occurrence le CEO de Leonidas, qu'il n'arrivait tout simplement pas à "coincer" en Belgique !

Et c'est donc peut-être ce nouveau rôle de facilitateur de contacts belges et internationaux qui attend aujourd'hui la Princesse Astrid...

Frédéric Brébant

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