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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

09/03/15 à 14:40 - Mise à jour à 16:32

Pourquoi les constructeurs auto ont peur d'Apple et Google

Il y a des mots ou des attitudes qui en disent plus long sur le véritable état d'esprit d'une personne - ou d'un groupe de personnes - que ce qu'il veut bien avouer. Le salon de l'automobile de Genève nous en a encore fourni la preuve...

Pourquoi les constructeurs auto ont peur d'Apple et Google

/ © Reuters

En parcourant le salon de l'automobile de Genève, il était clair aux yeux des observateurs avisés que les patrons des grandes marques automobiles en ont marre qu'on leur parle de Google ou d'Apple comme d'éventuels concurrents. Le patron de Daimler avait démarré sa rencontre avec la presse en demandant aux journalistes de ne pas trop perdre de temps à parler d'Apple. Quant à Carlos Ghosn, le patron de Renault-Nissan, il n'a même pas eu le temps de prévenir les journalistes que la première question a été: et qu'en est-il d'Apple ?

Voilà bien des questions qui gênent aux entournures le monde de l'automobile. Il faut dire que cela fait 17 mois consécutifs que les ventes automobiles augmentent en Europe, ce qui est un signe de santé retrouvée, notamment grâce à la baisse de l'euro. Mais ce signe est occulté par le fait que tout le monde s'interroge pour savoir si l'industrie automobile ne sera pas la prochaine industrie à être chamboulée par les géants de la Silicon Valey ? La question se pose car, on le voit bien, la voiture de demain sera de plus en plus connectée. Et Apple et Google, pour n'en citer que deux, sont sur les rangs pour être dans tous les habitacles de ces futures voitures connectées !

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Les constructeurs automobiles ont raison d'avoir peur de Google, Apple ou Microsoft: c'est pour les avoir sous-estimés que des firmes comme Kodak ont disparu...

Il est clair que, tout en nouant des partenariats avec ces géants de l'Internet, l'industrie automobile reste méfiante à leur égard. Elle se souvient de ce qui s'est passé dans l'industrie des ordinateurs: ce sont finalement les logiciels qui sont devenus importants, alors que la plateforme industrielle - autrement dit, le reste du PC - a été sous-traitée à des fabricants chinois ! Les patrons de l'industrie auto ne sont pas idiots et savent qu'ils ne sont pas non plus à l'abri de nouveaux arrivants qui peuvent démolir leur modèle économique. C'est d'ailleurs un peu le cas avec l'arrivée des voitures électriques TESLA, une société fondée par un visionnaire qui n'y connaissait rien au monde l'automobile. On nous avait pourtant toujours dit qu'il était impossible d'entrer dans ce monde fermé...

Mais au-delà de cette inquiétude, les patrons de l'automobile présents à Genève se sont défendus en répétant à la presse que fabriquer un smartphone est assez simple comparé à la fabrication d'une voiture. Une automobile met sept ans à sortir des ateliers entre le moment de sa conception et sa mise en circulation, alors que la conception d'un smartphone ne prend que 18 mois. Sans compter que l'ingénierie nécessaire à une voiture est infiniment plus complexe que celle mise en oeuvre pour un smartphone, notamment en raison de la sécurité qui doit être absolue.

Voilà les arguments qui sortent généralement de la bouche des grands patrons des grandes marques auto. C'est en partie vrai, mais leurs réponses montrent bien qu'ils sont mal à l'aise face à des Google, Apple et autres Microsoft. Ils ont raison d'avoir peur, c'est pour les avoir sous-estimés que des firmes comme Kodak ou Nokia ont soit disparu, soit ne sont pas au mieux de leur forme !

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