Des serveurs informatiques pour chauffer votre maison (vidéo)

13/04/15 à 11:12 - Mise à jour à 11:31

Utiliser la chaleur dégagée par des serveurs informatiques pour maintenir une température confortable dans son salon, voilà l'idée un peu folle (mais pas si absurde) d'une start-up néerlandaise.

Des serveurs informatiques pour chauffer votre maison (vidéo)

Le serveur ressemble comme deux gouttes d'eau à un radiateur classique. © Nerdalize

Les centres de données ne sont pas seulement de formidables machines à calculer: ils sont aussi de véritables puits de chaleur. En temps normal, on essaye de les refroidir à coups d'immenses ventilateurs. Sauf que cela coûte cher, environ 20.000¤ par an pour une salle de taille moyenne. Et la planète, elle, paye aussi le prix fort. Tirer profit de ces dégagements de chaleur plutôt que de tenter à tout prix de les combattre, tel est le pari de Nerdalize, une jeune start-up néerlandaise, et d'Eneco.

Une diminution des coûts... pour tout le monde

Le principe est relativement simple. Tout commence par l'installation dans une habitation d'un serveur de la taille d'un radiateur. A l'intérieur, l'eau circule dans des tuyaux, à une température toujours comprise entre 45 et 55 degrés. Si elle chauffe davantage, elle se retrouve expulsée dans le jardin, grâce à un trou percé dans le mur (Nerdalize espère à terme procéder à cette évacuation via des tuyaux). Du côté du consommateur, comme avec un système de chauffage classique, la température est réglable grâce à un simple bouton.

L'idée n'est pas nouvelle. En 2011 déjà, des ingénieurs de chez Microsoft avaient planché sur ce même projet. Dans un rapport, ils listaient les avantages d'un tel système. D'abord, une empreinte carbone réduite. En effet, pour servir de chauffage, les serveurs n'ont pas besoin de plus d'énergie que pour faire leurs calculs. Le même watt sera donc utilisé deux fois, sans pour autant diminuer les capacités du serveur. Ensuite, les coûts seront moins élevés. Pour le consommateur, la facture de chauffage annuelle devrait ainsi baisser de près de 400 euros selon Marcel van Dun, porte-parole d'Eneco. L'électricité nécessaire au fonctionnement du serveur sera, elle, entièrement assurée par Nerdalize. Du côté des centres de données, Microsoft avait évalué qu'un serveur-radiateur coûterait 90$ par an, contre 400$ en temps normal. Et ce, malgré des frais d'entretien plus élevés dus à une plus grande dispersion géographique. Si de telles économies sont possibles, c'est surtout parce qu'avec ce système, plus besoin de louer un centre de données, ni de s'acquitter des dépenses qui vont avec.

55 degrés, même en été

L'entreprise ViFiB l'a bien compris : se passer de ces data centers peut rapporter gros. Il y a quelques années, elle a convaincu des résidents d'immeubles en région parisienne d'héberger dans chaque appartement deux serveurs. En plus du chauffage fourni, les habitants ont pu bénéficier d'un accès à internet... gratuit.

Cet accord gagnant-gagnant a inspiré de nombreuses firmes comme l'allemande Cloud & Heat, mais aussi, plus étonnant, la mairie de Paris. En 2013, cette dernière a installé des serveurs dans des logements sociaux de la ville. Qarnot Computing, la start-up en charge du projet, avait alors confié : "Les data centers français, dont le nombre est estimé à plus de 200, engloutissent plus de 7% de l'électricité produite en France". Certains consommeraient l'équivalent d'une ville de 100.000 habitants. Un chiffre un tantinet effrayant devrait promettre aux serveurs-radiateurs un avenir radieux.

Nerdalize et Eneco ont d'ores et déjà équipé cinq familles en Hollande. L'une d'entre elles, un couple de personnes âgées, apparaît sur une vidéo de présentation. Visiblement ravis de l'installation, qu'ils trouvent par ailleurs très silencieuse, ils ont omis un léger détail : que faire de ce chauffage en été ? En effet, le serveur est supposé fonctionner toute l'année... ViFiB a résolu cette énigme en utilisant la chaleur produite pour rendre la température de l'eau de la douche plus agréable. Du côté de Nerdalize, la seule réponse donnée pour l'instant, c'est de l'évacuer à l'extérieur de l'habitation. Pas sûr que les voisins soient ravis...

Perrine Signoret

Nos partenaires