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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

07/10/15 à 14:41 - Mise à jour à 14:40

'Pourquoi les junkies de la Bourse vont continuer à se shooter aux mauvaises nouvelles'

Les marchés boursiers sont assez nerveux ces derniers temps. Et bien souvent, l'épargnant moyen y perd son latin face à des variations de cours de l'ordre de 10 à 30% pour une action sur une seule journée.

'Pourquoi les junkies de la Bourse vont continuer à se shooter aux mauvaises nouvelles'

/ © Reuters

Parmi les raisons qui expliquent cette nervosité, les boursiers parlent en réalité de volatilité. Certains experts, dont le Français Marc Fiorentino, pointent du doigt les fonds d'investissement qui travaillent non pas avec des humains, mais des machines. Enfin, quand je dis machines, je parle d'algorithmes, de modèles mathématiques informatisés qui réalisent aujourd'hui la majorité des achats et ventes sur le marché.

L'arrivée de ces machines était liée au départ à une idée pas idiote. Plutôt que de parier sur le jugement des êtres humains, qui ont tendance à laisser leurs émotions prendre le pas sur leur raison, et qui en plus sont incapables d'intégrer les millions de données nécessaires à des décisions rationnelles de trading, les propriétaires de ces fonds d'investissement - dits quantitatifs - ont décidé de tout miser sur des modèles économiques informatisés. Des machines donc !

Évidemment, comme souvent, une nouveauté n'est pas forcément parfaite. Et les vétérans des marchés estiment aujourd'hui que ces modèles informatisés exagèrent les tendances à la hausse et surtout à la baisse. En clair, précise Marc Fiorentino, quand une action perdait 10%, les gérants traditionnels pouvaient se précipiter pour l'acheter en fonction de sa valeur fondamentale. Alors qu'avec ces algorithmes, quand une action perd 10%, il est probable que les machines continuent à l'enfoncer de 10% supplémentaires.

C'est la raison pour laquelle ces fonds informatisés ont été accusés d'avoir amplifié la chute des marchés du mois d'août dernier. Ils ont encore été accusés il y a quelques jours quand des sociétés comme Glencore ou Volkswagen se sont retrouvées devant de gros soucis, l'une à cause de son endettement et l'autre à cause du scandale au diesel !

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Pourquoi les junkies de la Bourse vont continuer à se shooter aux mauvaises nouvelles

Que faut-il penser de tout cela ? Sans doute qu'en pratique, ces modèles accroissent la volatilité des marchés, mais que ce ne sont pas ces algorithmes qui sont à l'origine des tendances de fond. Ce ne sont pas les machines qui sont optimistes un jour et pessimistes un autre, ce sont les humains qui sont derrière ces programmes informatiques !

La meilleure preuve, c'est qu'aujourd'hui, comme le marché de l'emploi se révèle être moins bon que prévu aux Etats-Unis, ce qui, vous me l'accorderez, est une mauvaise nouvelle en soi, et bien pour les traders, c'est une excellente nouvelle. Pourquoi ? Parce que si l'emploi américain se détériore, cela veut dire, dans leur esprit, que la Banque centrale américaine (FED) va laisser les taux d'intérêt à court terme à 0% plus longtemps que prévu. Et ça, c'est excellent pour la Bourse !

Marc Fiorentino a raison d'indiquer que les junkies qui dirigent les mouvements de la Bourse vont donc continuer à se shooter aux mauvaises nouvelles, sous prétexte que l'argent va rester gratuit et que c'est bon pour les actions ! En fait, ce qu'il faudrait faire, c'est débrancher ces machines et faire subir une cure de désintoxication à tous ces traders, mais ça c'est pas pour demain.

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