Qui est prêt à manger des insectes ?

28/08/14 à 14:20 - Mise à jour à 14:20

Source: Trends-Tendances

Pour que l'élevage d'insectes comestibles deviennent une nouvelle activité, il est important que ces nouveaux aliments soient acceptés par les consommateurs. Selon l'Université de Gand, le premier public pourrait être les jeunes garçons et tous ceux qui songent à réduire leur consommation de viande.

Qui est prêt à manger des insectes ?

© Chugrad McAndrews

L'AFSCA autorise depuis la fin 2013 la consommation de dix insectes. La réaction des consommateurs reste encore le point essentiel. Qui rêve de manger des criquets pèlerin, des vers de farine ou des grillons ? Il y a des raisons rationnelles au développement de cette alimentation : une pollution bien moindre que l'élevage de bétail, une excellente qualité alimentaire (fibres, oligoéléments), deux avantages mis en avant par la FAO (agence de l'ONU pour l'agriculture). L'Université de Gand a mené l'enquête. Le professeur Wim Verbeke d'économie agricole a étudié l'accueil que cette alimentation pourrait avoir dans la population. Les publics les plus attirés par la petite bête Première conclusion : les personnes qui songent à réduire leur consommation de viande sont 4 à 5 fois plus susceptibles de consommer des insectes. L'âge et le sexe jouent un rôle important. Les hommes sont deux fois plus enclins à manger des insectes que les femmes. Les jeunes sont aussi plus ouverts. Le profil du consommateur pionnier est donc un homme jeune qui cherche à éviter les hamburgers. Les obstacles Wim Verbeke reconnait que la consommation d'insectes n'ira pas de soi. "Dans plusieurs pays émergents l'habitude de consommer des insectes a été perdue avec l'occidentalisation de l'alimentation et une attitude négative, en Occident, vis-à-vis de ce type d'aliment. L'acceptation des insectes dans nos pays et une meilleure compréhension des ressorts profonds de la consommation pourraient contribuer à faire accepter les insectes comme source alimentaire" indique le professeur Wim Verbeke dans un communiqué. En Flandres, à peine 3% d'enthousiastes Il y a un grand travail à faire. Wim Verbeke cite une étude menée en Flandres en 2013 qui indiquait que 65% des personnes interrogées étaient opposées à manger des insectes. Le reste y était prêt : 3% seulement se montrait totalement ouvertes à cette alimentation, 16% étaient prêtes à essayer "un peu", 16% restaient hésitantes. L'étude de Wim Verbeke affine le profil des candidats au grillon sauté et à la chenille en sauce.

L'intérêt pour les insectes est poussé notamment par l'agence agricole de l'ONU, la FAO, qui en a fait un cheval de bataille, si on peut l'écrire. Elle y voit une manière de répondre à la demande alimentaire, qui va croitre avec la population, qui devrait arriver à 9 milliards en 2050 (vs 7,2 milliards en 2014). L'évolution du niveau de vie dans les pays émergents entraine une hausse de la production de viande, laquelle met une forte pression sur l'environnement. La FAO avance que le grillon a besoin de 6 fois moins d'alimentation que le bovin (à quantité égale). Elle travaille depuis 2003 à étudier le développement de la consommation d'insectes.

Initiatives encore anecdotiques L'impact reste encore modéré ou anecdotique, mais des initiatives commencent à fleurir. Voici deux ans, Wittamer a commercialisé des pralines surmontées d'un grillon recouvert de poudre d'or. Une start up wallonne, Aldento, lancée par Géraldine et Sophie Goffart, prépare pour la rentrée une offre de pâtes alimentaires aux insectes, une manière de consommer l'animal sans le voir et de contourner la phobie qui semble refroidir les consommateurs. Aldento a été financé par une plateforme de crowdfunding, Identity Coop (Namur), à hauteur de 11.000 euros.

La vente d'insectes à but alimentaire est autorisée par l'AFSCA, qui contrôle aussi l'élevage. Il s'agit donc d'une activité économique potentielle. Toutes les règles pour l'élevage d'animaux s'appliquent aux insectes, avec quelques spécificités indiquées dans une circulaire publiée en mai dernier. Il reste à enthousiasmer le consommateur...

Robert van Apeldoorn

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